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 Décoration des cadres

Comme nous venons de le voir, les sujets à encadrer ne manquent pas ; le problème tient plus souvent au cadre lui même. Les modèles anciens sont si recherchés que certaines ventes leur sont réservées. Je consacre personnellement une partie de mes visites dans les musées et les galeries à l’observation des encadrements. Le métier d’encadreur est un art particulièrement désintéressé, car le cadre se doit d’être à la fois parfait et invisible, mettant avant tout l’oeuvre en valeur sans attirer lui même l’attention.

Vous aurez peut être la chance de découvrir un cadre sculpté à la main dans du poirier, abîmé et dont la dorure s’écaille. La plupart du temps, vous devrez vous contenter de modèles plus courants, cadres anciens restaurés, ou neufs, ces derniers trop souvent clinquants.

Les cadres d’occasion, si vous en possédez en assez grand nombre et trouvez de quoi les remplir, font forte impression sur un mur, qu’ils meublent de la profusion de leurs ornements. Une telle collection sera le fruit de recherches patientes dans les marchés aux puces, les brocantes et autres lieux où les chineurs se rassemblent. Cadres et gravures s’achètent séparément ; tout le plaisir consiste à les marier.

Finition et restauration des cadres

Vous pouvez parfaitement monter votre cadre vous même avec des moulures standard, pour un prix de revient très modeste, mais les amateurs s’arrachent les cadres anciens ou d’occasion qui ne nécessitent qu’un verre, une finition soignée ou une simple réparation. Et le plaisir qu’il y a à travailler
sur un tel support vient de ce que la surface est réduite mais l’effet obtenu toujours frappant.

Examinez le cadre avec attention, l’endroit et l’envers. Est il noir et lisse, en chêne vernis, en bois aux ornements de stuc ? La plupart du temps, vous devrez faire preuve de persévérance pour découvrir ce qui se cache sous un vernis, une peinture ou une dorure ordinaire.

L’expérience m’a enseigné qu’une épaisse peinture dorée dissimulait souvent une authentique dorure à la feuille, parfois de grande qualité. Si les ornements sont élaborés, c’est probablement le cas et l’occasion se présente d’éliminer cette finition pour retrouver la dorure originelle. Si vous opérez avec soin, elle restera intacte sous l’action du décapant ; appliquez celui ci au pinceau, attendez que la peinture boursoufle puis grattez la avec de la laine d’acier fine et des chiffons.

Procédez par petites étapes. Cette opération est souvent longue mais vous aurez le plaisir de mettre au jour la dorure cachée ; celle ci ne sera probablement pas en bon état, sinon elle n’aurait pas été repeinte, mais vous découvrirez une patine authentique, montrant ça et là l’assiette rouge. Avant de laisser reposer le cadre une nuit, vous devrez procéder à un nettoyage minutieux pour faire complètement disparaître l’ancienne peinture, ce qui nécessitera sans doute l’emploi d’un outillage ad hoc (lime à ongles, canif, aiguille à tricoter), si les ornements sont élaborés. Le lendemain, éliminez les dernières traces de peinture et polissez avec un chiffon doux.

Si des ornements ou des moulures manquent en partie, vous devrez vous attaquer à ce problème. Les magasins d’art et d’artisanat vendent du matériel pour remouler le stuc, mais il est destiné en priorité à des restaurations importantes. II suffira ici de remodeler les parties manquantes avec des produits de type barbotine, mastic ou pâte à bois. Après séchage, vous pouvez les peindre d’un rouge imitant le bol d’Arménie et les couvrir de pâte à dorer pour les fondre au reste du cadre. Si le plâtre apparaît par stries sous les moulures, peignez les simplement d’une couleur « sale » ; c’est la meilleure méthode pour rendre des réparations invisibles.

Les cadres en chêne, très populaires au XIXe siècle, sont plus beaux une fois la peinture, la cire ou le vernis éliminés. Vous aurez peut être besoin de gratter le chêne peint à la brosse métallique pour en nettoyer le veinage. Dans ce cas, envisagez une finition cérusée, claire, convenant parfaitement aux intérieurs actuels. Le verre de nombreux cadres en chêne était, à l’origine, bordé d’or. Ce filet est généralement en bon état ; mais si ce n’est pas le cas, frottez un peu de pâte à dorer sur le verre, pour patiner cette dorure.

Lorsque vous remplacez un verre, achetez une plaque fine d’encadrement. Un artisan réalisera vos montages pour un prix raisonnable, mais si vous devez reconstituer de nombreux cadres, je vous conseille d’investir dans une agrafeuse qui fixera en même temps au dos du cadre le papier de fond, la gravure et la marie louise. Vous éviterez ainsi de passer des heures à planter des clous minuscules.

La marie louise est particulièrement indiquée pour une oeuvre sans grande valeur, ou une petite image qu’elle unira à un cadre trop grand. Une marie louise de qualité doit être biseautée par un professionnel, mais il existe des lames qui pennettent de couper à 45 degrés. Le biseau peut être doré et encadré de filets à l’encre. Couvrez d’un lavis les à plats de bordures plus larges. On applique maintenant de fines bandes de papier marbré ou doré, ou d’autres ornements, pour rehausser une oeuvre mineure. Les articles des magasins spécialisés vous donneront des idées.

Dans une brocante, j’ai pu observer une superbe marie louise encadrant des gravures pompéiennes ; il s’agissait d’un carton couvert d’une épaisse couche de gesso, qui, légèrement plié, se craquelle. Avec un peu de pratique, on peut former un réseau de craquelures régulières ; une couche de gomme laque et un biseau doré donneront à cette décoration l’aspect de l’ivoire ancien.