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 La récupération de matériaux pour décoration

Quiconque a entrepris de gros travaux connaît l’usage des bennes. À ceux qui ne sont pas allés jusqu’à abattre leurs murs, rappelons que ces grands conteneurs métalliques permettent de se débarrasser de ses rebuts et de ses gravats. Ils appartiennent soit à des entreprises privées, soit à la municipalité qui organise leur roulement (et en principe interdit d’y récupérer des matériaux). Lorsque j’ai commencé à restaurer ma maison de Londres, j’ai tout d’abord rempli plusieurs bennes de gravats, de vieux meubles, de cuisinières, de postes de télévision, de matelas, etc.

J’ai néanmoins sélectionné ce que je jetais, ce que tout le monde ne fait pas, pour la joie des récupérateurs. C’est ainsi que de véritables trésors gisent dans ces cavernes d’Ali Baba urbaines. Je n’ai jamais égalé la trouvaille d’un voisin (une chaise du XVIIIe siècle à laquelle il manquait un pied) mais j’ai exhumé des volets, des chaises Bauhaus de chez Habitat (dont le siège était abîmé mais que j’ai pu restaurer avec des pièces provenant des entrepôts de la chaîne), un pare feu en fer forgé et bien d’autres choses encore. Certains de mes amis ont même réussi à meubler entièrement leur maison avec des objets trouvés dans des bennes.

Comment cela est il possible ? La raison, simple, est que les uns jettent ce dont les autres rêvent. Je ne peux m’empêcher de regarder ce qui se trouve dans toutes les bennes que je rencontre ; il y a peu, j’ai obligé deux voisins à m’aider à extraire un étal de boucher d’un de ces conteneurs. Depuis, l’étal attend d’être poncé, restauré et remis en service. Mais je ne peux que me féliciter d’avoir sauvé ce meuble lorsque je vois le prix que l’on demande pour une table de boucher « design ».

Je ne connais personne qui se soit fait arrêter pour avoir fouillé dans une benne. Mais on agira avec prudence en sachant que les déchets appartiennent à leur propriétaire tant que le conteneur n’a pas été enlevé. En revanche, il est interdit de fouiller dans les bennes municipales. Si vous avez des doutes sur la légalité de vos actes, renseignez vous auprès des ouvriers travaillant sur le chantier. Inutile de brandir la pièce magnifique que vous venez de dénicher. Dites simplement que certains objets vous seraient utiles et demandez l’autorisation de fouiller. Généralement, ces employés compréhensifs fermeront les yeux.

Il me reste maintenant vous indiquer ce qui peut être repêché dans une benne, et ce ce qui peut échapper à votre sagacité de novice. Vous savez déjà que les portes, le mobilier (même une armoire à pharmacie) et ce bric à brac qui fait la fortune des artisans récupérateurs valent la peine d’être recyclés. En revanche, vous avez peut être dédaigné de simples lames de parquet, souvent semées de clous, maculées de peinture et de colle de moquette, en pensant qu’elles ne valaient pas ce parquet éclatant présenté sur catalogue. Les apparences sont trompeuses car ce type de lattes se prête à toutes sortes de travaux, même si leur préparation, rabotage, rebouchage, ponçage, prend beaucoup de temps. En outre, les vieilles planches font de plus beaux meubles que le bois blanc, ou le lourd médium (panneau de fibres à densité moyenne). Je connais quelqu’un dont le passe temps consiste à fabriquer des placards et des étagères avec du plancher de récupération. Les lames sont assez épaisses pour que les meubles soient stables, les piqûres peuvent être négligées ou rebouchées avec de la pâte à bois, et la créosote ou le vernis recouverts de peinture, ce qui donne une belle patine.