Aux meubles rares et de conception simple du Directoire succédèrent des meubles discrètement rehaussés de motifs, tels que palmettes et chèvrefeuille, et d’incrustations géométriques.
Quelques meubles Louis XVI furent modifiés, on leur ajouta des emblèmes révolutionnaires, comme le bonnet phrygien. La version Empire du néo classicisme apparaît peu après 1798 année de la Campagne d’Egypte ; sphinx, scarabées, fleurs de lotus, figures à tête d’animal, deviennent à la mode et se répandent par delà les frontières de France.
On les voit surgir dans des endroits aussi éloignés les uns des autres que l’Angleterre et Vienne. La Manufacture de porcelaine de Vienne produit des pièces de forme néo classique, abondamment ornées de motifs égyptiens dorés.
Napoléon commença sans doute à s’identifier à César en décembre 1799, quand il fut nommé Premier Consul pour une période de dix ans. Cette ascension allait donner une orientation nouvelle à l’architecture intérieure qui, bientôt, imita le style impérial romain. Les principaux ornemanistes de cette période Charles Percier (1764-1838) et Pierre François Léonard Fontaine (1762-1853) publièrent, en 1812, un ouvrage qui devint le bréviaire de la décoration sous le Premier Empire. Cet ouvrage, le Recueil des décorations intérieures, présentait des modèles pour à peu près tous les éléments de la décoration intérieure, des plafonds et des murs au mobilier. Les auteurs avaient étudié leur sujet avec un soin extrême et la plus grande partie de leur travail n’est guère qu’une reproduction de l’architecture et de la décoration romaine du premier siècle après Jésus Christ. Les exemples ne manquaient certes pas. Les vases peints constituaient une mine inépuisable, et les catalogues de Hamilton et autres chercheurs avaient déjà fait connaître les objets antiques trouvés à Pompéi et ailleurs.
Néanmoins, le tableau était et demeure incomplet, et les intérieurs Empire offraient une habile synthèse d’ornements dans le style romain qui remplaçaient les originaux inexistants. Les nuances pastel des premiers décorateurs néo classiques, tels que les frères Adam, cédèrent la place à des couleurs plus tranchées qui répondaient mieux au désir de pompe et de puissance que recherchait le style Empire.
En Angleterre, ce fut Henry Holland (1745-1806) qui ébaucha le retour vers un classicisme plus sévère, analogue à celui de la période du Directoire en France. Il s’employa à simplifier le style Adam. Les plans qu’il fournit au prince régent pour Carlton House comportaient un vestibule d’entrée décoré de marbres aux riches couleurs. Rappelons que c’est dans la salle de bal de ce palais que la valse fut pour la première fois autorisée.
Il y avait à Canton House une salle chinoise et un musée gothique, mais l’ensemble du mobilier et la décoration appartenaient au style de cour français. Le prince régent avait pour le mobilier du XVIIIe siècle français un faible que les événements l’empêchaient de satisfaire. Sans cela, il est fort probable que le pavillon de Brighton eût été décoré d’une tout autre manière. Le salon écarlate était tendu de damas frangé d’or et du plafond, or et blanc, pendait un énorme lustre à larmes de cristal de roche taillé. Le prince régent était très amateur de ce genre de luminaires. Des lustres semblables ornaient la salle du trône, la salle de velours bleu, l’antichambre ouest et le salon circulaire et, bien que la mode fût venue de France en Angleterre plus de cinquante années auparavant, les plus beaux spécimens datent de la période de la régence anglaise.
Henry Holland dessina la plus grande partie de l’ameublement de Canton House dans le style Directoire. Pourtant le style Louis XVI convenait mieux aux goûts du prince et il devait par la suite acheter à un prix très élevé des porcelaines de Sèvres, des tapisseries des Gobelins Louis XV qui, toutes, avaient été, à un moment ou à un autre, vendues par les gouvernements révolutionnaires français lors des mises aux enchères des biens royaux. Citons parmi les acquéreurs de marque le marquis de Hertford, qui réunit les premières. pièces de ce qui allait devenir la collection Wallace, et l’excentrique et richissime William Beckford.
Si Henry Holland établit les bases de ce qu’il est convenu d’appeler le style Regency et que l’on pourrait aussi bien désigner sous le terme de « Empire anglais », le plus célèbre ébéniste et décorateur anglais fut peut être Thomas Hope (1769-1831), qui publia, en 1807, un ouvrage intitulé Household Furniture and Interior Decoration. Hope précise que ses modèles de meubles « ont été porté à un haut degré de perfection à Paris ».
Les premières manifestations du style Regency en orfèvrerie coïncident approximativement avec la parution, en 1806, de l’ouvrage de Charles Heathcote Tatham (1772-1842) Designs for Ornamental Plate.
Tatham tenait en mépris la grâce aérienne du style Adam. Il lui préférait la solidité massive et les reliefs abondants et il s’inspira des oeuvres romaines plutôt que du style gréco romain cher aux frères Adam. John Flaxman R.A. exerça également une influence marquante ; il fournit à Josiah Wedgwood des modèles pour ses porcelaines. Le plus célèbre des orfèvres Regency est peut être Paul Storr, qui travailla pour Rundeli, Bridge and Rundeli, orfèvres du prince régent qui, dit on, employaient plus de mille ouvriers. La fin de la décoration Regency, après 1830, marqua le commencement d’une période de confusion des styles que nous étudierons dans un chapitre ultérieur.