Le règne d’Edouard VII nous a laissé quelques beaux exemples d’intérieurs classiques, qui ne reflètent en rien l’art nouveau. Le foyer de l’hôtel Ritz, à Londres, or et peluche, évoque les grands espaces et un faste qui, peut être, ne reviendra jamais.
La seconde moitié du XIXe siècle vit augmenter le nombre des amateurs d’art et réapparaître des oeuvres anciennes dans la décoration intérieure. Cette vogue devait aller en s’affirmant avec les années et, de plus en plus, l’utilisation artistique de ces éléments suivit deux tendances distinctes. Celle des ornemanistes professionnels qui s’efforcent surtout de reproduire les styles de décoration anciens à l’aide d’éléments authentiques ou de bonnes copies, ou encore de combiner des objets appartenant à des périodes différentes en se conformant plus ou moins à un thème traditionnel. Conçus avec goût, habileté, un souci évident d’authenticité, ces intérieurs sont d’ordinaire très plaisants à l’oeil.
La seconde tendance est représentée par ceux qui collectionnent des objets de même nature dans le dessein de se constituer une collection artistique. Porcelaines, bronzes et autres objets d’art n’ont pour eux qu’une valeur décorative secondaire. Les collectionneurs de ce type sont relativement récents. Leur histoire commence vers 1846, date à laquelle Baizac publia son roman, le Cousin Pons, personnage du collectionneur fanatique. Rassembler des objets d’art fut bientôt de bon ton et, avant la fin du siècle, l’antiquaire prenait place sur la scène contemporaine. L’étendue du champ qui s’offrait au nombre toujours croissant de collectionneurs incita ceux ci à se spécialiser ; chacun devint expert dans un domaine précis. La création de musées d’art, comme le Victoria and Albert, à Londres, ou des nombreux musées Kunst und Gewerbe, en Allemagne, favorisa ces tendances. Le goût des collectionneurs s’affina au fur et à mesure que leurs connaissances augmentaient, et l’absence d’oeuvres contemporaines de qualité engendra un engouement pour celles du passé ; engouement jamais égalé depuis les premières années de la Renaissance et la mise au jour des chefs d’oeuvre de l’art romain.
Dans l’Amérique du XIXe siècle, l’influence du classicisme fut beaucoup plus forte qu’elle ne l’avait été en Angleterre. Le capitole de Washington est d’inspiration palladienne et, à son tour, il inspira les architectes des capitoles d’autres états. La Renaissance grecque marqua de son empreinte les édifices publics, et elle persista, sous une forme souvent abâtardie, dans l’architecture des banques et des bibliothèques construites au début du XXe siècle. Le style roman connut un retour de faveur, très bref, à la fin du siècle. R.M. Hunt, premier des architectes américains à avoir fait ses études à l’école des Beaux Arts de Paris, introduisit dans son pays le goût français. Le néo gothique, dernier venu, ne fut adopté en général que pour les églises.
Cependant, la différence essentielle qui exista entre l’Europe et les Etats Unis dans le domaine artistique résidait dans les conditions économiques et sociales. Les Etats Unis étaient en pleine expansion. L’ouverture du marché avec l’Orient, le génie naturel des Américains pour la production massive, leur sens de l’organisation, l’abondance des matières premières, permirent à certains d’amasser des fortunes considérables en un temps record, et souvent au prix d’un effort relativement minime.
Posséder une oeuvre d’art, n’est il pas un symbole de richesse et de prestige ? Il ne semble pas qu’on en ait trouvé de meilleur jusqu’ici, et la mode de décorer les intérieurs avec des objets d’art venus d’Europe crût, fleurit, alimentée par des antiquaires aussi renommés que Joseph Duveen. Rien n’illustre mieux peut être l’attitude des Américains devant les prix que cette phrase de William Randolph Hearst : « Il est facile de gagner de l’argent, mais il est difficile de trouver l’oeuvre d’art que l’on souhaite posséder. Il faut l’acheter dès qu’on le peut. »
A dire vrai, la seconde moitié du XIXe siècle est, aux Etats Unis, une période qui ne manque pas d’intérêt, surtout lorsqu’on se dit que jamais plus rien de semblable ne se reproduira, du moins avant longtemps.