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 L’interrègne gothique

Les origines du style gothique sont au moins aussi obscures que celles du mot adopté pour le définir et qui fut attribué successivement à Raphaël, à Vasari et à Palladio.

Dès les premiers temps, deux courants distincts de pensée et de tendances artistiques firent leur apparition en Europe. Le plus important dit « classique » était issu des civilisations méditerranéennes, l’architecture classique étant principalement basée sur l’emploi du pilier et du linteau. L’arc était peu utilisé, et certainement pas à la façon des bâtisseurs gothiques.

D’autre part, l’architecture gothique utilisa très largement l’ogive, à un tel point que d’aucuns la qualifient de « style ogival chrétien ». A l’inverse de l’architecture classique, dans laquelle les colonnes, les poutres et les murs sont uniquement soumis à des poussées verticales, les poussées imposées par la maçonnerie gothique sont presque toutes obliques. Elles s’équilibrent de façon extrêmement compliquée, souvent fort loin de leur point de départ, et ceci grâce à des innovations comme les contreforts, réduits plus tard au strict minimum dans les arcs boutants.

Des lignes verticales, des arcs tracés au compas, une hauteur d’édifice démesurée par rapport à la largeur, l’absence d’un plan directeur qui existait toujours dans les édifices classiques, se combinent dans l’architecture gothique pour donner une impression d’élan contenu qu’il fut parfois impossible de maîtriser, ce qui entraîna l’écroulement de bâtiments en cours de construction, comme ce fut le cas à Beauvais.

Les monuments gothiques furent, semble t-il, construits d’après des plans relativement sommaires. Toutefois les parties les plus importantes furent soigneusement préparées, et les contraintes calculées au mieux des moyens primitifs dont on disposait alors. L’élimination progressive de tous les éléments architecturaux secondaires se fit sans doute par tâtonnements, bien qu’on n’ignorât pas, en général, les risques encourus. Tous les édifices classiques, au contraire, furent le fruit d’un plan cohérent, conforme aux principes communément admis par les architectes de l’époque.

Un changement aussi radical de ce qui, jusque-là, avait été reconnu en peu comme les canons de la bonne architecture ne s’explique pas uniment par une évolution du style roman, lequel appartenait encore à la tradition classique. L’hypothèse d’une influence décisive de l’architecture proche Orient, où diverses formes et dimensions d’arcs géométriques étaient utilisées, a été maintes fois soulevée, sans résultat positif. Il faut cependant noter les arcs à double volée de la grande mosquée de Cordoue, commencée en 785 et agrandie au cours des deux siècles suivants. Bien que le nouveau style ne se soit répandu en Ile de France que vers la fin du Kite siècle, on retrouve encore dans la province française du Languedoc, limitrophe de l’Espagne, des traces assez évidentes de l’influence arabe.

Cette hypothèse est, dans une certaine mesure, renforcée par l’apparition en France du procédé islamique de glaçure stannifère sur céramiques qui fut introduit au XIVe siècle par les Espagnols des provinces limitrophes. N’oublions pas que, au XVe siècle, les conquérants visigoths refoulés d’Espagne firent souche dans le midi de la France et qu’au XVIIIe siècle on retrouvait encore des traces de leur idiome. C’est pourquoi le terme "gothique" peut avoir une signification plus profonde que celle qu’on lui accorde habituellement, à savoir que les Italiens considéraient les Goths et le style gothique comme barbares.