Si le néo gothique est parvenu en Amérique, son influence a été négligeable sinon nulle. En revanche, l’influence des chinoiseries européennes et des objets importés de Chine ne saurait être contestée, ainsi qu’en témoignent les demeures des capitaines au long cours, des marchands d’huile de haleine des ports de Nantucket, Marblehead, Salem, Portsmouth et Essex, dans la Nouvelle Angleterre. Il se peut que les dessins chinois de Chippendale aient inspiré quelques uns des rares exemples de mobilier que nous possédons, comme il se peut que les plus simples aient été directement importés de Chine, lorsqu’en 1784 l’Amérique établit des relations commerciales avec ce pays. Le premier navire marchand, battant pavillon américain, qui se rendit en Chine fut baptisé par courtoisie Empress of China (Impératrice de Chine). La première cargaison de ginseng, plante médicinale, fut échangée contre des objets décoratifs tels que laques, ivoires, porcelaines, soieries, châlits, chaises, châles, éventails, coffres de marin en teck et en bois de santal. Les murs des riches demeures se couvrirent de papiers à histoires, peints à la main en Chine, rappelant les panneaux de Pillement, où l’on pouvait admirer les merveilles de cette terre lointaine. Les grandes familles faisaient venir de Chine leurs services de table et leurs services à thé. Elles en choisissaient la décoration ou les faisaient marquer à leurs initiales.
Définir ce qui est authentiquement américain dans les premières créations n’est pas chose aisée. Les grands connaisseurs ne discernent les copies des modèles qu’à des détails presque imperceptibles ; légères différences dans les dimensions, les buffets, en particulier, sont moins larges ou allégement de l’ornementation. Les grands fauteuils, comme le fauteuil Chippendale, deviennent des fauteuils « trois quarts » pour mieux s’adapter aux formes féminines (le Chippendale féminisé fut baptisé « Martha Washington »). D’autres experts cependant sauront reconnaître que seul un ébéniste de Philadelphie a pu sculpter les admirables motifs qui ornent les frontons, les traverses hautes et basses d’une commode secrétaire en acajou. Somme toute, et en comptant les meubles shakers, il n’existe pas de style américain pur et si l’on a attribué à Benjamin Franklin l’invention du fauteuil à bascule, que l’on a considéré comme le seul meuble vraiment américain, il semble bien que les colons anglais des Bermudes aient eu la même idée, ainsi qu’on peut le constater au musée de Verdmont House, dans la paroisse de Smith. Le poêle Franklin, une autre invention du grand Benjamin, n’est en fait qu’une version améliorée du poêle en fonte des Allemands.
A la fin du XVIIIe siècle, Duncan Phyfe, ce remarquable ébéniste, adopta et copia avec le plus grand succès les modèles de Hepplewhite et de Sheraton. A cette même époque, les styles français commencèrent à s’introduire en Amérique, soit parce que les colons se sentaient en communion d’esprit avec les révolutionnaires, soit parce qu’un renouveau s’imposait, soit pour toute autre raison, le Nouveau Monde qui débutait dans la vie sous la forme d’une république, porta son choix sur les styles Directoire et Empire. Tiles modifia, les alourdit, orna les dossiers des chaises et des canapés de lyres, de roseaux, de filets à l’or firs, fit un usage abusif de trépieds, de miroirs convexes surmontés d’aigles américains au lieu de l’aigle impérial français. Duncan Phyfe joua un rôle prépondérant dans le développement de ce style, que l’on allait appeler « American Federal » et qui poursuivrait sa course bien avant dans le siècle.
leurs céramistes n’eussent rien à envier à leurs collègues anglais. Il y a de bonnes raisons de penser que ce fut Andrew Duché, potier de la Caroline du Nord, qui introduisit l’art de la porcelaine dans la manufacture anglaise de Bow, un peu avant. 1750. Les céramistes venus d’Europe apportèrent chacun le style de leur pays d’origine ; c’est pourquoi, il est si difficile de distinguer leur production de celle des pays d’Europe.