Dans les châteaux et palais royaux, les chandeliers étaient presque toujours en bronze doré, mais dans les demeures privées, ils étaient en bois sculpté et doré. Les bougies, que l’on fabriquait sur une grande échelle et selon des modèles types, remplaçaient les lampes à huile ; elles présentaient en effet l’avantage d’être plus lumineuses et plus propres. Ce fut vers 1560, que l’on commença à orner les lustres de pendeloques de cristal de roche taillé qui reflétaient la lumière. Les torchères sur tige rappellent les candélabres sur tige de Rome, à la fois par leur forme et par leur ornementation. Les lanternes à croisillons de bronze encadrant de petites surfaces de verre sont souvent embellies d’ornements dorés et ciselés.
Sous Louis XV, les maîtres bronziers donnèrent libre cours à leur imagination, en particulier dans les appliques dont tous les éléments, y compris les bobèches, revêtent la forme de feuilles d’acanthe. On les enrichissait parfois de fleurs de porcelaine, et quelques spécimens tout en porcelaine sont parvenus jusqu’à nous.
La tapisserie joue un rôle important dans le développement du style de Cour. La cour patronnait une manufacture fondée par une famille de teinturiers du nom de Gobelins. Cette manufacture devint bien de la couronne en 1662, lorsqu’elle commença à prendre de l’importance. A cette date, les Gobelins et autres ateliers furent groupés sous la direction de Le Brun qui dessina de nombreux cartons pour les tapisseries murales à sujet historique, portières, rideaux et lambrequins et pour ces panneaux de dimensions spéciales appelés entre fenêtres. La reproduction des tableaux, parmi lesquels citons les oeuvres de Raphaël et de Rubens, connut une vogue extrême. Scènes mythologiques, thèmes religieux, portraits empruntés à l’histoire contemporaine, scènes de la vie champêtre, paysages (verdures) jouirent d’une même faveur. Mais la mort de Colbert, survenue en 1583, et peut être la révocation de l’Edit de Nantes (nombre de lissiers étaient huguenots) entraînèrent une éclipse momentanée de cet art. Il ne reprit son essor qu’au XVIIIe siècle, lorsque l’architecte Robert de Cotte et le peintre Boucher se donnèrent pour tâche de remettre à la mode la tapisserie comme élément de décoration, à l’époque où les moulures rococo de bois sculpté ornaient presque tous les murs. Leur entreprise rencontra un grand succès. Ils imitèrent parfois sur leurs cartons des panneaux de bois peints et des moulures destinés à encadrer la composition centrale.
Au Moyen Age, on jetait souvent des tapisseries sur les chaises et les bancs et, au XVIIe siècle, on garnissait parfois les sièges avec des tapis de la Savonnerie. Le cardinal Mazarin possédait des sièges recouverts de cette manière. Ce n’est qu’au cours du XVIIIe siècle que l’on commença à les tendre de vraies tapisseries des Gobelins, de Beauvais et d’Aubusson, mode qui se répandit au XIXe siècle. Ce fut elle qui, sans doute, permit aux manufactures de survivre à une époque où on ne voulait plus de tapisseries de tenture.
Il nous est parvenu peu de tapis tissés en tapisserie antérieurs au XIXe siècle car, sans le velours protecteur de la laine, ils se sont usés très rapidement bien qu’ils n’aient servi qu’à orner les appartements privés ou semi privés. La première manufacture française fut fondée par Henri IV et installée au Louvre. Les ateliers de tapisserie du XVIIe siècle fabriquaient presque tous des tapis, à l’exception des Gobelins qui en produisirent très peu jusqu’au XIXe siècle. Aubusson les considérait comme son apanage. Toutefois, cette manufacture ne fabriquait que des tapis de lisse suivant latechnique des Ghilim et des Soumak. Les tapis de Bruxelles et de la Savonnerie, ainsi que ceux fabriqués en Angleterre au XVIIIe siècle s’inspiraient des tapis turcs. Les fils étaient noués d’une manière assez lâche sur un canevas grossier. La plupart des premiers tapis français sont de dimensions assez grandes et sont ornés de motifs caractéristiques de leur période. Les tapis orientaux, plus petits, ne s’harmonisaient pas aussi bien avec les styles français, aussi connurent ils une faveur plus grande en Italie, dans les Pays Bas et en Angleterre.
Le style de cour français fut adopté avec enthousiasme en Allemagne à la fin du XVIIe siècle. Toutefois, le rococo connut une popularité plus grande encore et se répandit bientôt à travers tout le continent européen. C’est ainsi que la Grande Catherine fit venir de France un nombre considérable d’objets d’art, dont certains furent mis à prix en 1928, lors de la vente d’une partie du mobilier de l’Ermitage de Leningrad, organisée à Berlin par Rudolph Lepke. Le rococo gagna la Suède , descendit en Italie ; le caractère régional apparaît dans le choix et la disposition de l’ornementation des objets fabriqués sur place.
En Allemagne, où le style rococo fut adopté avec le plus d’enthousiasme, deux écoles se formèrent : le rococo de Potsdam et le rococo de Bavière. Au nord, le palais de Sans Souci illustre le mieux les tendances de l’école de Potsdam. Actuellement en Allemagne de l’Est, il fut édifié par l’architecte Knobelsdorff, en 1745, d’après des plans préliminaires de Frédéric le Grand. Le prince de Ligne en parle dans ses mémoires comme « une des dernières splendeurs de l’Europe ». Frédéric le Grand écrivait presque toujours en français. Il traitait l’allemand de langue barbare, créée uniquement pour parler aux animaux. A la fin du XVIIe siècle, un écrivain contemporain pouvait écrire à bon droit « ... la plupart des cours allemandes sont organisées sur le modèle des cours françaises et quiconque veut réussir dans la vie doit connaître le français et surtout être allé à Paris. »
Dans le sud, le principal architecte rococo fut François Cuvilliés, dont le fils devait publier plus tard quelques gravures. François Cuvifflés commença sa carrière en aidant à décorer le château de Brûhl, près de Cologne, mais ses principales oeuvres se trouvent à Munich et dans ses environs.
L’une des plus caractéristiques, presque complètement détruite par les bombardements en 1944, est le théâtre de la Résidence, à Munich, qui a été soigneusement restauré à l’aide des boiseries et des dorures d’origine. Les appartements d’apparat de l’ancienne Résidence, également restaurés, sont aussi de lui, mais c’est la Nymphenburg, à quelques kilomètres de Munich, qui reste son chef d’oeuvre. Sur la demande de l’électeur Maxirnilien joseph III, il apporta des additions à ce palais du XVIIIe siècle. Le petit pavillon appelé Amalienburg fut bâti en 1743 pour Amalia, la femme de l’électeur. Il est entièrement l’oeuvre de Cuvilijés qui s’entoura des décorateurs Zimmerman, Dietrich et Moretti. L’intérieur en a été récemment restauré. Il a retrouvé ses murs jaunes moulurés d’argent, l’or ayant été dans cette décoration largement remplacé par l’argent. Le Pagodenburg, autre pavillon situé dans le parc, fut probablement conçu par Max Emmanuel, l’électeur précédent, avec l’aide de l’architecte Effner. Il y est fait un judicieux emploi des chinoiseries.
Les bâtiments qui se dressent en face du palais proprement dit abritent encore la fabrique de porcelaines de Nymphenburg, dont, au XVIIIe siècle, les artistes furent les principaux tenants du style rococo du sud de l’Allemagne. Le maître modeleur Franz Anton Bustelli (1723-1763) s’inspirait surtout de la comédie italienne et la délicatesse, la finesse de ses figures tiennent en grande partie au fait qu’il les sculptait d’abord dans du bois de tilleul, technique particulière à l’Allemagne du Sud.
Le style de cour français, quelle que fût sa popularité à l’étranger, se limitait cependant aux grandes villes. Partout ailleurs, dans les provinces françaises le style né à la cour subissait l’influence de la petite noblesse et des grandes familles bourgeoises. Le mobilier, couramment appelé rustique, était dépouillé d’une grande partie des signes extérieurs de richesse telles que les garnitures de bronze doré, mais il était solide et d’excellente qualité.
Dans le sud de la France, en particulier, au cours du XVIIIe siècle, le mobilier s’inspire plutôt du style Louis XIII que de celui du Roi Soleil. Massif, très architecturé, il est embelli de sculptures florales et à feuillages. Le meuble qui tient le plus de place dans les intérieurs provinciaux est l’armoire. De dimensions imposantes, elle est faite en chêne ou en noyer et, vers la fin du XVIIIe siècle, en acajou. L’ornementation de ces armoires diffère selon les régions. Les plus courantes de nos jours sont peut être les vieilles armoires normandes. C’est le XVIIIe siècle qui produisit les plus beaux buffets. Quelques versions ressemblent aux vieux dressoirs anglais. Souvent ornés de belles sculptures, ils comportent des étagères qui servaient à exposer des faïences aux couleurs vives poteries très populaires en province. La commode, ce meuble où le style de la cour s’épanouit le plus, se rapproche de la commode anglaise. Les tables de bois poli sont plus dépouillées et dépourvues d’incrustations et de garnitures de bronze.
Dans les demeures provinciales, les parois sont d’ordinaire décorées de panneaux de bois sculpté appelés boiseries à l’imitation des riches panneaux qui embellissent les intérieurs parisiens. Les papiers peints imprimés à la planche commencèrent à devenir à la mode au début du XVIIe siècle ; les papiers tontisse ne furent fabriqués que vers le milieu du siècle. Ils furent suivis par les papiers brillants, dans lesquels on substituait aux tontures des poudres métalliques à reflet d’or ou d’argent. Les modèles inspirés des papiers peints à la main, importés d’Orient, connaissaient une grande vogue.
Les étoffes employées dans la décoration étaient souvent brodées ; on appréciait beaucoup les cotonnades imprimées, notamment celles qui imitaient les fameuses indiennes importées sous le nom de calicot (de Calicut ou Calcutta) et les chintz, nom tiré probablement de la ville perse de Chiniz . A la fin du XVIIe siècle, les Français et les Anglais connaissaient déjà l’art de teindre le coton à la manière indienne. Les tissus ainsi traités étaient lavables, au contraire des tissus imprimés dont on disposait auparavant.
L’ameublement des palais royaux donna naissance dans toute l’Europe à des versions simplifiées, exécutées avec des matériaux moins riches, mais, comme dans les provinces françaises, chaque pays imprima à ce style son caractère propre. Les premiers émigrants introduisirent au Canada leur conception provinciale en matière d’ameublement et les styles canadiens suivirent, dans une certaine mesure, ceux du pays natal. Toutefois la version outre atlantique fut, jusqu’à la fin du XVIIIe siècle, la plus simple et ne comporta guère que des ornements géométriques. A vrai dire, son évolution rappelle celle que suivirent les styles d’ameublement anglais et hollandais dans ce qui est maintenant devenu les Etats Unis. On retrouve les traces des premiers styles français en Louisiane, en particulier dans les grilles en fer forgé des balcons de la Nouvelle Orléans et dans les nombreuses copies ultérieures en fonte de fer. Depuis quelques années les styles provinciaux français connaissent un regain de popularité, notamment dans le sud des Etats Unis.