La dorure à l’eau avec de l’authentique feuille d’or sur du bois préparé au rouge ou au gesse est somptueuse. Toutefois, cette technique nécessite un matériel spécial ainsi qu’une longue expérience. La dorure exécutée par un professionnel se révèle souvent trop éclatante. On obtient un effet vieil or très acceptable à l’aide de feuilles de cuivre, d’application beaucoup plus facile que l’or véritable, mais dont on assourdira l’éclat par une patine au lustre mystérieux ; on réalisera ce vieillissement en partie en passant du glacis sur la feuille et en partie en la frottant sur un fond rouge. Je connais des doreurs professionnels qui emploient cette méthode, non seulement parce qu’elle est plus rapide et moins onéreuse, mais aussi parce qu’elle séduit leur clientèle ; elle est particulièrement efficace sur les cadres moulurés ou sculptés.
Il vous faut de l’enduit, un mastic à retoucher, du gesse traditionnel ou acrylique (plus onéreux mais prêt à l’emploi et à séchage rapide) pour préparer et lisser le bois. Procurez vous également de l’apprêt rouge d’oxyde de fer, un ou deux carnets de feuilles de cuivre, de la mixtion à dorer, du coton hydrophile, de la laine d’acier fine, un pinceau standard et des couleurs fines à l’huile (terre de Sienne, terre d’ombre, noir) pour le glacis.
Un cadre doré écaillé révèle l’enduit blanc sous jacent. Ces défauts de surface peuvent être rattrapés à l’enduit et les dommages plus importants avec du mastic à bois, en suivant le mode d’emploi. Après séchage, poncez ces réparations et protéger les à la gomme laque ; enfin, couvrez d’apprêt (l’« assiette ») au rouge d’oxyde de fer.
Si vous dorez un cadre en bois nu, appliquez deux ou trois couches de gesse pour que la surface soit lisse et fine ; laissez sécher et poncez légèrement chaque couche puis couvrez de gomme laque. Passez enfin du rouge d’oxyde de fer qui opacifiera le support et servira d’assiette. Poncez doucement à la laine d’acier fine et éliminez les poussières. Le cadre est maintenant prêt à recevoir la dorure.
La mixtion à dorer se présente en deux versions : l’une sèche en trois heures et l’autre en douze. Il s’agit de vernis adhésifs modernes qui fixent les feuilles rapidement, contrairement aux méthodes traditionnelles. Couvrez le cadre de mixtion avec un pinceau doux et propre. Trois heures ou douze heures plus tard, lorsque la mixtion est « amoureuse », mettez les feuilles en place ; elles sont doublées de papier paraffiné, ce qui facilite leur application. Pressez l’envers du bout des doigts ou avec un tampon d’ouate ; au fur et à mesure que la feuille adhère au cadre, elle se détache du support paraffiné. Décollez entièrement celui ci.
Faites chevaucher la deuxième feuille sur quelques millimètres au bord de la première et répétez l’opération. La dorure se fixe parfois difficilement sur les moulures ; là où la feuille n’a pas adhéré, elle présente des trous que vous pourrez recouvrir de petits morceaux de feuille restants ; s’ils ne prennent pas, appliquez un peu de mixtion, laissez reposer le temps nécessaire puis posez de nouveau la dorure.
Les professionnels coupent les feuilles avec des ciseaux bien aiguisés pour les ajuster au cadre. Ainsi, l’application est plus facile et le gaspillage moindre. Les restes peuvent être conservés dans un sac en plastique et utiiisés pour d’autres finitions.
Laissez sécher plusieurs heures, voire une nuit. Puis frottez la dorure au chiffon doux ou au tampon d’ouate pour la lisser et éliminer les éventuels fragments de feuille qui n’auraient pas adhéré. L’étape suivante consiste à patiner l’éclat du cuivre. Commencez par le poncer doucement à la laine d’acier fine, en effectuant des mouvements rectilignes sur les surfaces plats, et circulaires sur les surfaces courbes. Il s’agit de faire apparaître le rouge de l’assiette par endroits, pour simuler le vieillissement naturel des ors. Commencez prudemment et observez le résultat. Si vous en êtes satisfait, frottez plus énergiquement, mais sans attaquer l’apprêt.
Le cadre doit présenter une patine chaleureuse d’un rouge doré. Appliquez ensuite les glacis « salissants ». Utilisez les couleurs à l’huile mentionnées plus haut, diluées au white spirit. Passez les à la brosse ou au chiffon. Attendez quelques minutes, puis essuyez en faisant pénétrer la peinture dans les creux pour rehausser les moulures et les reliefs sculptés. N’oubliez pas de vieillir le chant. Quand le résultat vous convient, laissez sécher un jour ou deux. Il n’est pas indispensable de protéger la dorure de gomme-laque.
Il peut s’agir d’un prolongement de la méthode décrite ci dessus. Ici, au lieu de ternir la dorure, appliquez des teintes riches (grenat, vert, bleu) en couches ou en taches superposées. Fondez ces couleurs en les frottant et des reflets d’or chatoyants apparaîtront, semblables à ceux que l’on peut observer sur les cadres des primitifs italiens.