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 Tromple-l’oeil

Le trompe l’oeil est une technique qui consiste à représenter les formes de manière à faire illusion : ce qui n’est qu’apparence devient réalité pour l’oeil. Dans les peintures romaines, les paysages et les thèmes architecturaux se combinaient souvent pour donner l’impression que l’on regardait par une fenêtre ouverte ; c’est cette même technique que les artistes baroques employèrent. Pour accentuer l’illusion, ils avaient souvent recours à des ornements en stuc peint. A cette époque, on se servit également du stuc pour modeler les statues, et des marbres à l’apparence somptueuse n’étaient la plupart du temps que du bois peint. Les stucateurs fabriquaient des plateaux de tables et autres objets avec la cagliola, marbre artificiel composé de poudre de marbre de différentes couleurs, de gypse et de colle forte. L’art de l’illusion fut poussé à un point tel qu’on en vint à imiter les draperies avec du marbre sculpté, et des éléments structuraux apparemment aussi essentiels que les colonnes ne supportaient en fait rien d’autre qu’elles mêmes. Des escaliers aux courbes recherchées conduisaient à l’étage supérieur, le piano nobile, où se trouvaient les salons d’apparat. C’est ainsi que l’escalier d’honneur fit sa première apparition.

Caractéristiques du style baroque sont également les marmousets et les amours (putti ou amorini) qui envahirent les intérieurs. Modelés dans du stuc peint, surchargés de dorures, ils passent la tête par dessus les moulures des plafonds, ornent les chapiteaux des colonnes ou semblent prêts à prendre leur envol. Ils surgissent dans les endroits les plus invraisemblables, tels que les autels et les chaires. En Italie, le sculpteur François Duquesnoy (1594-1643), dit le Flamand par allusion à son origine, aimait à sculpter des amours en bronze. Ces marmousets nus descendaient tout droit des fresques romaines et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, ils constituèrent un des thèmes favoris de l’ornementation.

On a dit du style baroque qu’il était une manifestation d’émotivité hystérique. Cette critique est en partie justifiée. Toutefois, il ne faut pas oublier qu’il a donné une liberté nouvelle à l’art graphique et fourni un cadre rarement surpassé au luxe et à la pompe. En France, il a inspiré les décorateurs du style de cour, style dont nous parlerons plus loin et, dans une moindre mesure, les architectes. Après la guerre de Trente Ans, les principicules allemands se firent construire des palais dans ce style.

Une réaction inévitable contre les excès du baroque commence à se dessiner peut être même dans les dernières oeuvres du Bernin qui marquent un retour à une relative simplicité. Evelyn, qui séjourna à Rome lorsque le Bernin vivait encore, le décrit comme « un architecte, sculpteur, peintre et poète florentin qui, peu avant mon arrivée dans la ville, donna un opéra dont il avait peint les décors, taillé les statues, inventé la machinerie, composé la musique, écrit le livret et construit le théâtre ». Son oeuvre la plus remarquable reste le monumental baldaquin de Saint Pierre, soutenu par quatre colonnes torses en bronze, interprétation baroque des premières colonnes de ce type qui étaient apparues sous la Rome impériale.

Le baroque répondait tellement aux aspirations de l’époque que sa vogue ne connut pas d’éclipses au cours du siècle suivant, et, presque insensiblement, il se perdit dans le style rococo des années 1720.