L’Art d’Europe

D’une manière générale, l’art hollandais est particulièrement apprécié pour la finesse de son ornementation, parfois trop abondante ainsi qu’on peut le constater sur les tableaux représentant des intérieurs hollandais. L’ameublement subit d’abord l’influence des artisans espagnols et allemands, puis celle des Italiens. Ce n’est qu’à partir du début du XVIIIe siècle que l’influence française se manifeste dans les meubles ventrus, aux lignes bombées et aux montures en bronze, ainsi que dans l’emploi des placages. Les secrétaires de bois noir, très sobres, rehaussés au pinceau de motifs élégants illustrent bien le goût des Hollandais pour la peinture. Bien que les principaux importateurs européens de panneaux de laque eussent été les Hollandais, ils employaient peu la laque pour la fabrication des meubles.

Le marbre d’importation apparaît souvent dans les belles demeures hollandaises, ainsi qu’en témoignent les tableaux de Pieter de Hooch. Les peintres de ce pays excellaient à reproduire l’apparence du marbre.

Les tapisseries des Pays Bas étaient réputées dans toute l’Europe. Les principaux ateliers de lissiers s’implantèrent dès le début du XIVe siècle à Arras, Bruxelles, Anvers et Ypres. A cette époque, les peintres cartonniers empruntaient leurs thèmes aux enluminures, mais la Renaissance vit l’éclosion de nouveaux motifs tirés de la mythologie et de l’Histoire. Les Flamands recevaient les cartons d’Italie et quelques uns d’entre eux allèrent s’initier auprès des maîtres italiens. Au XVIIe siècle, les scènes champêtres furent en faveur et les lissiers exécutèrent de nombreuses verdures.

A partir du milieu du XVIIe siècle, l’influence orientale se fit sentir sur la décoration hollandaise, en particulier, dans les dessins ornant les poteries stannifères. Rappelons que ce procédé d’émaillage avait été introduit par les artisans italiens au début du XVIe siècle. Les potiers s’installèrent dans des brasseries désaffectées, à Delft, en Hollande. Leur production se développa à un point tel que le mot Delft désigna bientôt toute la faïence fabriquée dans le nord. Les mêmes poteries s’appellent faïence selon qu’elles sont faites en France ou en Allemagne, et majoliques quand elles viennent d’Italie, mais en fait la technique est la même .

Les motifs de la fin de l’époque Ming connurent une très grande faveur à Delft où ils furent si bien imités qu’il est parfois difficile, à première vue ; de distinguer une porcelaine européenne de cette époque d’une porcelaine chinoise. A la fin du siècle, les céramistes de Delft commencèrent à reproduire en couleur des motifs décoratifs similaires et non plus servilement copiés. Bientôt les Hollandais importèrent de grandes quantités de porcelaine chinoise et japonaise « en blanc » qu’ils décoraient ensuite. La peinture hollandaise offrait de nombreux sujets d’inspiration aux faïenciers dont la production était extraordinairement variée. Ils reproduisaient des grands tableaux sur des panneaux composés de carreaux. Ces panneaux ornaient en particulier les cuisines ducales. Citons, entre autres, l’admirable composition qui embellit les parois de la cuisine de l’Amalienburg, le plus célèbre pavillon du Nymphenburg, à Munich (XVIIIe siècle).

La Renaissance pénétra lentement en Espagne. Si les Maures ne furent complètement chassés de ce pays qu’en 1492, certaines régions d’Espagne étaient cependant gouvernées depuis le XIe siècle par des rois catholiques et une école d’architecture gothique y florissait ; ses disciples employaient des motifs ornementaux inspirés en partie d’oeuvres mauresques. Jusqu’au XVIe siècle, des artisans maures demeurèrent au service de leurs maîtres espagnols. Mais des artistes venus de France, des Pays Bas et d’Allemagne laissèrent, eux aussi, leur empreinte sur l’art local.

En Espagne, l’architecture et la décoration intérieure subirent l’influence du style adopté par les orfèvres. Il faut y voir, sans doute, une conséquence directe de Pafflux de l’or et de l’argent rapportés du Nouveau Monde par les conquérants espagnols. En outre, le goût des Espagnols pour le faste les fit accueillir avec une faveur toute particulière les formes les plus excessives du baroque italien, dont ils donnèrent des versions encore plus exagérées.

Le bois sculpté, souvent peint et doré, était très employé dans l’ornementation, cependant les artistes espagnols exécutèrent peu de meubles sculptés. Au début, à l’imitation de l’Orient, leurs demeures comportaient un mobilier très réduit, mais beaucoup de tapis. Vers le XVIe siècle, apparurent les commodes, les tables et les chaises. Les coffres s’ornèrent de ferrures forgées en arabesques découpées, elles furent probablement à l’origine des arabesques prises comme thème d’ornementation en Allemagne et dans les Pays Bas. Les murs étaient tendus de cuir doré et gaufré, souvent agrémenté de motifs mauresques. En France, sous Louis XIII, et en Angleterre, à l’époque de Cromwell, l’apparition des chaises, dont le dossier et le siège étaient garnis de sangles de cuir retenues par des clous à tête décorative, fut une mode empruntée à l’Espagne.

 A l’image de la coutume orientale, les Espagnols couvrirent leurs murs et leurs sols de carreaux de céramique. Mais, c’est dans la poterie dite hispano mauresque que les céramistes de la péninsule Ibérique manifestèrent le plus de talent. Ils peignaient la terre vernissée avec des décors lustrés à reflet métallique obtenus par des sels oxydants de cuivre et d’argent. Certains plats de grande dimension présentent un mélange remarquable de motifs islamiques et chrétiens admirablement interprétés.