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 Les motifs arnementaux partie II

D’abord considéré comme une superstition dangereuse et subversive, le christianisme fut reconnu officiellement par l’empereur Galère, vers 311 (année de sa mort), puis proclamé religion d’Etat par Théodose, en 391. Vers l’an 328, Constantin établit à Byzance, point stratégique de première importance, la capitale orientale de l’empire romain.

Cependant, même avant cette époque, l’influence du Moyen Orient dans le domaine artistique, intellectuel et religieux, s’était fait sentir à Rome. La lente progression du christianisme alexandrin fut presque totalement arrêtée par le mithracisme venu du Moyen Orient et qui comptait de nombreux adeptes parmi les légionnaires. Beaucoup d’idées byzantines étaient empruntées à la Perse, une Perse renaissante, déjà en partie hellénisée par les invasions d’Alexandre. Des échanges culturels presque ininterrompus se développèrent entre les deux pays, en dépit d’un état de guerre sporadique qui, de temps en temps, provoquait de sérieux affrontements. L’art perse de la période des rois Sassanides exerça son influence sur l’art byzantin, sur celui de l’Islam postérieur à la chute de cette dynastie et, plus généralement, sur tous les styles chrétiens de l’Europe médiévale. Certains motifs occidentaux qui semblent d’inspiration islamique remontent en fait à une source commune : celle de l’art perse des Sassanides.

On ne peut guère parler des intérieurs profanes byzantins, car seuls des monuments religieux témoignent encore du passé. On sait seulement que les maisons continuèrent à être décorées de fresques murales où dominait l’influence d’Alexandrie. Mais l’art de Byzance se manifeste surtout dans les mosaïques, dont l’usage était beaucoup plus répandu qu’ailleurs.

Une nouvelle influence se fit sentir au ville siècle, après que Byzance tout entière eut commencé à se passionner pour la théologie, à un point tel que les barbiers eux mêmes, délaissant leurs blaireaux, se lançaient avec leurs clients dans des discussions aussi obscures qu’interminables. Sous Léon l’Isaurien, les iconoclastes, peut être influencés par la doctrine islamique, ne se contentèrent pas de proscrire le culte des images mais encore ils détruisirent presque toutes celles qui existaient déjà. Ce mouvement entraîna un conflit avec le pape et fut à l’origine de la seule guerre de l’Histoire qui ait eu l’Art pour cause.

La sculpture sur ivoire se développa beaucoup à Byzance à partir de la fin du Ve siècle, ce qui nécessita l’importation massive d’ivoire indien ou africain. Les meubles étaient incrustés d’ivoire et décorés de motifs sculptés, également en ivoire. Un exemple remarquable nous est fourni par le trône de Maximien à Ravenne. En France celui en vermeil de Dagobert date également du vile siècle. Il se présente sous la forme d’une chaise curule romaine à laquelle furent ajoutés, au XIIe siècle, un dossier et des accoudoirs attribués à l’abbé Suger.

Il semble que les orfèvres byzantins aient produit beaucoup d’oeuvres profanes. Leur décoration s’inspirait souvent des thèmes de l’époque sassanide. Dans les palais byzantins, les murs étaient volontiers tendus de tapisseries à personnages, fleurs, bocages ou verdures. On y rencontrait souvent des symboles chrétiens et parfois même des animaux fabuleux. Nous ne saurions à peu près rien des dessins qui ornaient les étoffes byzantines si les mêmes motifs n’avaient été repris sur des matériaux plus durables. Cependant, quelques rares fragments très anciens montrent bien l’influence que l’Egypte hellénistique et la Perse eurent sur l’art byzantin. On retrouve dans les oeuvres postérieures au vile siècle des motifs inspirés de l’Islam, d’où provenaient certaines étoffes byzantines.

Au fil des ans, Byzance commença à s’orientaliser, et la civilisation occidentale, conséquence des invasions helléniques, recula du Proche et du Moyen Orient devant les armées de l’Islam.

Les styles byzantins se répandirent en Occident, particulièrement en France, mais les conditions de l’époque étaient alors peu propices au développement des arts, parce que les envahisseurs barbares ne se préoccupaient que des bijoux et des ornements dont ils se paraient. Au début, l’Eglise s’efforça de sauvegarder le peu de culture romaine qui avait survécu. En l’an Soo, le couronnement de Charlemagne, premier empereur du Saint Empire romain germanique, fut en Occident l’occasion d’un retour au classicisme qui ne prit pas d’ampleur.

Bien que nous ignorions si des tapisseries ornaient les palais de Charlemagne, l’art de la tapisserie ne s’était pas éteint en Europe Occidentale et, à cette époque, saint Anthelme, évêque d’Auxerre, fit exécuter des tapis somptueux pour sa cathédrale. Les tapisseries les plus renommées étaient ornées de perles et rebrodées de fils d’or4. Les meubles destinés à l’usage royal étaient en bois, habillé d’or et d’argent. L’ivoire, dans lequel on sculptait beaucoup de petits objets, continua de décorer les meubles. Les pièces d’orfèvrerie étaient très recherchées. Et on rehaussait d’émail les objets décoratifs en métal.

Malgré l’influence considérable de Byzance, les thèmes classiques ne perdirent rien de leur force en Italie (à part quelques exceptions, comme Ravenne) ni dans le sud de la France. Dans le nord, au contraire, les traditions nordiques influèrent sur le style de la Rome antique qui réapparut sous une forme modifiée. Ce style roman, remarquable par ses arcs en plein cintre et ses voûtes qui s’inspiraient des premiers ouvrages romains, se développa dans les régions où l’influence byzantine se faisait à peine sentir.

Une certaine confusion régna durant les dernières années qui précédèrent l’an icone, parce que beaucoup de communautés chrétiennes croyaient que la fin du monde approchait. Quand le premier millénaire chrétien se fut achevé sans incident marquant, les hommes se mirent à construire à un rythme accéléré et ils élevèrent surtout des églises. Ils en restaurèrent aussi un grand nombre qui avaient été pillées et saccagées par les envahisseurs normands.

Au cours de la période romane, l’art de la sculpture tint une place prépondérante et, dans la mesure du possible, les autres arts adoptèrent ce style. L’influence du Moyen Orient est sensible dans certains ornements sculptés, en particulier, les animaux fabuleux qui présentent de nombreuses analogies avec ceux que l’on rencontre en Perse.