A toutes les époques certains meubles ont été peints. Nous verrons qu’au Moyen Age la plupart des meubles semblent avoir été peints, comme le laissent supposer certaines traces encore apparentes et les représentations qu’en ont données les imagiers.
Aux XVIIe et XVIIIe siècles, la majorité des bois de sièges et de lits sont dorés ou peints de couleurs très variées bleu, vert d’eau, gris. La recherche de la polychromie amène à peindre les sculptures et les moulures d’une teinte autre que celle des fonds par exemple, on trouve bleu sur blanc, jonquille sur vert clair, bleu sur jaune clair, etc. On a recours encore à une autre méthode ; on peint en rechampi, c’est à dire qu’on détache les moulures et les sculptures en les peignant en clair sur un champ de même couleur mais plus foncé. Les meubles au XVIIe et au XVIIIe siècle sont rarement peints ; certains les tables, les consoles sont fréquemment dorés. Mais le plus souvent, on demande l’effet coloré à d’autres procédés (placage, marqueterie, laque, porcelaine). Il faut une période d’appauvrissement comme le Directoire pour que les meubles se contentent d’un décor peint.
Les procédés anciens très délicats et très longs, car il faut bien laisser sécher chaque couche avant de passer la suivante, ont été décrits par le peintre doreur Watin, en 1772. C’est à lui, comme à Roubo pour le travail du bois, que nous devons avoir recours pour nous donner une idée des méthodes utilisées jadis.
LA PEINTURE A LA DÉTREMPE. On encolle le bois avec un savant mélange de colle de peau bouillante, de bouillon d’ail et d’absinthe auquel on ajoute du sel et du vinaigre.
Plusieurs couches (quatre à huit), sont nécessaires. On passe ensuite un apprêt à base de blanc d’Espagne et de colle chaude. On ponce en mouillant à l’eau très fraîche et en s’efforçant d’atteindre tous les recoins des sculptures et des moulures ; on passe alors seulement la teinte détrempée à la colle ; on termine en encollant avec une colle très faible et très claire. Il ne reste plus qu’à vernir.
LA PEINTURE A L’HUILE. Sur une couche d’impression (blanc de céruse très fin détrempé à l’huile de lin), on passe une couche de teinte dure (blanc de céruse broyé à l’huile grasse). On ponce et on passe trois couches de la couleur choisie (couleur à l’huile détrempée à l’essence). On termine par une couche de vernis.
Comme la peinture, la dorure des bois se fait par deux procédés différents.
DORURE A LA DÉTREMPE. On encolle et on apprête le bois comme pour la peinture à la détrempe ; puis on dégraisse et on prêle le bois ; on le jaunit à l’aide d’une teinture d’ocre jaune détrempé dans de la colle de peau. On applique alors l’assiette (trois couches en général), c’est à dire une composition de bol d’Arménie, de plombagine et d’huile d’olive qui constitue un fond dur et lisse. On applique ensuite la feuille d’or par simple intermédiaire de l’eau pure et fraîche.
DORURE A LA MIXTION OU A L’HUILE. L’assiette est supprimée et remplacée par la mixtion à dorer ; la mixtion grasse et gluante est faite avec les restes de couleur.
La dorure se brunit à l’aide d’outil en Agathe ; on donne ainsi à la pièce le poli et les reflets désirés.