C’est peut être dans la porcelaine que l’on trouve la plus parfaite expression du style rococo au XVIIIe siècle. Grâce à la Manufacture Royale de Meissen, fondée sous le patronage d’Auguste II le Fort, électeur de Saxe, roi de Pologne, la porcelaine fit bientôt fureur dans toute l’Europe. En 1737, le style rococo apparaît pour la première fois à Meissen avec le service « aux cygnes » exécuté pour le comte von Brühl, chambellan d’Auguste III, qui veillait aux destinées de la manufacture. Il est vraisemblable que la tendance à l’asymétrie fut fortement influencée par la grande popularité des porcelaines importées du japon, car l’asymétrie est un des traits caractéristiques de l’ornementation de Sakaïda Kakiemon d’Arita .
Peu avant 1750, une manufacture de porcelaine allait avoir une influence aussi considérable que celle de Meissen. Fondée à Vincennes, elle fut transférée à Sèvres une dizaine d’années plus tard. Louis XV en étant le principal actionnaire, elle était également un bien de la couronne. La pâte de Sèvres était moins facile à traiter que celle de Meissen, les Français remplacèrent les volutes en C et autres fioritures rococo que les artistes de Saxe exécutaient en porcelaine par des motifs en bronze doré.
Aussi bien en France qu’en Saxe, on fabriquait des figurines en porcelaine, mais celles de Meissen dont les plus belles sont l’oeuvre du sculpteur de la cour J.J. Kandler étaient vernissées et peintes, tandis que celles de Sèvres n’étaient pas émaillées (Biscuit de Sèvres). La mode de ces statuettes venait d’un genre de décoration de table très éphémère qui avait pris naissance à Rome au XVIe siècle. Il consistait à modeler des figures cri sucre pour décorer les tables de banquet. Alors que les compositions italiennes puisaient leur inspiration dans les thèmes religieux, celles de Meissen, en particulier, reproduisaient des sujets profanes d’une grande variété. Certaines étaient destinées aux cuisines royales. Quelques unes même portent l’inscription K.H.K. (Konglicbe Hof Konditorei, c’est à dire confiserie de la maison du roi) ou K.H.K. (Königliche Hof Kuche, c’est à dire cuisine de la maison du roi). Ces services de porcelaine comportaient un si grand nombre de pièces qu’il fallait beaucoup de temps pour les disposer. Aussi le dessert était il souvent pris à une autre table. De nos jours, ces services ont été dispersés et les pièces isolées font la joie des collectionneurs ; toutefois, de nombreuses pièces avaient été, également, conçues comme bibelots décoratifs que l’on plaçait dans les vitrines.
François Boucher, ami de Mme de Pompadour, trouva le temps de fournir des modèles à la Manufacture de Sèvres. Le sculpteur de la cour Etienne Maurice Falconet en fournit aussi. Sa baigneuse, qui est peut être la porcelaine la plus connue, fut d’abord exposée au Salon de Paris en 1757. Le fils de Falconet publia en 1757 une série de gravures intitulées Figurines de porcelaine française illustrées par M. Boucher.
Le style de cour français est le résultat d’une habile synthèse de matériaux divers formant un tout cohérent. André Charles Boulle (1642-1732), premier ébéniste de la Maison Royale3, à qui l’on doit les plus beaux cabinets du XVIIe siècle, faisait un abondant usage de marqueterie rehaussée d’écaille, d’ébène, d’argent et de cuivre ; ces métaux étant souvent ornés de motifs à la manière de Berain. Les meubles, auparavant décorés de sculptures étaient maintenant enrichis de bronzes dorés, oeuvre des ciseleurs fondeurs qui ers travaillaient tous les détails avec minutie.
La technique qui consiste à appliquer de fines lames de bois précieux sur la surface d’un meuble (placage) avait toujours été pratiquée, mais c’est seulement dans les premières années du XVIIIe siècle qu’on réussit à plaquer le bois sur des surfaces incurvées. Au cours de la Régence, Cressent disposait ses bronzes en des courbes gracieuses, mais les surfaces et les contours en bois de ses meubles étaient également galbés. En partie sous l’influence de Madame de Pompadour, maîtresse de Louis XV, le vaste salon de réception fut abandonné en faveur des petits salons et du boudoir. Aussi les meubles Louis XV sont ils en général de dimensions plus petites que ceux de la période précédente.