Quelques ornemanistes anglais s’attachèrent à adapter les formes chinoises à certains éléments de la décoration intérieure, tels que manteaux de cheminées, moulures des murs et des plafonds, tablettes de cheminées. Ce fut en particulier le cas de William Halfpenny, « menuisier et architecte » qui publia, en 1770, un recueil de gravures intitulé New Designs for Chinese Temples. Ces gravures atteignaient un tel degré d’absurdité que le style fut baptisé en Angleterre « le goût chinois » et un contemporain devait dire « nos ornements chinois ne sont pas seulement de notre fabrication mais, chose que l’on reconnaît rarement aux Anglais, ils sont aussi de notre invention ». Les créations chinoises de Thomas Chippendale doivent être prises un peu plus au sérieux. Nous parlerons de son oeuvre un peu plus loin.
L’art mourant des chinoiseries se manifesta sans doute une dernière fois dans l’intérieur du pavillon royal de Brighton, édifié pour le prince régent. Sa construction fut entreprise en 1787, puis il fut agrandi en 1802 et en 1804. C’est en 1804 que commença la phase orientale de son architecture et l’oeuvre ne fut totalement achevée qu’en 1821. Mais elle n’eut pas d’imitateur et le pavillon royal marque la fin du règne de Cathay. Par la suite, l’apport réel de la Chine dans les domaines de l’art et de la civilisation sera mis en lumière et reprendra sa juste valeur.
Il convient ici de dire un mot des altérations que les motifs européens subirent, eux aussi, en Chine . Si la décoration des premières porcelaines chinoises importées en Europe était plus ou moins dans le goût de leur pays d’origine, ainsi que nous pouvons en juger d’après les tableaux de Vermeer et les natures mortes des peintres hollandais du XVIIe siècle, le développement considérable pris par ce commerce obligea les importateurs à prendre des mesures leur permettant de faire face à la demande. Il fallut renoncer à l’ancienne glaçure bleue, opération qui se faisait en fabrique, et ouvrir à Canton des ateliers d’émaillage auxquels on envoyait la porcelaine blanche que les artisans décoraient d’après des modèles de toutes sortes gravures, armoiries et autres, que leur apportaient les marchands européens.
Les porcelainiers chinois qui ignoraient les langues européennes, la perspective linéaire et le clair obscur, commirent souvent d’amusantes erreurs. La vaisselle ornée d’armoiries connut une grande vogue. Il devint bienséant pour les grandes familles du XVIIIe siècle de faire venir de Chine des services de table à leurs armes. Les capitaines des vaisseaux marchands, ou leurs passagers, ramenaient souvent de Chine des vases et autres pièces décoratives, qu’ils revendaient à bon prix ; mais les porcelaines ornées de vrais motifs chinois ne constituaient qu’une infime partie de ce commerce. La plupart ne furent importées qu’après 1850. Quant à la porcelaine vraiment représentative du goût chinois, elle n’arriva en Europe qu’au XXe siècle, époque à laquelle les chevaux de la dynastie T’ang firent les délices des connaisseurs.
Vers la fin du XVIIe siècle, délaissant la porcelaine bleue, les Hollandais commencèrent à importer du japon des porcelaines polychromes, en quantité toutefois moindre que celles en provenance de Chine. Les plus belles venaient de la Manufacture de Arita, située dans la province de Hizen. Quelques unes étaient peintes par Sakaïda Kakiemon et de plus nombreuses encore s’inspiraient de son style. L’engouement pour la porcelaine du japon dépassa même celui qu’avait connu la porcelaine de Chine. La plupart des manufactures européennes de porcelaine s’employèrent à les pasticher. Sous la pression des Hollandais, les japonais renoncèrent aux dessins traditionnels en faveur des motifs qui ornaient leurs riches soieries. La porcelaine ainsi décorée prit le nom de Imari, d’après le port d’embarquement des cargaisons destinées à l’Europe.
Jusqu’au XIXe siècle, les importations en provenance de l’Extrême Orient étaient surtout réservées à la décoration mais depuis près de cent ans le commerce s’est étendu aux pièces de collection tandis que la demande d’éléments décoratifs déclinait. L’accent fut mis sur les périodes les plus anciennes, ce qui permit d’apprécier l’art chinois à sa vraie valeur.