Les premiers panneaux de laque utilisés au XVIIe siècle pour décorer les meubles ont été importés d’Extrême Orient. Le prix de revient très élevé de ces panneaux a rapidement incité les vernisseurs français à essayer de percer les secrets de fabrication. Sans avoir jamais égalé pour la résistance et l’éclat les laques orientales, les artisans français du milieu du XVIIIe siècle sont parvenus à une imitation très fidèle des laques chinois et japonais ; d’autre part, ils ont su créer des laques de style français ces laques inspirés de compositions d’artistes comme Boucher ou Pillement s’harmonisaient parfaitement avec les tendances décoratives de l’époque Louis XV. Un certain Watin, peintre, doreur et marchand de couleurs, dans un ouvrage intitulé L’art de faire et d’employer des vernis ou l’art du vernisseur, paru en 1772, se fait l’écho des multiples recherches auxquelles se sont livrés les vernisseurs français notamment les frères Martin, pour égaler les modèles extrême orientaux.
La fabrication d’un panneau de laque est toujours un travail long et minutieux ; malgré d’assez grandes différences de procédés, les principales opérations sont à peu près toujours les mêmes. On utilise comme support un bois léger (tilleul, poirier, érable) très sec et bien poli. On tend sur le bois une mousseline ou une toile de chanvre pour empêcher le bois de jouer. On enduit ensuite avec un apprêt (blanc de Bougival détrempé à la colle et attiédi). On laisse bien sécher l’enduit, puis on polit à la pierre ponce, à la prêle et au tripoli. On passe ensuite de nombreuses couches successives de laque (quelquefois une vingtaine), avec un pinceau de cheveux, jusqu’à ce qu’on obtienne une épaisseur variant de 23 millimètres. Ce travail en Extrême Orient pouvait durer plusieurs années.
La laque est une résine extraite d’arbres ou d’arbustes de la famille des térébinthacées. Elle se présente sous la forme d’une crème épaisse, blond clair, presque incolore. Cette résine incolore devient noire lorsqu’on la malaxe avec un pilon de fer dans une cuve de métal. En incorporant des colorants, on obtient des laques rouges, un peu brunâtres, plus exceptionnellement des laques jaunes, vertes, bleues, blanches. La gamme des couleurs utilisées par les extrême orientaux est bien moins étendue que celle créée par les vernisseurs français. Watin donne des recettes pour plus de vingt cinq teintes différentes.
Sur ce fond ainsi obtenu, l’artiste dessine au moyen d’une pointe très dure et très fine (soit de bois, soit de fer), la composition ornementale. Il l’exécute alors soit à plat, soit en léger relief. Certains fonds sont aventurines, c’est à dire qu’on y dissémine uniformément (parfois avec l’aide d’une petite grille spéciale), des paillettes brillantes soit d’or, soit de mica (jaune, vert, brun rougeâtre). On dit que les laques sont burgautés , quand les paillettes sont constituées par de minuscules parcelles de nacre.
Les laques de Coromandel, si hauts en couleur relèvent d’un tout autre procédé ; à vrai dire, ces laques n’ont nullement comme origine la côte est des Indes. Ce procédé avait été inventé à Pékin à la fin du XVIIe siècle, mais les premiers objets ainsi laqués ont été expédiés en France de Pondichéry par un directeur de la Compagnie des Indes, d’où cette appellation erronée qui subsiste.
Dans les laques de Coromandel, la couche de laque est creusée jusqu’au bois. On laisse en saillie tout ce qui doit former le contour des objets. On remplit ensuite les creux avec des sortes de gouaches de couleurs très vives et très variées.
Par contre, les laques dits de Pékin sont des laques rouges. La couche de laque très épaisse est parfois sculptée superficiellement, elle n’est jamais entaillée jusqu’au bois. Ces différences subsistent encore de nos jours.
L’époque contemporaine emploie des peintures laquées, c’est à dire à base de vernis ; ce procédé moderne n’a évidemment qu’une très lointaine et vague analogie avec les procédés anciens ; c’est simplement une manière rapide et peu coûteuse de revêtir le meuble en bois commun d’une couche brillante et lavable, mais sans aucun intérêt décoratif.
Nous nous contenterons de signaler ce procédé sans en indiquer la technique, car il relève de l’art de la céramique. Il a été utilisé au XVIIIe et quelque peu au XIXe par certains ébénistes, notamment Carlin . C’est à la manufacture de Sèvres ou à la fabrique anglaise de Wedgwood, que les artistes du meuble ont fait appel pour se procurer les plaques mises sur les panneaux des meubles sortant de leurs ateliers.