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 Cathay ou la Chine

Au Moyen Age, quelques porcelaines de Chine parvinrent en Europe, mais on n’a aucune preuve que des poteries chinoises aient été importées avant le voyage de Marco Polo et sa visite à la cour de Koubilaï Khan. En revanche, les étoffes chinoises étaient beaucoup plus connues.

Avec l’arrivée au pouvoir de la dynastie T’ang (618-906), les échanges avaient repris entre l’Europe et l’Occident. Au IXe siècle, les dbows arabes et les jonques chinoises allaient et venaient sans cesse entre le port de Shiraf, sur le golfe Persique (port maintenant disparu) et celui de Canton ; un marchand du nom de Soliman a décrit la nature translucide de la porcelaine chinoise. Les Arabes agissaient en qualité d’intermédiaires entre la Chine et Byzance.

La prise de Byzance par les Turcs, en 1453, interrompit pendant longtemps les échanges avec Venise, et les produits orientaux disparurent des marchés occidentaux. Puis, au début du XVIe siècle, le tableau changea complètement. En 1497, Vasco de Gatna contourna le cap de Bonne Espérance et, traversant l’océan Indien, atteignit Calcutta. Bientôt les Portugais poussaient jusqu’aux eaux chinoises et mouillaient dans le port de Canton, en 1517. Ils obtinrent l’autorisation d’ouvrir des établissements commerciaux, mais des conditions draconiennes leur furent imposées. Bientôt, la laque, la porcelaine, les soieries, le sucre, le thé, les épices affluèrent dans le port de Lisbonne.

A la fin du XVIe siècle, manquant d’argent pour poursuivre la guerre qui les opposait à l’Espagne, les Hollandais se mirent à arraisonner en haute mer les bateaux espagnols et portugais qui revenaient d’Orient et à vendre les porcelaines et les articles de luxe, dont ils s’étaient ainsi emparés, au roi de France Louis XIII et à Jacques Ier d’Angleterre. La compagnie hollandaise des Indes Orientales fut fondée en 1602 et la compagnie anglaise peu après ; au milieu du XVIe siècle, les Hollandais se virent accorder la concession exclusive du commerce avec le japon, ce qui leur donnait également le droit de faire le cabotage entre le japon, la Chine, la Corée, les îles des mers orientales. Leur port principal était Batavia, dans les Indes Orientales hollandaises. Pendant de nombreuses années, les Hollandais furent les plus grands importateurs de produits orientaux.

Dans la première moitié du siècle, les objets d’art orientaux se vendaient à Paris. Le chroniqueur John Evelyn se rappelle avoir vu, en 1644, une boutique appelée Arche de Noé, située dans l’île de la Cité. On y vendait « ... des curiosités de toutes sortes, naturelles ou artificielles, indiennes ou européennes, utiles ou décoratives, tels que cabinets (de laque), ivoires, porcelaines (de chine), poissons séchés, oiseaux, tableaux et autres fantaisies exotiques... ». A cette époque, le terme « indien » s’appliquait sans discrimination à presque tout ce qui venait d’Extrême Orient, parce que les cargaisons étaient d’ordinaire transbordées dans les ports des Indes Orientales, d’où le terme « coromandel » (nom donné à la partie orientale de la péninsule de l’Inde) par lequel on désigne les paravents composés de panneaux de laque chinoise, dont le décor est obtenu par des incisions en biseau. Parmi les grands collectionneurs européens d’art chinois de cette période, citons le cardinal Mazarin.

A chaque voyage, les navires hollandais ramenaient plusieurs milliers de pièces de porcelaine, et pourtant la demande dépassait de loin la production. Au cours du XVIIe siècle, des ouvrages, tels que l’Ambassade auprès du grand Cham Tartare, traduit en anglais, en 1665, firent connaître la Chine et son peuple. L’auteur, le Hollandais Nieuhof, avait fait un rapide voyage en Chine ; une des gravures qui illustraient son livre est reproduite. Toutefois, un grand nombre de ceux qui écrivirent sur la Chine ne s’y étaient jamais rendus. Ils puisaient leurs informations dans les chroniques envoyées par les missionnaires jésuites ou dans les souvenirs rapportés par les employés de la compagnie des Indes. Les gravures qui illustraient ces chroniques, parfois assez proches de la vérité, étaient faites d’après des descriptions écrites, des renseignements de bouche à oreille ou des esquisses, souvent tracées de mémoire. Il n’est guère surprenant, dans ces conditions, que la plupart des ouvrages de l’époque aient donné une vision de la Chine assez éloignée de la réalité.

Les objets venus de Chine auraient dû, par leur décoration, apporter un correctif, mais ils étaient encore rares. En outre, la langue était difficile, nouvelle, elle ne représentait rien de tangible pour tout autre que les sinologues. Ceux ci étaient surtout les jésuites missionnaires en Chine, et ils ne se préoccupaient pas de répondre aux questions que l’homme du commun se posait devant ces caractères et ces symboles inconnus.

Lorsqu’on emploie les motifs de décoration sans en comprendre ni la nature, ni l’intention, il se produit d’étranges erreurs d’interprétation. C’est ce qui se produisit quand les Européens voulurent copier les motifs orientaux. Le mot chinoiseries appliqué aux adaptations des motifs chinois est souvent employé dans un sens aussi vague qu’inexact. Il signifie en fait le mélange de motifs orientaux et de motifs nés de la fantaisie européenne ; tout autre emploi de ce terme est erroné. Une copie aveugle ne peut conduire qu’à des altérations et cela ne se vérifie pas uniquement dans les pastiches d’oeuvres orientales, mais aussi dans les dernières versions de l’ornementation classique et, surtout, dans les retours au gothique.

Les premières porcelaines de Chine importées en Europe étaient peintes en bleu cobalt, couleur appliquée sous le vernis. Vers le milieu du XVIIe siècle, les céramistes hollandais firent de mauvaises copies en poterie stannifère mais c’est dans les pays situés le plus loin des ports d’arrivée que l’on perfectionna l’art de la chinoiserie. Les plus beaux exemples de ces porcelaines furent créés à la Manufacture Royale de Meissen, en Saxe. Elles furent exécutées dans les années 1720, d’après les modèles fournis par Johann Gregor Höroldt, peintre à la cour et obermaler de la manufacture.

Vers la fin du XVIIe siècle, on importa des panneaux de laque en grande quantité. Les plus beaux venaient du japon. La laque est la gomme résine d’un arbre, le rhus vernicifera, teinte à l’aide de divers colorants, puis durcie et travaillée au couteau. En Europe, on imitait les panneaux à l’aide de gesso que l’on vernissait ; la plus célèbre de ces laques occidentales est couramment appelée vernis Martin ; le sieur Simon Etienne Martin s’étant vu accorder le monopole de ce procédé en 1744. Par la suite, on se servit de ce vernis pour décorer une grande variété d’objets allant des meubles et des chaises à porteur aux tabatières et étuis, embellis de scènes d’après Watteau, Lancret, Boucher et autres peintres, ainsi que de décors inspirés de la Chine. L’Angleterre produisit également un nombre considérable de panneaux analogues et, en nombre plus réduit peut être, la Hollande. La plupart de ces panneaux, authentiques ou imités, servirent à décorer des cabinets. Un très beau modèle anglais, posé sur un support sculpté de facture italienne est reproduit .