Ce point de vue vaut surtout pour le placage, la marqueterie et l’incrustation. Un bois peut, en effet, être recherché, soit pour sa teinte naturelle, soit pour les dessins particuliers de ses veines. Les couleurs des bois ont surtout un intérêt pour le marqueteur. Ainsi parmi les bois blancs à peine teintés, on peut citer le houx, le charme, le sycomore, l’alisier, le bouleau. Le jaunâtre est donné par le citronnier, le tilleul, le buis, le tulipier ; les rouges par l’acajou ; le brun jaunâtre, par le châtaignier, le merisier, le thuya ; le brun, par le noyer, le palissandre, l’amarante ; le noir par l’ébène. Certains bois veinés offrent en somme deux couleurs. Ainsi le bois de rose est jaune pâle, veiné de rouge ; le palissandre, appelé au XVIIe bois de violette, blanc vineux, veiné de gris brun ; l’olivier est jaune foncé, rayé de violet brun.
Les bois naturels offrent donc une gamme très étendue de couleurs, d’autant plus qu’il existe des nuances très subtiles pour une même couleur selon les essences. Ainsi le citronnier donne un jaune franc, le tilleul un jaune pâle, le tulipier un jaune tirant sur le vert. Cependant, certaines couleurs manquent totalement, par exemple, le vert franc, le bleu. On a, dans ce cas, obligatoirement recours à la teinture. La teinture des bois a été pratiquée très anciennement. Dès le XVIe siècle, à l’imitation des Italiens du Quattrocento, nos artisans ont imité des bois coûteux par des teintures le poirier noirci remplace l’ébène. Au XVIIIe siècle, la teinture de bois pour marqueterie était chose courante. Mais, malgré Roubo, nous sommes très mal renseignés sur les procédés et les colorants. Chaque maître gardait jalousement ses secrets de fabrication. Au début du XIXe siècle, pour éviter des importations trop coûteuses, on pratique très couramment la teinture des bois. Landon, en dans ses Annales du Musée, conseille l’emploi de bois indigènes et donne des recettes pour leur teinture. Aujourd’hui, la teinture des bois est devenue une industrie spéciale.
Tous les bois ne prennent pas bien la teinture. Chaque époque, chaque ébéniste a ses bois préférés. Disons seulement que le charme, le houx, le sycomore, l’érable, le poirier (pour le noir), ont été fréquemment employés. Les colorants, eux aussi, sont très divers. Les colorants naturels indiqués par Roubo (indigo pour le bleu, gaude pour le jaune, rocou pour le rouge, campêche pour le violet..., etc.), sont maintenant, dans la majorité des cas, remplacés par des colorants chimiques (acide azotique, sulfurique, chlorhydrique, oxalique). Jadis chaque colorant était fixé dans les bois par des procédés différents et c’est ce procédé qui, variant avec chaque maître, rendait la teinture du bois durable ou non. De toute façon, en marqueterie, les bois naturels sont préférables aux bois colorés artificiellement. Les bois veinés sont surtout recherchés pour des placages. Certains arbres sont susceptibles de fournir des bois dont les veines offrent un dessin particulier. On distingue aussi des bois ondés, dont le fil plus ou moins régulier est coupé de nuances différentes, simulant des ondes ; des bois moirés, dont les veines imitent le dessin capricieux des étoffes moirées ; des bois flammés ou flambés, dont le fil très mouvementé, disposé en gerbe, dessine des flammes ; des bois mouchetés, tigrés ou ponctués, dont le fil est agrémenté de petits noeuds très rapprochés ronds ou ovales et de teinte tantôt plus claire tantôt plus foncée que le fond ; des bois chenillés, dont le fil sinueux présente des entrelacs aux vives colorations entourant des plaques de teinte vive semées au hasard ; des bois ronceux (y. PL. XXVI), provenant des souches des arbres et présentant des dessins bizarres et variés aux vives colorations. On pourrait ajouter les bois drapés, panachés, pommelés, rubanés, tiquetés, zonés, etc.
De tous les bois, c’est peut être l’acajou qui présente les veines les plus variées et les plus intéressantes. Dès la fin du XVIIIe siècle, cette particularité a été mise à profit par les ébénistes, pour de larges placages. Dès le début du XIXe siècle, l’acajou étant très cher, on a recherché des bois indigènes qui pouvaient présenter le même intérêt décoratif : platane, hêtre, thuya, if, frêne, érable, sont employés déjà sous l’Empire et couramment sous la Restauration avec des vinages particuliers.
Une place à part doit être faite aux loupes. Les loupes sont des excroissances qui se rencontrent sur certains arbres ; elles sont dues à diverses causes ; piqûres d’insectes, blessures, végétations parasites altèrent le liber et font affluer la sève en certains points. On tire de ces loupes des placages de petite dimension mais d’aspects divers ; des ramages serpentent suivant des courbes à très petits rayons autour d’une multitude de noeuds ; l’Amboine, le thuya, le frêne (y. PL. XXXIII), l’orme, le noyer sont susceptibles d’avoir des loupes. Les placages en loupe sont assez récents dans l’art du meuble ; les premiers exemples datent de l’Empire ; la Restauration en fait un grand usage.
Ainsi le bois, ce matériau de base, ce matériau unique, est cependant très divers. Selon les époques, selon les modes, les artisans du meuble ont utilisé de préférence telle ou telle essence. Le menuisier du XVIe siècle n’avait pas à sa disposition la variété infinie des bois dont nous disposons à l’heure actuelle ; mas à toutes les époques, le choix du bois s’est posé à l’artiste comme un problème délicat et complexe. Réussite ou échec dépendent, en effet, avant tout du choix judicieux de la matière première.