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 Décor : La marqueterie

La marqueterie se différencie du placage parce qu’elle nécessite l’établissement d’un dessin. Même pour les jeux de fond, le travail étant absolument régulier et se répétant, un simple repérage sur le bâti est suffisant. Cependant, certains jeux de fond plus compliqués sont exécutés comme la marqueterie. La marqueterie exige une série d’opérations longues et délicates.

ETABLISSEMENT D’UN PATRON

L’ébéniste peut utiliser le dessin d’un ornemaniste ou d’un dessinateur ; il peut aussi composer lui même son motif décoratif. Deux procédés s’offrent ensuite à lui pour reporter le dessin sur le bâti du meuble :

  • Il retrace le dessin à même le panneau de bois ; certains ébénistes du XVIIIe siècle avaient établi des patrons découpés dans du cuivre ou du fer pour rendre plus rapide cette opération préalable ;
  • Il peut aussi coller purement et simplement à même le bâti un patron de papier qui porte le dessin.

DÉCOUPAGE DES PLACAGES

Les feuilles de bois à plaquer sont soigneusement rangées par catégories selon leur couleur et leurs veines. L’ébéniste débite les petites lamelles de bois en se conformant exactement au dessin pour la couleur et pour la forme. Le découpage au XVIe et au XVIIe siècle se faisait au burin et non à la scie de marqueteur ; les bords des lamelles présentaient souvent des éclats. Dans la marqueterie d’ébène, de cuivre, d’étain, d’écaille, d’ivoire, pratiquée, on le sait, tout spécialement par J. C. Boulle et ses émules, on procède un peu différemment. Les deux feuilles (par exemple, ivoire et ébène), d’épaisseur rigoureusement semblable, sont collées l’une sur l’autre. On colle la feuille de papier indiquant le dessin sur ces deux feuilles et on découpe au burin ou à la scie. Le découpage terminé, on décolle l’ivoire de l’ébène et on se trouve à même de revêtir deux panneaux de même dimension d’un dessin marqueté semblable mais non identique : dans l’un, l’ébène forme le décor de fond (c’est une marqueterie de première partie), dans l’autre, l’ivoire forme le fond (marqueterie de deuxième partie).

ASSEMBLAGE DES MOTIFS DÉCOUPÉS

On réunit et on ajuste les placages composant la marqueterie sur une toile mince ou sur une feuille de papier ; on les colle sur la toile du côté devant être apparent une fois le meuble terminé.

ENCOLLAGE DU BATI

Que l’ébéniste ait préparé un placage ou une marqueterie, l’application sur le bâti se pratique de la même manière. On enduit le panneau du meuble avec de la colle. La solidité du placage dépend en grande partie de la qualité de la colle utilisée. De tout temps, les procédés de fabrication des colles ont été jalousement gardés par les ateliers. Au XVIIIe siècle, on emploie tout spécialement de la bonne colle forte dite colle d’Angleterre. De toute façon, on utilise des colles de nerfs, de peaux et d’os désignés actuellement sous le nom de colle de Givet ou de Lyon. La colle doit être employée très épaisse et très chaude. Sa répartition doit être très égale et on ne doit pas modifier la teneur en eau une fois l’encollage commencé. Depuis peu, on utilise des colles synthétiques ; elles ont l’avantage de s’utiliser à froid ; elles sont fabriquées à base de phénol, d’urée et de formol ou bien à base de dérivés cellulosiques dissous dans certains solvants tels que acétone, acétate d’amyle, benzine, alcool. On utilise aussi des colles de résine synthétique.

APPLICATION DU DESSIN MARQUETÉ SUR LE BATI

Cette opération doit être très rapide ; l’ébéniste dispose d’un fer à plaquer qu’il maintient chaud et d’un marteau à plaquer ; la panne de ce marteau est très large, ses arêtes sont adoucies, et elle est placée obliquement par rapport au manche de l’outil. A l’aide de ces deux instruments, l’ébéniste presse fortement la marqueterie sur le bâti. Dans la majorité des cas, l’adhérence s’obtient au moyen de cales, c’est à dire de presses à large plateau d’acajou, de zinc ou de carton. Pour les surfaces courbes, on utilise des cales cintrées ; quant aux pièces galbées, comme il n’est pas possible de faire des cales, on utilise des sacs de sable qui épousent la forme de la pièce. Pour les formes tournées, on se sert de sangles.

Le procédé à chaud, pénible pour l’ouvrier, ne s’utilise à peu près plus, les colles modernes permettant le collage à froid.

REPLANISSAGE. On enlève la toile, on arrache les fils pris, on enlève au ciseau ou avec une spatule de bois les bavures de colle. Quand la marqueterie est bien sèche, on replanit le panneau avec un rabot à dents et on peut alors commencer le polissage.