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 La débacle du XIXe siècle : suite

Ces mouvements donnèrent l’idée aux industriels de reproduire en série les éléments du mobilier XVIIe siècle, en y ajoutant quelques imperfections, inséparables, croyait on, du travail artisanal. Mais le mobilier « artistique de la période 1870 à 1890 céda peu à peu la place, au cours de la dernière décade, au mobilier inspiré de l’art nouveau appelé en Allemagne Jugendsîil, d’après la revue d’art munichoise Jugend, fondée en 1896 et qui, comme la revue anglaise Studio, fit beaucoup pour répandre cet art.

A l’inverse du mouvement de Morris, dans le domaine des arts et de l’artisanat l’art nouveau qui était avait tout un style de décoration intérieure pénétra dans les maisons bourgeoises. Ce style essentiellement individuel ne prit jamais une ampleur universelle. En Europe Continentale, les théories de Henry van der Velde contribuèrent à lui donner vie ; de son côté, Victor Horta donna libre cours à sa fantaisie dans une maison de Bruxelles qu’il orna de motifs floraux aux courbes extravagantes algues et tiges de nénuphar .

Aux Etats Unis, Louis Comfort Tiffany, fils du fondateur du grand magasin d’orfèvrerie qui porte ce nom, fut considéré à bon droit comme le « grand prêtre » de l’art nouveau. Il fit ses études artistiques en Europe, s’intéressa à la décoration intérieure, revint à New York où il connut un grand succès. Plusieurs belles demeures de la région de New York et celle qu’il habitait lui même à Oyster Bay, Long Island, sont ses oeuvres. Il excella dans les cartons et la fabrication des vitraux ; on peut en admirer un grand nombre dans plusieurs églises américaines. Au début du siècle, les verres colorés de Tiffany ornaient un grand nombre d’intérieurs, entre autres sous la forme d’abat jour fixés à des lampes suspendues très bas au dessus des tables de salle à manger. Maintenant ils font partie des objets de collection au même titre que les vases, les verres et autres éléments décoratifs enfavrile, verre iridescent perfectionné par Tiffany et qui convenait, semble t-il, très bien aux courbes fuyantes et aux fantaisies florales de l’art nouveau . Le point de départ de cet art aurait été une reliure exécutée par Charles Mackmurdo en 1883. Cet artiste aurait, dit on, subi l’influence d’un de ses contemporains : Burne Jones. Les oeuvres d’Aubrey Beardsley et celles du peintre norvégien Edvard Munch reflètent aussi le style nouveau. Il se manifeste avec discrétion dans les affiches de Toulouse Lautrec et dans certaines ornementations que Frank Lloyd Wright a créées pour les premiers intérieurs dont il assura la décoration. Par la suite, Frank Lloyd Wright devait donner naissance à un mouvement moderne.

Comme style, l’art nouveau ne s’étendit guère au delà de l’Autriche, de la Belgique, de l’Allemagne et de l’Angleterre ; néanmoins, le restaurant Maxim’s, à Paris, et quelques stations du métro parisien constituent des exemples amusants des applications qu’on en fit. Ce mouvement ébauchait en fait un retour à la simplicité en architecture, encore que dans ses manifestations intérieures il ait fait un emploi surabondant de motifs décoratifs.