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 Riad Minika de Saintay

C’est l’histoire d’un coup de foudre entre une femme et une maison. Il y a six ans, Monique Zonca débarque à Marrakech sur un coup de tête, curieuse de revoir une ville qu’elle a connue dans les années soixante, et dont elle ne cesse d’entendre parler. Immédiatement la magie opère, et une semaine suffit pour qu’elle et son mari deviennent les propriétaires d’un riad dans le quartier Ben Youssef, à deux pas de la Medersa. Elle sait, après en avoir visité plus d’une cinquantaine en sept jours, qu’elle a trouvé l’endroit rêvé pour concevoir une maison de famille où couler une retraite paisible. Certes l’ensemble, une grande maison traditionnelle et deux autres plus petites, est en mauvais état. Il faut réunir les bâtiments, reconstruire certaines parties qui se sont effondrées et réaménager toutes les pièces. Les travaux sont lancés. Ils dureront trois ans et donneront naissance à une maison raffinée de 600 m2, remarquablement restaurée : le riad Monika de saint-Ay

Côté rue, l’entrée de la maison, qui fait face au mystérieux palais du parfumeur Serges Lutens, est marquée par une très belle porte d’inspiration andalouse. Elle débouche sur un petit vestibule tout en longueur pavé de bejmats où trône une commode Louis XV surmontée d’un chandelier en verre soufflé couleur émeraude. C’est l’annonce d’un univers particulier : celui d’une femme soucieuse du moindre détail, qui a su mêler avec goût l’ethnique, le baroque et quelques objets hétéroclites à l’artisanat marocain dans sa plus belle expression. Ainsi, on découvre dans le premier patio deux fauteuils en rotin "Emmanuelle" chinés aux puces de Marrakech et un siège d’accouchement indien jouxtant un petit bou décoré à la main d’un motif floral traditionnel.

Plus loin, la piscine en arabesque se dessine au travers d’une grande porte en fer forgé joliment ouvragé. C’est dans ce second patio que se trouve le salon d’hiver réchauffé en ces mois d’hiver par un feu de cheminée. Une impression de confort domine ici, renforcée par le canapé moelleux et le tadelakt caramel posé sur les murs. Un lustre de mosquée illumine l’ensemble et donne vie à un magnifique plafond en cèdre réalisé dans la cour même du riad par un jeune ébéniste marrakchi.

A l’étage, la première des sept chambres est la suite Ayat. Ici, la pourpre règne sans partage, du sol au plafond. C’est vers le lit, immense, paré de couleurs vives et d’un jeu de petits miroirs que converge les regards. Pour offrir un maximum de confort et d’espace, les propriétaires ont ajouté une loggia qui surplombe la piscine, où une table de trick track et de deux fauteuils syriens font salon. Côté salle de bains, même si l’espace est exigu, la baignoire en marbre vert du Guatemala, surmontée d’un dais en tadelakt rouge, et le lavabo design, s’articulent parfaitement.

Plus petite, mais tellement charmante, la chambre Najima, étonne par son lit à baldaquin patiné blanc et or. Fabriqué selon un modèle italien, il est habillé de draps brodés à la main de dizaines d’étoiles. Deux objets accentuent l’atmosphère virginale : un ange en papier mâché posé sur un secrétaire et, sur le bord de la fenêtre, une madone en plâtre plutôt kitsch, évadée d’un des premiers courts métrages du fils de la maison, Erick Zonca, le réalisateur de "La vie rêvée des anges"

Plus loin la suite Warda est un enchantement. Est ce le feu dans la cheminée ou la belle harmoine des coloris ? Toujours est il que l’on aurait envie de s’y enfermer pour un voyage hors du temps. Les murs bleus teintés d’ardoise se marient à merveille avec les boiseries chocolat. Le plafond à caisson peint de magnifiques motifs zouakés ressemble à un tapis oriental. De chaque côté du lit d’inspiration indienne, deux petites tables à thé en nacre et bois précieux servent de chevets. Devant l’âtre, une table de jeu XVIII, un meuble de famille, a gardé son cuir d’origine comme ces deux fauteuils anglais dont la soie brochée est restée intacte.

Sur le toit terrasse aménagé en jardin suspendu, la table du petit déjeuner joliment dressée attend des hôtes de passage. Car depuis plus d’un an, les Zonca ont ouvert leur petit paradis aux touristes désireux de s’offrir une parenthèse raffinée dans la ville rouge...