Rôle d’argent dans la décoration intérieur

L’argent jouait dans la décoration un rôle beaucoup plus important que ne le laissent supposer les quelques rares spécimens qui ont été retrouvés. Ce métal jouit certainement d’une grande faveur auprès des Romains. Selon Pline, les plats, en particulier, étaient souvent d’un poids exceptionnel. Les lits de repas antérieurs à cette époque étaient déjà enrichis d’argent, comme les meubles français furent enrichis de bronze doré au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle. Dans les demeures privées, les bains étaient parfois en argent. Pline parle d’hommes et de femmes se baignant ensemble dans des pièces où il aurait été impossible de poser le pied sur autre chose que des dalles d’argent. « Oh !, soupire t-il, les moeurs de notre temps ! » Les motifs étaient soit ciselés, soit repoussés en martelant la forme contre un bloc d’argile mou. Les feuilles d’argent ainsi décorées étaient fixées sur les chars et les chariots, ainsi que sur les meubles. Les légionnaires eux mêmes, délaissant l’ivoire, faisaient garnir d’argent la poignée de leur épée.

Etant donné l’importance de la demande sur le marché, l’argent atteignait des prix excessifs. Des dauphins en argent se vendaient cinq mille sesterces (près de deux mille francs actuels) la livre ; l’orateur Lucius Crassus paya deux gobelets anciens de Mentor (aux alentours de 350 avant jésus Christ) cent mille sesterces (trente cinq mille francs actuels), et confessa par la suite qu’il n’avait jamais osé s’en servir.

Une grande partie de cet argent provenait de pillages en Asie, mais, bientôt, on commença d’exploiter les riches mines de la péninsule Ibérique sur une échelle de plus en plus grande. Il est probable, également, qu’une partie de cet argent n’était que du bronze argenté.

Bien que l’argent servît parfois à fabriquer des casseroles, il ne supplanta jamais le bronze, surtout dans ses utilisations domestiques. Dans l’Odyssée, Homère cite le cas de poutres porteuses, de murs et d’autres éléments architecturaux habillés de feuilles de bronze ou de cuivre polies, coutume qui remonte au moins aux premières communautés établies à Ur, dans le sud de la Mésopotamie. A Rome, les constructions importantes furent dotées, très tôt, de portes en bronze, ou recouvertes de feuilles de bronze. Les portes du Panthéon, autrefois dorées, ont défié les siècles. Constantin fit dépouiller le toit de ce monument de ses feuilles de cuivre, et deux cents tonnes de bronze provenant des chapiteaux et de la décoration intérieure furent enlevées en 1636 pour fournir la quantité de métal nécessaire au Baldacchino du Bernin, à Saint Pierre, tandis que le reste était fondu pour fabriquer des canons.

Les intérieurs étaient décorés de statues de bronze, grandes et petites. Certaines étaient coulées en Italie par les bronziers étrusques, mais beaucoup provenaient de pillages en Grèce, ou dans les colonies grecques de la Méditerranée orientale. Quelques unes étaient grandes, une ou deux colossales. Parmi les colosses, la statue de Néron, déjà citée. Haute de plus de cent pieds, elle fut à l’origine du nom latin du Colisée (colosseum), lorsqu’il fut construit à proximité. D’après ce que nous savons du prix d’une autre oeuvre du même sculpteur, Zenodorus, la statue de Néron coûta probablement l’équivalent de deux cent mille francs actuels. Nous allons parler ici des statues de petites dimensions, facilement transportables, qui furent retrouvées en grand nombre dans les ruines de Rome et de Pompéi. D’après Pline, certains propriétaires raffolaient tellement de ces trésors qu’ils s’en faisaient suivre dans tous leurs déplacements. Les statues grandeur nature abondaient dans tous les édifices publics. Le théâtre de Scaurus, par exemple, en comptait trois mille. Néron ramena de Grèce et d’autres régions d’Italie un nombre considérable de statues avec lesquelles il orna les chambres d’apparat de la Maison Dorée.

Cependant les plus grandes quantités de métal furent probablement consacrées à la fabrication d’objets décoratifs meubles, et accessoires tels que lampes. Les pieds de lampes étaient très appréciés et on soignait tout particulièrement leur décoration. Pline cite le cas de jolis chandeliers qui atteignirent un prix équivalent à la solde d’un tribun militaire (solde difficile à évaluer, mais qui devait se situer aux alentours de quinze mille francs actuels par an). La mode des bronzes décoratifs était un héritage des Etrusques dont l’habileté était légendaire. C’est à eux que nous devons les plus beaux objets d’art italiens qui nous restent de cette période.

Les miroirs, et en particulier les miroirs à main, étaient d’argent ou de bronze à très forte teneur en étain. Une des faces était polie avec le plus grand soin, l’autre finement ciselée. L’existence de miroirs à glace a été longtemps controversée. Pline raconte qu’ils furent inventés à Sidon, « célèbre pour ses verreries ». Mais la fabrication des miroirs à glace exigeait auparavant la mise au point d’un procédé permettant de produire des surfaces lisses, chose plus difficile qu’il ne le paraîtrait à première vue. Bien que ce problème n’ait été finalement résolu qu’à la fin du XVIIe siècle, Suétone, dans un passage amusant de la vie du poète Horace, semble faire allusion à des miroirs à glace : « On dit qu’il sacrifiait immodérément à Vénus et que, dans sa chambre couverte de miroirs, les tableaux obscènes étaient disposés de façon telle que son regard se posât toujours sur des images lascives. ».

Il est certain que les Romains étaient d’habiles verriers. La plupart des récipients retrouvés servaient à l’usage domestique. Produits en grande quantité, ils étaient soit soufflés, soit coulés. Le verre décoratif, dont nous possédons fort peu d’exemplaires, fut d’abord importé d’Alexandrie, mais les Romains surpassèrent leurs maîtres d’antan dans la fabrication des verres gravés en creux. L’exemple le plus connu en est le vase de Portland conservé au British Museum. Toutefois, les Diatreiglas (vases composés de deux couches de verre dont une est gravée en creux) n’ont jamais été égalés. Les Romains produisaient également beaucoup de verres colorés, entre autres un qui imitait l’obsidienne. Au premier siècle après jésus Christ, le verre commença de supplanter l’or et l’argent sur la table des patriciens.

Le verre servait à vitrer les fenêtres, ce qui prouve bien que les Romains avaient trouvé un procédé quelconque qui leur permettait d’obtenir des feuilles de verre plates. Mais ces feuilles présentaient deux inconvénients majeurs elles étaient épaisses et coûteuses. Lorsque Pline parle de l’étage en verre du théâtre de Scaurus, il fait probablement allusion aux fenêtres vitrées, chose sans doute extrêmement rare à l’époque.