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 Villa des familles riches

Une villa de ce genre était une prérogative des familles riches, surtout dans les villes où le prix des terrains était élevé. La plupart des gens devaient se contenter d’un logement dans une maison de rapport de six à sept étages, presque entièrement construite en bois. De ce fait, l’éventualité d’un incendie était toujours à redouter et Rome disposait d’un corps de vigiles comprenant sept mille hommes. La nuit, les veilleurs faisaient leur ronde munis d’une hache et d’un seau. Nous n’avons aucun document digne de foi sur la décoration de ces maisons de rapport.

Les maisons les plus importantes, qui appartenaient en général à des amateurs d’art, comportaient une pièce spécialement réservée aux tableaux : la pinacothèque. Les tableaux de chevalet ont à peu près tous disparu, mais de nombreux documents prouvent leur existence. Le British Museum en possède un, malheureusement en très mauvais état. En revanche, de nombreuses peintures murales ont survécu. Celle reproduite se trouvait à Pompéi une des villégiatures favorites des Romains. Presque tous les éléments décoratifs témoignent d’un style original. Cependant, comme nous possédons peu de données sur les autres régions de l’Italie, cette appréciation est peut être erronée. La plupart des artistes étaient des immigrants. Certains venaient de Grèce, d’autres d’Alexandrie. On relève surtout la touche de ces derniers dans quelques unes des mosaïques les plus fouillées dont les Romains aimaient à parer leurs murs.

On a retrouvé plus de deux mille peintures murales romaines, datant toutes du premier siècle après jésus Christ, ou d’époques ultérieures. Selon Pline, et d’après l’ornementation des vases, il est manifeste que l’art de la peinture était sur son déclin. La plupart des fresques qui sont parvenues jusqu’à nous sont l’oeuvre de décorateurs plutôt que de peintres. On en a cependant retrouvé de très belles. Les peintures de cette période sont souvent entourées de détails architecturaux, tels que pilastres, et les artistes avaient recours à des effets de perspective pour donner de la profondeur aux représentations d’édifices ou de paysages. Ils travaillaient sur un fond de stuc soigneusement préparé, étendu de préférence sur un mur creux pour le protéger de l’humidité. Ils disposaient d’une assez large palette de couleurs.

Les mosaïques se sont mieux conservées que les peintures. Elles étaient composées de petits fragments (tessarae) de marbre ou de pierres analogues, blancs ou de couleur, et de tessons de verre coloré, dont le fond était doré à la feuille, pour augmenter l’éclat de l’ensemble. Le tout était pris dans un mortier. La qualité du dessin dépendait surtout de la taille des tessarae : plus les morceaux étaient petits, plus les mosaïstes pouvaient soigner les détails. Les sujets sont souvent amusants ; on voit par exemple un chat aux prises avec un grand oiseau. On a retrouvé un ou deux pavements ornés de débris d’aliments qui semblent être tombés de la table du banquet. Parmi les thèmes favoris des décorateurs, il faut citer la faune marine et les oiseaux de mer. Le chien de garde à l’entrée n’était le plus souvent qu’une peinture murale. Pétrone en mentionne la coutume dans le Satyricon « Pendant que je restais bouche bée devant tout cela, je faillis me rompre le cou car, à ma gauche, tout près de la loge du portier, il y avait, attaché à une chaîne, un grand chien peint sur le mur, avec cet avertissement écrit au dessus ATTENTION CHIEN MÉCHANT.).

Les meubles en bois semblent avoir été rares. Cette impression tient peut être au fait qu’aucun ne nous est parvenu dans son état original, chose étrange puisque nous possédons des meubles égyptiens très bien conservés, et pourtant beaucoup plus anciens. Le mobilier romain était exécuté partiellement, parfois même totalement, en bronze. Il nous reste beaucoup de tables et de bancs en marbre. Grâce à Pline, nous pouvons les imaginer dans leur cadre. Les meubles en bois, décorés avec une grande habileté, étaient très prisés. Les buffets (abaci), qui meublaient le triclinium, étaient munis d’étagères où l’on disposait l’argenterie. Les incrustations d’écaille tenaient une place très importante dans la décoration, la carapace de tortue était découpée en lamelles dont on recouvrait les tables, les châlits et les meubles à tiroirs. Les tables étaient d’autant plus somptueuses que leur propriétaire était riche. Elles étaient en bois précieux garni d’ivoire, de bronze et d’argent. Sénèque paya, dit on, l’équivalent de cinq cent mille francs actuels, une table en bois incrusté, prix auquel Christie vendit, en 1958, la table Llangattock, oeuvre de l’ébéniste parisien Oeben. On pense que la table de Sénèque était soit en citronnier, soit en thuya, essences très recherchées en France, au XVIIIe siècle, pour le placage des cabinets.

Les lits et les divans abondaient dans les maisons romaines. En général, le matelas et les coussins reposaient sur des sangles de toile et ils étaient recouverts d’étoffes. Les lits de repas surtout étaient somptueusement décorés. Pline raconte que les riches patriciens affectionnaient les lits rehaussés d’argent et de bronze doré. La forme des chaises était relativement sobre et les tabourets ne présentaient pas grand intérêt. Le tabouret reproduit est en bronze. Les pièces intimes et les chambres à coucher comportaient des chaises à dossier incurvé. La chaise en forme de X, avec accoudoirs mais sans dossier, que l’on peut voir sur une version postérieure, réapparut plus tard lors des divers renouveaux classiques. Les sièges n’étaient pas rembourrés, mais dans les appartements privés, on les garnissait de coussins.