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 Imitations des styles anciens

L’imitation du verre ancien se ht sur une vaste échelle. L’ouvre la plus remarquable de l’Exposition Universelle de 1851 fut une fontaine en cristal de roche, à aiguilles d’une finesse incroyable. Un contemporain pensa que ce véritable monument d’une hauteur de vingt sept pieds et d’un poids de quatre tonnes pourrait être aisément transformé en un superbe candélabre. L’architecture de style élisabéthain et de style gothique faisait un emploi abondant de vitraux.

En France, les retours aux styles anciens étaient, dans l’ensemble, de meilleur goût qu’en Angleterre, parce qu’ils reposaient sur une tradition mieux établie, qui permettait aux artistes de ne pas se laisser emporter à la dérive par les courants nouveaux et de parvenir rapidement à une sorte de compromis. Au début du XIXe siècle, en France, ce fut le style Empire qui domina. Puis, sous les règnes de Louis XVIII et de Charles X, les Français firent preuve d’un éclectisme semblable à celui qui prévalait en Angleterre. Les grandes fortunes ayant disparu, les décorateurs créèrent pour la bourgeoisie des meubles plus petits, plus simples, plus confortables.

Le règne de Louis Philippe marque un accroissement de la production et de la mécanisation. Les pièces exécutées par les machines sont finies à la main. Owen Jones, dont l’ouvrage Grammar of Ornament parut en 1856, eut un homologue en France en la personne d’Aimé Chevenard, directeur artistique de Sèvres qui, vingt ans plus tard, publiait son Nouveau Recueil d’ornements. Ces deux ouvrages mettaient des motifs d’ornementation, puisés dans les oeuvres artistiques du passé, à la disposition d’industriels qui manquaient de compétence et de discernement. Le résultat fut que ceux ci firent le pire usage possible de l’héritage des siècles écoulés.

Il est essentiel de préciser ici qu’un abîme sépare les premiers dessinateurs ornemanistes tels que Decker et Meisson.ier des écrivains précédemment cités, lesquels se contentèrent de reproduire des motifs du passé. Ceux qui se basèrent sur ces documents choisirent les modèles qui leur plaisaient sans se préoccuper de savoir s’ils conviendraient aux clients à la recherche de nouveauté, ni si on pourrait les reproduire en série. D’où un emploi aveugle de motifs exotiques et même des incursions dans le néo égyptien et le néo assyrien. Le retour au gothique français, connu sous le nom de style « cathédrale », ou de style « troubadour », commença après 1830 et joua un rôle beaucoup plus limité qu’en Angleterre, peut être parce qu’on ne l’associa pas autant à la notion de christianisme.

 Le second Empire (1852-1870) donna naissance à un nouveau style de cour bien défini. Il connut une floraison de créateurs et d’ornemanistes. Les meubles à bon marché destinés aux bourgeois ne furent qu’une tapageuse reproduction des oeuvres du XVIIIe siècle que l’on surchargeait de dorures obtenues par électrolyse. Mais les plus beaux meubles second Empire ont des formes élégantes ; ils sont solides et soutiennent la comparaison avec ceux des premiers ébénistes. Les tissus somptueux abondent. Une légère tendance se dessine en faveur des styles anglais du XVIXIe siècle. On copie en particulier les meubles de Chippendale. Comme la musique d’Offenbach, le style du second Empire est léger, frivole et charmant.

En 1853, le commodore Perry, de la marine U.S., rouvrit les ports du japon au commerce occidental. Un trait commercial fut signé en 1858.

Avant même la conclusion de cet accord, la décoration japonaise était revenue à la mode, grâce en partie à l’arrivée d’oeuvres d’art japonaises mineures et en partie à ce qu’il serait plus juste d’appeler les japonaiseries. Les nouvelles exportations eurent une répercussion sur l’art japonais. De même que les Chinois avaient autrefois jugé indispensable d’abâtardir leurs motifs traditionnels pour plaire aux e démons étrangers », de même les japonais durent altérer leurs dessins dans une intention analogue. Des vases d’une laideur sans précédent, décorés à Tokio et baptisés « Satsuma », sans aucune raison valable, furent exportés en nombre considérable vers l’Europe, ainsi que des vases de porcelaine immenses et surchargés de motifs, fabriqués à Seton, dans la province d’Owari. Ces vases n’auraient pas trouvé un seul acquéreur sur le marché japonais. Même à cette époque, certains Européens le comprirent. Vers 1890, Walter Crane écrivait « ... l’extrême sensibilité artistique des japonais qui leur a permis de créer un si grand nombre d’oeuvres admirables et de montrer leur habileté dans un si grand nombre de branches d’artisanat les a rendus perméables aux influences européennes actuelles qui... ont eu le plus déplorable effet sur l’art japonais en le commercialisant. Cela a entraîné la production hâtive d’oeuvres bon marché et du plus parfait mauvais goût pour satisfaire la clientèle étrangère... » Au début du XXe siècle, la mode déclina et les amateurs d’art oriental s’intéressèrent de plus en plus aux objets d’inspiration vraiment indigène.

De semblables critiques avaient été déjà formulées avec une égale clairvoyance dans la seconde moitié du xlxe siècle. Les intérieurs n’étaient plus qu’un amoncellement d’objets hétéroclites prétendus décoratifs. La tâche de l’architecte se limitait à la construction même, autrement dit aux éléments structuraux essentiels de la maison. Il abandonnait l’intérieur aux soins affectueux de son propriétaire ou d’un décorateur.

L’homme qui critiqua avec le plus d’autorité cette évolution s’appelait William Morris. Poussé par Ruskin, il prôna un retour à l’artisanat comme seul remède à cet état de choses et, dans ce dessein, il participa à la fondation de la Société Morris, Marshall, Faulkner and Co. On se souvient de lui surtout à cause de ses papiers de tentures et de ses tissus, ainsi que de la célèbre e chaise Morris », d’une simplicité de forme révolutionnaire pour l’époque. II éprouva quelque peine à se libérer du gothique et il tomba aussi sous l’influence d’un groupe d’artistes, dits pré raphaélites, qui avaient choisi ce nom parce qu’ils puisaient leur inspiration dans la période qui avait précédé la conversion de Raphaël au classicisme. Le dessinateur et ornemaniste Walter Crane aida Morris dans sa tentative pour remettre en honneur les arts décoratifs. Avec Edward Burne Jones, Dante Gabriel Rossetti et Philip Webb, il fonda la Arts and Crafts Society, fétu de paille emporté par le vent du modernisme.