Ce trompe oeil original semble revenir à la mode. Les portes bibliothèques ne présentent qu’un inconvénient : il faut sacrifier des livres. Il ne s’agit évidemment pas de découper des reliures en cuir dorées sur tranche ou des collections de classiques. Moi même bibliophile, je sais qu’il est possible d’acquérir pour des sommes modiques des cartons entiers de vieux livres ne présentant pas d’intérêt littéraire et dont la couverture peut être récupérée.
Ce trompe l’oeil, comme beaucoup d’autres, date du XVIIIe siècle. Dans les grandes demeures, il était de rigueur de posséder une bibliothèque meublée d’acajou, garnie de livres reliés en maroquin et ornée de bustes. On accédait à ces pièces d’apparat par une porte ouvrant sur le vestibule. Toutefois, un autre passage discret donnait sur un boudoir, un fumoir, ou permettait d’échapper aux importuns. Plutôt que de briser la belle ordonnance des rayonnages, on inventa la port bibliothèque. Ce panneau pouvait être garni de livres véritables, ou de dos de reliures appliqués, ou encore peint en trompe l’oeil.
Si la seule idée de devoir découper de vieux livres, quelle que soit leur valeur littéraire, vous est insupportable, le trompe l’oeil peint vous conviendra mieux. Les fausses bibliothèques sont l’un des thèmes favoris des artistes du trompe l’oeil, non seulement en raison de leur simplicité d’exécution et de leur attrait, mais aussi parce que ce décor original offre des surprises sans cesse renouvelées.
Dans un intérieur contemporain, une porte bibliothèque remplira une fonction différente, essentiellement décorative. Les rayonnages de livres créent immédiatement une atmosphère chaleureuse je connais un élégant hôtel dont l’ascenseur est couvert de dos de reliures, donnant ainsi l’impression de se trouver dans un cabinet de lecture. Les emplacements à garnir de faux livres ne manquent pas : vous pouvez agrémenter un renfoncement trop étroit pour recevoir de véritables étagères, dissimuler des portes, celle des toilettes, celles de placards en panneaux de particules, celles qui sont plates ou brisent l’architecture d’une pièce...
Les matériaux utilisés dépendent du degré de réalisme que vous recherchez. Les étagères peuvent être peintes ou imitées avec des baguettes clouées ; de même les linteaux et les montants. Cependant, désosser des livres d’occasion sera plus facile et certainement plus amusant. Le bâti, réel ou feint, doit s’harmoniser avec le cadre environnant, et les reliures se détacheront sur un fond sombre (de terre d’ombre mélangée à du brun « sale »), aux « recoins » plus foncés. Pensez à assortir les couleurs des reliures, et ne soyez pas trop strict dans leur ordonnance ; variez les hauteurs, les épaisseurs, l’inclinaison...
Utilisez un cutter très affûté, voire une scie fine à placage pour découper proprement les dos, puis fixez les à la colle forte, en les maintenant avec du ruban adhésif au cours du séchage. Peignez à l’acrylique. Ce trompe l’oeil, outre le plaisir qu’il procure d’inventer des titres de livres (écrivez les au feutre ordinaire ou doré, argenté), peut s’étendre à des détails réalistes tels que cartes postales, photos, invitations, bibelots divers... Si le décor est composé de peintures aux liants différents, fixez le à la bombe avant de passer un vernis incolore et mat.