Le plus ancien meuble qui nous soit parvenu est le fameux fauteuil de Dagobert’. Il faut tout de suite avouer qu’on ne peut nullement affirmer qu’on se trouve en présence d’un travail français ni, à plus forte raison, que Dagobert se soit servi de ce siège. Les controverses au sujet de cette pièce maîtresse ont été nombreuses. Certains veulent y voir une copie maladroite d’une chaise curule antique, exécutée par saint Eloi lui même ; d’autres pensent qu’à l’époque de Suger, on a consolidé par l’adjonction de trois plaques ajourées qui forment dossier, un vieux siège ployant ; enfin, la dernière hypothèse est qu’il aurait existé à Saint Denis vers 840 des ateliers de fondeurs et d’orfèvres qui fabriquèrent ce fauteuil pour l’abbé ou l’évêque d’alors. En effet, on sait que le faudesteuil était le siège utilisé couramment par les dignitaires ecclésiastiques, les souverains et, d’une manière générale, par tous les personnages qui devaient pouvoir être aperçus au cours d’une cérémonie par une assemblée tout entière.
Bien que tardif (XIVe siècle), et beaucoup plus simple mais relevant des mêmes principes est le fauteuil conservé dans le trésor de la cathédrale de Bayeux. Les documents figuratifs et ces deux spécimens permettent donc d’établir comme à peu près certain que le fauteuil est un siège noble, relativement courant au Moyen Age, qu’il est fabriqué non par les huchiers mais par une tout autre corporation : celle des orfèvres, car il est toujours en métal le fauteuil de Dagobert est en bronze doré, celui de Bayeux en fer forgé.
Cette utilisation du métal s’est sans doute étendue à certains lits et ce n’est pas seulement au Moyen Age que la fabrication des lits et des sièges a été liée. Au XVIIIe siècle, par exemple, certains menuisiers étaient spécialisés dans la fabrication des bois de sièges et de lits. Les orfèvres interviennent cependant peu dans l’histoire du meuble et ce sont bien plutôt les oeuvres des artisans du bois qui retiendront notre attention. Le plus ancien meuble exécuté en bois qu’on puisse encore aujourd’hui admirer est l’armoire de l’église d’Obazine (ou Aubazine) dans la Corrèze.