Accueil du site /

 Portrait : Le chantre de l’architecture organique

ARCHITECTE, HUMANISTE, MAGICIEN DE L’ESPACE, AU TRAIT SI AÉRIEN QUE SES CRÉATIONS SEMBLENT SE FONDRE DANS LEUR ENVIRONNEMENT, HERVÉ BALEYA RÉALISÉ UNE SÉRIE D’ESPACES REMARQUABLES AUXQUELS ILA DONNÉS CETTE EMPREINTE SI PARTICULIÈRE QUI DÉFINIT L’ARCHITECTURE ORGANIQUE.

Est ce la quête d’un retour aux sources ou est ce une coïncidence pétrifiante, qu’après quarante années d’exercice de la profession en Europe, Hervé Baley ait décidé d’installer son agence à Marrakech ou il vit aujourd’hui depuis une dizaine d’années ? Pays de lumière, de senteurs, de musiques et de couleurs où il a grandi, il y puise son inspiration, ses forces créatrices et une certaine harmonie. Entre les mille et une influences d’Orient et d’Occident, il a ainsi développé un nouveau langage architectural, assemblage de figures géométriques qui engendrent un espace étonnamment fluide.

Inscrit à l’Ecole des beaux arts dans le Paris d’après guerre, le jeune homme fait ses classes dans les grands cabinets d’architectes parisiens tandis qu’il acquiert son expérience sur les chantiers au contact de compagnons ouvriers. Parallèlement, attiré par l’enseignement de l’architecture, il se lance, dans le cadre du célèbre atelier Sens et Espace du boulevard Raspail à Paris. Pendant plus de vingt ans, il formera une centaine d’architectes imprégnés de la philosophie de l’architecture organique. Grande musique, poésie, peinture, arts martiaux, danse et chorégraphie, études des phénomènes naturels physiques et chimiques rythment le cursus de l’atelier. Basé sur l’expérimentation sensible de l’espace, son enseignement est à contre courant des tendances de l’époque qui considèrent le logement comme une machine à habiter et cherche à normaliser l’humain. L’enseignement qu’il propose s’intéresse à l’habitant en tant qu’individu doué de sens, qui doit être le sujet et l’objet de toutes les attentions, pour lui construire un bien être à sa juste mesure. Sa théorie du mal de tête devait inculquer l’amour de l’expérience sensible directe. En effet, comment apprendre a créer un espace source de bien être et d’harmonie, sans être soi même capable de ressentir tout cela ? En découle tout un système de références, une gamme de prescriptions précises qui structure la composition architecturale à partir de l’analyse du site, des modes d’adhésion, et des émotions induites.

Dans sa vie professionnelle, Hervé Baley applique les méthodes de sa science particulière. Sa dernière création à Marrakech, au cour de la Palmeraie, est un hymne à la musique. A l’avant garde de l’architecture contemporaine, elle reste dans son essence typiquement marocaine par ses ambiances, ses matériaux et son insertion parfaite dans le site.

Inspirés des formes organiques alentour, les deux cent dix poteaux de la maison sont autant de troncs de palmiers qui portent la toiture aérienne. J’ai voulu rendre hommage au mont Toubkal en orientant toute la maison vers son 44 sommet. En se promenant au dessus d’un sol d’eau décliné sous forme de bassin, aquariums, cascades et fontaines l’architecte dévoile aussi un espace de vie où l’eau, en perpétuel mouvement, assure une climatisation naturelle. Où l’impression d’apesanteur, créée par le jeu des réflexions et des échos sonores, est accentuée par la transparence et la fluidité des espaces. Mon client, grand mélomane, va faire l’expérience inédite de vivre dans de la musique en trois dimensions ! Tous les plafonds, sols et chapiteaux sont porteurs d’enceintes acoustiques qui distillent des basses du haut vers le bas, les aigués du bas vers le haut tandis que les médiums longent les poteaux pour rééquilibrer l’espace.

A n’en pas douter, Hervé Baley fait partie de cette catégorie d’architectes passionnés dont la vie se confond avec leur carrière professionnelle. Son oeuvre se rapproche de son idéal dans un ensemble à la cohérence infaillible et fait penser à cette phrase d’Eupalinos à Phèdre : "il existe dans cette ville des maisons muettes, d’autres qui parlent, et d’autres enfin, les plus réussies et les plus rares, qui chantent".