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 La Renaissance en Europe continentale

L’élan créateur qui accompagna l’épanouissement du style gothique fut éphémère. Aveuglés par l’ambition, bâtisseurs et artisans furent victimes de la liberté qui avait permis à ce style de s’imposer ; en se laissant aller à une débauche d’ornementation, ils perdirent de vue leur inspiration initiale. Toutefois, les véritables dangers de cette absence de discipline ne se firent sentir qu’au début du XIIe siècle, quand le style gothique fut remis à l’honneur dans une tentative de retour à l’art médiéval.

En 1350 déjà, Pétrarque se lamentait de ne pouvoir lire un manuscrit d’Homère dans le texte. Mais, au cours du siècle suivant, les lettrés italiens purent prendre connaissance des oeuvres des philosophes grecs, dont un grand nombre avait été conservé par les érudits arabes, et ils commencèrent à voir le monde sous un jour nouveau. Même avant cette époque, d’aucuns commençaient à vouloir secouer le joug spirituel du christianisme médiéval qui, trop souvent, exigeait une adhésion aveugle à des idées que tout homme doué de raison ne pouvait accepter. Au XIVe siècle, des préoccupations profanes se firent jour. Les hommes s’intéressèrent au commerce, aux échanges et à la culture nouvelle. Les marchands s’enrichirent, les banquiers se multiplièrent, les échanges se développèrent sur une échelle inconnue depuis la chute de l’Empire romain. Les nouveaux riches élevèrent des palais. D’abord de dimensions modestes et conçus en partie pour la défense contre les bandes de maraudeurs, telles que les condottieri, ils devinrent somptueux par la suite. Les particuliers acquirent richesses et position sociale, et le marché de l’Art commença à reprendre l’ampleur qu’il avait eu sous la Rome impériale. La Renaissance marqua un retour aux sources d’inspiration classique. Elle vit le jour en Italie, au début du XVe siècle. Dans ce pays, le style architectural gothique n’avait jamais joui d’une grande faveur.

Bien que cette époque ait été appelée Renaissance, il ne faudrait pas en déduire qu’il s’agissait d’une renaissance des styles classiques sous leur forme originale. Il s’agissait plutôt d’un retour au grand courant de l’art occidental après l’interrègne gothique.

Il se peut que les mêmes formes, les mêmes motifs de décoration aient inspiré aussi bien l’art romain que le nouveau mouvement artistique, mais un millier d’années séparent la chute de l’Empire romain de l’Italie de Florence, d’où la Renaissance prit son envol. L’art de la Renaissance ressemble à l’art romain comme le langage italien ressemble au latin ils sont analogues mais ils ne sont pas semblables.

Le premier architecte de la Renaissance, un orfèvre, Filippo Brune !lescbi (1377-1446) réagit contre les tendances gothiques du nord en exagérant la simplicité et en évitant l’excès d’ornementation qui fait du style gothique une arme mortelle entre des mains insensibles. Négligeant les essais maniéristes de Michel Ange, Andrea Palladio (1518-1580) prit non seulement modèle sur Vitruve mais il basa aussi son oeuvre sur le système du rapport des proportions tel que l’architecte romain les concevait. Déjà les Grecs s’étaient à titre d’exercice intellectuel efforcés d’élaborer une théorie des proportions idéales selon laquelle le rapport des éléments entre eux et avec l’ensemble s’exprimait en termes mathématiques. Les règles établies par Vitruve étaient extrêmement obscures, mais interprétées et modifiées par Palladio, elles furent adoptées par la majorité des architectes qui étaient revenus au style classique. Durer et d’autres peintres appliquèrent les théories de l’harmonie et des proportions géométriques à la représentation humaine et, au cours du renouveau classique du XVIIIe siècle, le sujet fut de nouveau débattu. Encore que la base de ces théories soit, dans une grande mesure, irrationnelle, on ne saurait nier que la plus belle architecture classique est celle dans laquelle l’architecte a appliqué ces théories.

Au XVe siècle, la décoration intérieure prit une ampleur jusqu’alors inégalée. De nos jours, où l’on met si souvent l’accent sur ce qu’on appelle le culte de la personnalité, nous sommes enclins à négliger le fait que les oeuvres d’art de cette période furent le produit d’une collaboration : artistes et artisans travaillaient dans des ateliers où ils employaient de nombreux assistants et apprentis. La signature d’un artiste n’était autre qu’une marque de fabrique et, d’ordinaire, signifiait simplement que l’oeuvre avait été exécutée sous sa surveillance. Dans ces ateliers certains étaient chargés de peindre les draperies, d’autres les paysages ou les arrière plans, d’autres encore les répliques. Au XVIIIe siècle encore, des portraitistes tels que sir Joshua Reynolds ne peignaient que les visages de leurs modèles, à l’exception de certaines commandes importantes ; ils laissaient à des assistants le soin de compléter le tableau.