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 De la Rome impériale au style roman

La ville de Pompéi fut ensevelie sous la lave le 25 août de l’an 79 après jésus Christ. L’amiral de la flotte Gaius Plinius Secundus Pline l’Ancien y trouva la mort à l’âge de cinquante six ans. Il était certainement l’homme le mieux informé de son temps. Nous lui devons entre autres ouvrages l’encyclopédie Naturalis Historia qui recense presque tous les aspects du savoir humain à l’époque. Il est bon de rapprocher les deux événements (Pline trouva la mort en se portant au secours des victimes de l’éruption), car sans eux ce chapitre serait incomplet. Les derniers volumes de l’oeuvre de Pline abondent en descriptions qui nous donnent une image très vivante des intérieurs romains ainsi que du marché des objets d’art qui en composaient la décoration. Les ruines de Pompéi et celles d’Herculanum viennent étayer ces récits .

Nous possédons également une description incomplète de la Maison Dorée de Néron, dont certaines parties ont été mises au jour. Chronologiquement, c’est le premier exemple d’une conception grandiose de la décoration intérieure qui soit parvenu jusqu’à nous. Le palais des Césars, sur le mont Palatin, fut d’abord une demeure privée qu’Auguste fit agrandir. Tibère le suivit dans cette voie et, sous Caligula, les bâtiments s’étendirent jusqu’au Forum. Plus tard, Néron fit ériger les constructions entre le mont Palatin et le mont Esquilin.

Dans le chapitre qu’il consacre à Néron dans son ouvrage Vies des doute Césars, Suétone décrit la Maison Dorée en ces termes (par. XXXI) :

« Pour faire connaître son étendue et sa splendeur, il suffira de dire ce qui suit. Dans son vestibule, on avait pu dresser une statue colossale de Néron, haute de cent vingt pieds ; la demeure était si vaste qu’elle renfermait des portiques à trois colonnes, longs de mille pas, une pièce d’eau semblable à une mer, entourée de maisons formant comme des villes... Dans le reste de l’édifice, tout était couvert de dorures, rehaussé de pierres précieuses et de nacre. Le plafond des salles à manger était fait de tablettes d’ivoire mobiles et percées de trous, afin que l’on pût répandre d’en haut sur les convives soit des fleurs soit des parfums... ». La grande salle de festin était ronde ; elle tournait nuit et jour en permanence pour imiter le mouvement des corps célestes. Nous ne pouvons qu’émettre des hypothèses sur le mécanisme de rotation ; il s’agit certainement d’un système de contrepoids du genre de celui élaboré par Héron l’Ancien pour l’ouverture des portes du temple. Lampridius relate plus tard que l’empereur Elagabalus (218-222) fit installer dans son palais un plafond à bascule qui déversait des violettes et autres fleurs en telle abondance qu’un jour plusieurs convives ne purent se dégager et périrent étouffés sous le poids des pétales.

De telles débauches de luxe soulevèrent l’indignation. Martial écrit :

« Il n’y avait qu’une seule maison dans la cité », et Pline mentionne souvent la Maison Dorée. L’opposant au théâtre Pompéius que Néron avait fait recouvrir d’or pour un seul jour, il ajoutait : et pourtant, comme il était petit ce théâtre, comparé à la Maison d’Or dont il a entouré notre ville ! Il cite aussi le théâtre de M. Scaurus, un riche particulier, qui comportait trois étages soutenus par deux cent soixante colonnes... le rez de chaussée était en marbre, le premier étage en verre luxe inconnu depuis lors et le dernier en bois doré. Les colonnes les plus basses avaient trente huit pieds de haut. Entre elles, se trouvaient trois mille statues en bronze doré, et que dire du reste : costumes faits d’étoffes attaliques (c’est à dire brodées de fils d’or et d’argent), tableaux et autres accessoires de scène atteignaient une valeur si grande que, lorsque sa villa (où ils avaient été transportés) fut brûlée par ses serviteurs révoltés, la perte fut estimée à trois cent millions de sesterces (plus de cent millions de francs actuels).

On a dit d’Auguste qu’il avait trouvé une Rome de brique et qu’il avait laissé une cité de marbre. La décoration sous la Rome impériale reflète l’esprit même de l’époque et il ne faut pas s’étonner que, placés dans des circonstances presque semblables à la fin du XVIIIe siècle, les décorateurs français, comme Percier et Fontaine, y aient puisé leur inspiration.

De meilleure qualité que celui de Toscane, le marbre d’importation fut d’abord considéré comme un luxe que peu de gens pouvaient s’offrir. Les colonnes dépassaient rarement douze pieds, et ce n’est que beaucoup plus tard, sous le consulat de Jules César, que l’on commença d’habiller de marbre poli les murs en brique. Au premier siècle après Jésus Christ, on importait couramment des marbres noirs et de couleurs provenant de régions diverses. Les marbres blancs, surtout ceux qui étaient employés pour la statuaire et la décoration intérieure, étaient souvent de couleur. On sciait le marbre à l’aide d’une lame de métal lisse, et de poudre de corindon provenant du cap Emeri, dans l’île de Naxos.