Accueil du site /

 Décor : Fabrication des bronzes

Les garnitures en bronze apparaissent sur les meubles au XVIIe siècle, avec J. C. Boulle. Leur emploi se perpétuera jusqu’à l’époque contemporaine. La réalisation d’un bronze nécessite trois opérations totalement différentes : dessiner, modeler et fondre, ciseler. Pour les bronzes courants, ces opérations sont exécutées par un seul et même artisan, le bronzier. C’est chez lui que l’ébéniste vient choisir des chutes, des mains, des sabots, des entrées de serrures qui s’adaptent plus ou moins bien au meuble en cours de fabrication. Les modèles sont répétés en plusieurs exemplaires et sont souvent d’une originalité médiocre. Dans d’autres cas, pour des meubles soignés, les trois opérations sont dissociées ; l’ébéniste lui même (Oeben pour le Bureau du Roi), ou bien un ornemaniste (Bérain, Percier), fournit le dessin ; un fondeur coule le bronze, un ciseleur (Caffieri, Gouthière) cisèle la pièce et lui donne toute sa valeur artistique. Certains ébénistes qui se sont illustrés dans l’art du bronze d’ameublement ont exécuté eux mêmes une ou plusieurs de ces opérations (Boulle, Cressent...).

La fabrication d’un bronze de série ou d’un bronze dessiné pour un meuble particulier nécessite à peu près la même série d’opérations.

Une fois le dessin choisi, le premier travail est celui du modeleur. Il exécute en plâtre ou en bois une maquette qui a exactement les mêmes dimensions et les mêmes formes que celles que doit avoir le bronze définitif. Ce modèle est en somme un positif. Le fondeur fabrique un moule en sable. Ce procédé est absolument général en fonderie. Ce moule creux constitue un négatif dans lequel sera coulé le métal. Le procédé dit à cire perdue est plus délicat et plus long. Il est réservé à des bronzes d’un intérêt artistique exceptionnel, car le moule ne peut servir qu’une seule fois ; la pièce est donc unique. Sur un noyau réfractaire fait de matériaux très divers (briques pilées, sable, charbon, plâtre mélangé avec du poil de vache ou de la fibre), on modèle en cire la pièce telle qu’elle devra être exécutée en bronze. Le moule en creux est dans ce cas difficile à exécuter ; il est composé des mêmes matières réfractaires que le noyau. Le métal dit bronze d’art qu’on emploie en bronze d’ameublement est composé d’un alliage de cuivre, d’étain, de zinc, de plomb dans des proportions très variables. Chaque alliage ayant ses avantages et ses inconvénients et ne revêtant pas le même aspect, les proportions de l’alliage sont très diverses selon les époques et les artistes. 

La pièce qui sort des mains du fondeur ne rappelle que très imparfaitement le modèle original. Les jets ont laissé des tiges de métal fixées à la pièce et la défigurent ; les évents, les boursouflures, les égouts, les rugosités, les coutures contribuent eux aussi à la rendre méconnaissable. C’est sous cette forme rudimentaire qu’elle est confiée au ciseleur.

Le bronze une fois fixé sur un étau, le premier travail de dégrossissement commence au moyen d’outils coupants (ciseau, gouge, burin). Le ciseleur abandonne dans certains cas ce travail préparatoire à un aide, bien que toute déformation puisse définitivement compromettre la beauté de l’oeuvre. C’est seulement alors que commence le vrai travail de l’artiste. Au moyen de traçoirs qui repoussent les reliefs en les précisant, de planoirs qui égalisent, de rifloirs qui polissent, de mâts qui donnent le modelé, le ciseleur transforme le bronze informe sorti de la fonte en une oeuvre d’art à laquelle il imprime fortement sa personnalité.

Le bronze n’est pas appliqué sur le meuble au sortir des mains du ciseleur ; il est en général doré ou reçoit une patine.