Chippendale ne garnit pas ses meubles de bronze doré, mais il fait un abondant usage de la sculpture. Son recueil de modèles, intitulé Gentleman and Cabinet Maker’s Director (Guide des gens de qualité et des ébénistes) parut en 1754. La brève définition des cinq ordres de l’architecture classique qui sert de préface à l’ouvrage, montre l’emprise que Palladio continuait à exercer la connaissance de ces cinq ordres étant jugée indispensable à tout ébéniste. En dépit de quelques échappées dans le domaine de la fantaisie, ce recueil allait être un élément de stabilité dans la conception du mobilier. Cela, sans doute, parce que Chippendale était non seulement un ornemaniste mais aussi un artisan et, parce que de tous les dessins extravagants publiés dans les divers recueils contemporains peu furent exécutés. Les créations de Chippendale faisaient suite, en fait, à celles des ébénistes du règne de George Ier, lesquelles étaient destinées aux familles de riches marchands plutôt qu’à celles de l’aristocratie. Les grands seigneurs préféraient en effet les oeuvres de Kent et de ses disciples. Au début de la dynastie des Hanovre, les meubles bien sculptés, solidement construits, constituèrent les bases d’une tradition durable.
Le lambrissage était presque passé de mode, les ornemanistes recouvraient les parois de papiers chinois peints à la main. Parlant de ses sièges conçus dans le goût chinois, Chippendale déclare... « ils conviennent parfaitement pour la chambre à parer d’une dame de qualité, surtout si les murs en sont tendus de papier des Indes. Ils conviendraient aussi bien à des temples chinois. » Tapis de Turquie et tapis de Perse couvrent les sols et, en 1730, un tapis de Turquie est revendu trois livres cinquante huit (environ six cents francs actuels), alors qu’un tapis persan en soie se vend cinq guinées, soit neuf cent soixante quinze francs actuels. Une manufacture de tapis velouté fut implantée à Kidderminster, vers 1750, et une autre, quelques années plus tard, à Axminster. Mr Moore, de Chiswell Street, Moorfields, qui exécutait les commandes pour les Frères Adam, entreprit vers cette époque la fabrication des tapis de Moorfields.
C’est dans les jardins dessinés par William Kent qu’apparaît pour la première fois la recherche du « pittoresque » qui allait jouer un rôle marquant au cours de la période néo gothique du XVIIIe siècle. Tout jardin se dût de posséder ses ruines. Or, au XVIIIe siècle, il n’y avait pas de ruines palladiennes, tout juste quelques constructions gothiques à demi écroulées.
Les ruines gothiques, vraies ou fausses, devinrent un élément essentiel des jardins pittoresques, dessinés à la manière de Kent et de Brown ; mais les principes de Kent furent mal compris et les dessinateurs de son temps interprétèrent avec une grande liberté ce qu’ils voyaient, souvent même, ils n’hésitèrent pas à mélanger les styles de curieuse façon.
Vers le milieu du siècle, la mode s’en était si bien répandue qu’elle inspira les formes gothiques dessinées par Chippendale ; il est cependant probable qu’elle eût été de courte durée sans l’intervention d’Horace Walpole qui, comme Evelyn, était un arbitre du goût. En 1747, il acheta à Mrs Chenevix, marchande de porcelaines chinoises à Londres, la terre de Strawberry Hill, sise entre Hampton Court et Twickenham et, en transformant la maison en un petit château gothique, il remit en faveur un style à son déclin.
Jusqu’alors les oeuvres d’inspiration gothique, telles que celles de Batty Langley, attestaient un goût si déplorable que même les architectes des gares de chemin de fer de l’époque victorienne n’ont pu l’égaler. Mais Walpole était un homme de goût ; avec l’aide de ses amis john Shute et Richard Bentley, il édifia une petite demeure ornée de vitraux aux vives couleurs, d’armures et de tableaux splendides et de meubles de conception surtout gothique. Alors, comme maintenant, le mobilier gothique authentique était si rare qu’il était quasi introuvable et, de toute façon, un homme aussi raffiné que Walpole l’aurait jugé trop primitif. Papiers peints, bois sculpté, stucs, constituaient un cadre digne d’une collection d’objets d’art.
C’est, sans nul doute, par goût de la fantaisie que Walpole est revenu aux styles du Moyen Age ; il était prêt à les abandonner si ceux ci n’avaient pas répondu à sa notion du confort et du bien vivre.
Non sans raison, sir Kenneth Clark rapproche le gothique de Strawberry Hill du style du Moyen Age en l’appelant le « rococo gothique ».
Ces deux styles se ressemblent autant que le vrai rococo ressemble à la Renaissance classique. Si le gothique de Walpole s’en était tenu là, il n’aurait été qu’une aimable curiosité. Mais « cette chrysalide inoffensive et charmante », pour employer les mots de Osbert Lancaster, a engendré cette « mite chagrine du néo gothique de l’époque victorienne », dans laquelle William Beckford joua le rôle de sage femme.
Ce retour au gothique allait nous donner les gares de chemin de fer, les mairies, et même les chalets de nécessité regorgeant d’arcs ogivaux et autres ornements pseudo moyenâgeux.