Dans le Nouveau Monde et, tout particulièrement, en Nouvelle Angleterre, en Pennsylvanie, en Virginie, et sur toute la côte ouest, l’ameublement reflète les tendances qui prédominaient en Angleterre à la fois mère patrie de la plupart des colons, et pays avec lequel les échanges commerciaux étaient les plus développés, en tout cas depuis l’arrivée des premiers pionniers, en 1607 jusqu’à la guerre d’Indépendance, en 1776. Le Canada, au contraire, et les régions connues maintenant sous le nom de Maine, Wisconsin et Louisiane, ont été profondément marqués par les colons français, encore qu’il reste très peu de mobilier rustique pour en témoigner. A Tadoussac, le manoir Richelieu, hôtel géré par la Canada Steamship Company, nous offre de délicieux exemples de meubles, de poteries et de bibelots ayant appartenu aux premiers pionniers canadiens français. Le « musée vivant » de Morrisburg, Ontario, nous donne un aperçu de la vie quotidienne à l’époque coloniale. C’est seulement après 1720 que les colons de la Louisiane fondèrent la Nouvelle Orléans, où régnèrent les moeurs courtoises. Mais ils importaient de France leur mobilier au même titre que leurs épouses, c’est pourquoi les plus anciens éléments de décoration de la Nouvelle Orléans sont en majorité de style français pur. Pourtant, l’influence de la France ne marqua guère l’Amérique de l’ère coloniale ; elle n’apparaît que dans les grilles en fer forgé.
Dans les états de New York, du New jersey et dans certaines régions de Pennsylvanie, connue entre 1621 et 1664 sous le nom de Nouvelle Hollande, les immigrants s’installèrent avec les meubles apportés du pays natal. Ceux ci inspirèrent à leur tour les modèles qui allaient les remplacer et subirent les modifications imposées par un mode de vie nouveau, des matériaux nouveaux et une économie nouvelle. Le style américano hollandais, dont la durée fut brève, est illustré par la ferme, récemment restaurée, de Phillipse Castle, sur les bords de l’Hudson, près de Tarrytown, état de New York, et pas l’architecture à pignons de Sunnyside.
Dans les campagnes de Pennsylvanie, les colons allemands perpétuèrent la tradition des coffres de mariage, des coffrets à Bible et des meubles et objets usuels qu’ils avaient apporté des fermes du Palatinat. Ils les décoraient de peintures naïves et de motifs reproduits au pochoir. C’est à tort que l’on appelle ce style « Pennsylvania Dutch », ou plus souvent encore qu’on le qualifie d’américain. L’influence allemande dans l’ameublement du début de l’ère coloniale ne s’étendit pas très loin. Si le goût allemand imprégna le style américain, ce ne fut qu’après 1848, époque où une vague d’immigrants d’origine germanique introduisit, en particulier dans le Middle West, dans la région de New York et à San Francisco, une architecture du type « château rhénan », à base de pierres et de maçonnerie. Les intérieurs, lambrissés de chêne sombre, prenaient jour par des fenêtres à vitraux.
Si l’on peut à bon droit affirmer que tous les pays ont contribué à former l’esthétique américaine, l’Angleterre, plus que tous les autres, fut l’arbitre du goût pendant les deux premiers siècles qui suivirent l’arrivée des pionniers sur le sol américain. Il n’est que juste de dire que les premiers meubles américains eurent pour modèles ceux qui se rattachent aux styles qu’en Angleterre on appelle : Jacobéen, Guillaume et Marie, et Reine Anne. Ce mobilier se composait de coffres et de chaises de conception variée, apportés par les premiers pionniers à Jamestown, Virginie, ou dans la colonie de Plymouth, Massachusetts, ou bien encore exécutés par eux, d’après leurs souvenirs. Maisons et mobiliers qu’ils avaient laissés derrière eux étaient sans doute sinon modestes du moins très rustiques.
Le terme « Early American » s’applique d’ordinaire au mobilier façonné par les colons des états du nord est et de la Nouvelle .Angleterre. En Virginie et dans les colonies situées plus au sud, au climat moins rude et au sol plus fertile, une économie rurale, avec de grandes plantations, se développa et entraîna un mode de vie moins puritain et un mobilier différent. Si le style « Early American » n’est cri somme qu’un dérivé d’autres styles, il prit peu à peu un caractère original, inventant, adaptant au besoin, des formes qui convenaient aux petites maisons à plafond bas, imposées par les rigueurs du climat.