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 Renaissance Italienne

La Renaissance italienne avait pris trop d’ampleur pour se limiter à un seul pays. Elle gagna rapidement la France, l’Allemagne, d’autres pays encore, par l’intermédiaire des artistes italiens invités par les diverses cours européennes. En France, c’est au château de Fontainebleau, construit par François 1er (1494 1547), que l’on peut le mieux étudier les premiers signes de cette Renaissance.

En raison des nombreuses modifications et additions qui furent par la suite apportées au château, il est difficile de l’imaginer tel qu’il était même au début du XVIIe siècle. Evelyn, qui le visita en 5644, déclarait que ce n’était rien à côté de « la majesté et de l’ordonnance de Hampton Court ». « Francois 1er, dit il, commença de l’embellir, Henri IV s’y employa très activement, et feu le roi (Louis XIII) poursuivit son oeuvre. Il abonde ers vestibules, salles et galeries de grande beauté, la plus longue galerie ne mesure pas moins de trois cent soixante pieds de long sur dix huit de large. Sur ses murs sont peintes les victoires de ce grand prince Henri IV. Dans la galerie François 1er, dite Grande Galerie, tous les palais du roi sont représentés. La Salle des Festins comporte une splendide cheminée ainsi qu’une statue équestre de Henri IV, en marbre blanc, estimée dix huit mille couronnes. Les nouveaux escaliers et une cour semi circulaire sont d’une architecture excellente, très moderne, ainsi que la chapelle construite par Louis XIII, tout en jaspe incrusté de marbre. »

Soucieux avant tout de prestige, François 1er décora Fontainebleau pour montrer à la face du monde qu’il était le roi de la plus puissante nation européenne. Lorsque la couronne du Saint Empire romain germanique qu’il ambitionnait eut été dévolue à Charles V d’Espagne, il disposa sans doute de sommes d’argent considérables, qu’il investit dans le château de Fontainebleau, dont la décoration intérieure fut une des plus somptueuses de France jusqu’à l’aménagement de Versailles par Louis XIV. A l’inverse de Versailles, le style de Fontainebleau est, dans une très grande mesure, italien. Le principal architecte et décorateur qui présida à l’ensemble des travaux fut le Primatice (1504 1570), mais Léonard de Vinci, Benvenuto Cellini et Andrea del Sarto y apportèrent leur contribution. Avant même l’arrivée en France du Primatice, François 1er avait fait venir d’Italie des orfèvres, des peintres, des sculpteurs sur bois, des stucateurs et, en 1540, il dépêcha le Primatice à Rome avec mission d’acheter des marbres et des bronzes antiques ; Evelyn put en admirer quelques uns. En outre, le Primatice ramena les moulages de certaines des pièces dont il n’avait pu se rendre acquéreur.

A ce propos, un extrait du registre des comptes de la Maison du Roi nous apprend que Jean le Roux, surnommé le Picart, sculpteur, a exécuté un modèle en plâtre d’une grande statue équestre d’après les moules, également en plâtre, rapportés de Rome à Fontainebleau. Il a exécuté, également en plâtre, d’après différents moules, une grande figure de Notre Dame de Pitié (la Pièta de Michel Ange) qui est dans la grande chapelle.

Certaines parties du château remontent au XVIe siècle ; elles sont très caractéristiques du style Renaissance, encore qu’elles marquent un léger retard sur le mouvement italien. La galerie François 1er était décorée de pourtours en noyer sculpté et doré, rehaussé de reliefs en stuc attribués au Primatice. Comme les plus anciennes parties du château, elle a malheureusement subi de nombreuses altérations. Les murs étaient tendus de tapisseries, ou ornés de peintures, encadrées de moulures en stuc. La tapisserie qui reproduit la galerie François 1er offre un intérêt particulier. Elle remonte aux environs de 1545 et donne un aperçu saisissant du style de cette période.

Délaissant le style gothique, les ébénistes revinrent aux formes classiques et tirèrent surtout leur inspiration des lignes architecturales. Ce mouvement gagna bientôt toute l’Europe. On vit apparaître des colonnes supports ou cariatides, des frontispices et des ornements, tels que des oves, séparés par des dards, ainsi que des mascarons sculptés en relief sur les portes des cabinets style à la « Romayne » de l’époque élisabéthaine. Les mascarons ne s’inspiraient pas des masques romains ni de leurs équivalents grimaçants de la Renaissance, il semble plutôt qu’ils aient été des portraits conformes à la réalité. Pour les incrustations, les artistes faisaient appel à un grand nombre de matériaux : métaux précieux, étain, marbres de couleur, ivoire et, un peu plus tard, ébène. Vers la fin du XVIe siècle, les mosaïques connurent une vogue passagère. Selon la technique florentine, elles étaient composées de tesselles de couleurs variées ou tesserae. Durant cette même période, la marqueterie qui mariait des bois d’essences différentes fut également très à la mode. En France, dédaignant le plus souvent les scènes figuratives chères aux Italiens, les marqueteurs se tournèrent vers les compositions géométriques. Les meubles, rarement montés sur bronze, étaient presque toujours sculptés et dorés ensuite.