Ce sont les bronzes d’ameublement qui illustrent sans doute le mieux l’emploi du bronze doré en décoration. Sous le règne de Louis XIV, les maîtres bronziers reprirent en les adaptant les motifs d’ornementation classiques : mufles de lion (employés par Boulle pour les poignées) ; pieds de tables et de cabinets en griffes de lion ; têtes de béliers ; dauphins ; guirlandes et frises de fruits et de fleurs ; volutes de feuilles d’acanthe, servant à protéger les angles ; rosettes ; trophées et masques et, bien entendu, le soleil, emblème de Louis XIV.
Sous le règne de Louis XV, le bronze prend une place secondaire dans le mobilier, sans cependant rien perdre de sa vogue. Sa qualité baisse car les fondeurs produisent une grande quantité d’ornements et de garnitures à partir d’un petit nombre de moules. Aussi les ébénistes durent ils opérer un choix au lieu de commander des modèles différents pour chaque meuble.
A la fois ébéniste et ciseleur fondeur, Charles Cressent exécutait lui même les bronzes dont il ornait ses meubles. Mais son cas est exceptionnel.
Un peu plus tard, sur les meubles, fleurs, tiges et feuilles en bronze doré, s’enroulent avec une grâce infinie et sont disposées de manière asymétrique. La feuille d’acanthe illustre bien cette nouvelle tendance à la symétrie ; la pointe de la feuille est orientée d’un côté alors qu’auparavant elle respectait la symétrie. Le rococo emprunte ses sujets à la faune et à la flore aquatique mais, souvent, la coquille Saint Jacques, chère aux Anciens, ne rappelle que de très loin son modèle.
Les garnitures de bronze ne se limitent pas au mobilier et à la porcelaine, elles envahissent presque tous les domaines de l’art décoratif français. Au début du XVIIIe siècle déjà, nous rencontrons des vases d’Orient montés sur bronze et, dans son livre journal, le marchand Lazare D’uvaux mentionne, par exemple, qu’en octobre, il a vendu à Madame la marquise de Pompadour deux vases de porcelaine céladon, à couvercle, en forme d’urne à anses arrondies, à culot et col de bronze, pour le prix de huit cent soixante quatre livres (six mille cinq cents francs actuels).
Le terme « céladon » désigne un émail de couleur verte originaire de Chine, très recherché à l’époque.
Dès sa création, et avant son transfert à Sèvres, la Manufacture de Vincennes produisit des fleurs en porcelaine, à tiges et feuilles de bronze, d’une grande variété roses, oeillets, jonquilles, lis, tulipes, jacinthes. A Bellevue, Mme de Pompadour composa avec ces fleurs un jardin d’hiver pour le roi et, selon le marquis d’Argenson, Louis XV scandalisa Paris en dépensant plus de huit cent mille livres (cinq cent vingt cinq mille francs actuels) pour orner ses palais de fleurs de porcelaine.
Les plus belles pièces de porcelaine de Sèvres étaient montées avec une grande recherche. Les petits vases étaient rehaussés de personnages, de feuillages ou de fleurs en bronze doré. Les vases de pierres rares, tels que jaspe et porphyre, étaient également garnis de bronze doré et les mouvements d’horloges gainés de bronze doré .
Le même métal s’employait seul, notamment pour les candélabres, flambeaux et autres éléments décoratifs des cheminées, ainsi que pour les petites sculptures de haute qualité. A la fin du XVIIe siècle, Martin Lister mentionne les nombreux petits bustes, statuettes et vases de « cuivre » (bronze doré) que l’on trouve à Paris dans toutes les demeures particulières.