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 Renaissance en Europe continental : suite 2

L’orfèvrerie connut une vogue aussi grande en France qu’en Italie et ce fut pour François 1er que Cellini créa la salière qui lui valut de se voir accorder des lettres de naturalisation et le titre de seigneur du château de Nesle. Il fabriqua d’autres pièces d’argenterie, aujourd’hui disparues. Sa grande nymphe de bronze, actuellement conservée au Louvre, était â l’origine destinée â Fontainebleau.

Parmi les premières manifestations de l’influence de la Renaissance en Allemagne, citons le monumental reliquaire de Sainte Sébald, exécuté à Nuremberg, entre 1506 et 1519, par Peter Vischer, aidé de ses fils. L’un d’eux, Hans, devait par la suite exécuter de petits bronzes dans le style de la Renaissance italienne. Dans son ensemble, le reliquaire est d’inspiration gothique, mais certains détails inattendus le rattachent à la Renaissance. Les Letichierweiber, personnages féminins placés aux quatre angles, dont le buste nu s’engage dans une gaine de feuillage, et qui soutiennent un chandelier â broches, ne sont autre que des grotesques inspirés de l’ornementation italienne. La feuille d’acanthe est italienne, ainsi que de nombreux autres détails ornementaux. L’apparition des grotesques en Allemagne suivit de près la grande vogue qu’ils connurent en Italie. Ce furent vraisemblablement les gravures faites en l509 d’après les fresques de la Maison Dorée qui les inspirèrent.

Le développement du marché de l’Art fut à l’origine du grand essor artistique que connut l’Allemagne du Sud à cette époque. Les Fugger d’Augsbourg tisserands, banquiers, spéculateurs et marchands, dont les activités couvraient toute l’Europe ramenaient en Bavière des richesses artistiques. L’ornementation fut fortement influencée par la gravure sur cuivre, procédé que les habiles artisans d’Augsbourg et de Nuremberg améliorèrent beaucoup.

L’empereur Maximilien le dernier chevalier avait accordé son royal patronage aux arts. Toutefois, Maximilien était, ainsi qu’on le sait, très pauvre et Jakob Fugger l’obligeait souvent en lui prêtant de la vaisselle d’or et d’argent et des étoffes somptueuses, pour ses banquets et ses réceptions. Son successeur, Charles Quint, gaspilla des sommes considérables pour acheter les Grands Electeurs, et les biens qu’il avait hérité étaient presque tous hypothéqués. En 1557, il connut la banqueroute ; ses dettes s’élevaient à des millions de florins et il fut contraint d’abdiquer. On a souvent attribué cette décision à son état de santé déficient et à l’échec de ses projets politiques. Mais les appels réitérés qu’il adressa à l’Eglise, la pressant de stigmatiser le prélèvement d’un intérêt sur les sommes prêtées, prouvent bien que la cause réelle était tout autre². Son abdication marqua la fin de l’immixtion des princes dans les affaires commerciales ; un marchand lança un cri, venu du cour, et qui résonne encore à travers les siècles sans avoir perdu de sa pertinence : « Mes efforts tendent maintenant vers un seul objectif me libérer de tous les potentats et seigneurs et investir mes biens de telle sorte que je puisse en jouir selon mon bon plaisir. » Parmi les quelques financiers qui survécurent à cette banqueroute se trouvait Lazarus Tucher, de Nuremberg, ville où les prétentions Charles Quint n’avaient jamais té prises très au sérieux. La perspicacité et la ruse des marchands de Nuremberg et d’Augsbourg qui, en outre, s’appuyaient sur les industries d’armement, les sauva de la ruine générale.

Une infime partie du mobilier exécuté en Allemagne du Sud au cours de cette période a survécu. Il en reste toutefois assez pour qu’on puisse dire que les ébénistes avaient fortement subi l’influence italienne. L’emploi des formes architecturales inspirées des constructions classiques est illustré par un secrétaire vraisemblablement exécuté à Ulm, vers 1630 ; il est agrémenté d’arabesques sculptées en bas relief et de marqueterie.

Les artisans sur métaux d’Augsbourg et de Nuremberg furent très renommés, surtout à partir du XVe siècle. Les fers forgés de Nuremberg étaient déjà réputés avant cette époque et dans ces deux villes, on fabriquait des armures richement ciselées. Les guildes d’orfèvres y étaient florissantes et Wenzel Jannitzer (1508-1585) est un de leurs représentants les plus célèbres.

Dans l’Allemagne du Sud, au début de la période gothique, les orfèvres délaissèrent l’ornementation gothique et adoptèrent certains motifs Renaissance, tels que grotesques, arabesques ou motifs décoratifs repoussés, fortement influencés par les dessins de Cellini ; cependant, on rencontre encore des motifs ornementaux gothiques jusqu’à la fin du XVIe siècle, notamment sur les vases sacrés. A cette époque, de nombreux peintres allemands fournissaient des modèles aux orfèvres.