Le mobilier passa par une période de transition ; les modèles solidement fabriqués des premières années du siècle s’allègent et se rapprochent du style des ébénistes parisiens. L’influence française se fit, entre autres, sentir dans les meilleures oeuvres que Chippendale créa pour les intérieurs des frères Adam, et George Hepplewhite mit à la mode les chaises néo classiques à dossier ovale incurvé qu’il fit exécuter en acajou.
Guirlandes de fleurs, urnes, noeuds de ruban, trophées et autres motifs semblables, sculptés en bas relief, décorent une grande partie du mobilier de cette période ; les frères Adam relancèrent la vogue des incrustations. Plateaux de table, panneaux de cabinets, s’agrémentent de peintures s’inspirant d’artistes tels que Angelica Kauffmann, Cipriani, Pergolesi et Francesco Piranesi. Les murs, dans les tons blanc, or et pastel, s’ornent de panneaux peints et de stucs.
Le bois satiné et doré des Indes remplace l’acajou sombre. De nouveaux modèles de meubles apparaissent : commodes en demi-lune, petites tables en demi lune, et le buffet, qui avait commencé par être une table d’appui flanquée de deux armoires à pieds surmontées d’urnes.
Les créations de Thomas Sheraton, dont l’ouvrage Cabinet Maker and Upholsterer’s, parut en 1793, attestent plus encore l’influence du style français. Dressoirs à tiroirs nombreux, miroirs escamotables et autres dispositifs mécaniques s’inspirent de l’oeuvre des ébénistes allemands installés à Paris en particulier de Roentgen qui se spécialisèrent dans ce genre de meubles.
Avant le XXe siècle, la politique a rarement exercé une emprise aussi forte sur les arts qu’elle l’a fait dans les dernières années du XVIIIe siècle. Tout ce que représentait le style de cour avait été emporté dans la tourmente et les révolutionnaires, las du sang qui coulait dans les ruisseaux de Paris, cherchaient les fondements d’une nouvelle société. Depuis le milieu du siècle, les institutions et l’art classique avaient été plus ou moins étroitement associés à la pensée libérale. Aussi, les révolutionnaires se tournèrent vers les institutions romaines pour se chercher une forme de gouvernement. En 1795, ils établirent le Directoire qui allait durer jusqu’en 1799. Il fut remplacé par le Consulat, forme de gouvernement directement inspirée de Rome. Celui ci ne dura que jusqu’en 1804, année au cours de laquelle le premier Consul, Napoléon Bonaparte, se couronna empereur.
La Révolution avait emporté aussi les grands protecteurs des arts et, jusqu’en 1804, artistes et artisans furent presque réduits à l’inaction. Certains ébénistes abandonnèrent leur métier et les nouveaux venus créèrent une version simplifiée du style classique, version dite étrusque. Sèvres, grand fournisseur de la cour en objets de luxe, se trouva dans une situation encore plus grave. Un décret de 1791 avait mis la manufacture sur la liste civile du roi ; ce ne fut qu’un palliatif de courte durée. Les révolutionnaires multipliaient les interventions, imposaient les modèles, entravaient la marche de l’administration, détournaient les fonds. Les ouvriers ne recevaient pour toute alimentation que des débris de viande avariée et du pain infesté de charançons. Le Directoire essaya bien de leur venir en aide par quelques commandes... qu’il négligea de payer. Ce n’est que lorsque Napoléon prit, en 1806, la manufacture sous sa protection que celle ci fut sauvée.
Les bronziers exécutèrent des commandes pour l’armée et fondirent des canons. Les peintres, à l’exemple de Jacques Louis David, s’occupèrent de propagande politique. David (1748-1825) joua un rôle important dans le mouvement de retour au classicisme. Dans son tableau le plus remarquable, le Serment des Horaces, David à la fois emprunta son sujet à la politique et fournit à ses contemporains une nouvelle source d’inspiration. Nommé peintre de la cour impériale, il changea de style au point que le sculpteur italien Ceracchi le traita de lèche bottes, ce qui n’était, somme toute, pas très éloigné de la vérité.