Cette armoire , date à peu près certainement de la fin du XIIe siècle2. Elle semble avoir été construite en même temps que l’église car les placards du transept nord qui existent encore sont d’une facture très semblable. De plus, sur les faces latérales, elle est décorée de fines arcatures romanes. La carcasse du meuble est constituée par six madriers très épais (épaisseur : 0,10 m, largeur : 0,32 m). Le prolongement des madriers forme les pieds de l’armoire. Disais de bois, assemblés à tenons et à mortaise , s’encastrent dans ce bâti et l’ensemble forme ainsi une caisse quadrangulaire de 2,16 m de haut, 2,35 m de large, o,8o m de profondeur. La façade principale est absolument plane bien qu’elle comporte deux portes dont le sommet est arrondi en plein cintre. Ces portes en effet, s’encastrent dans l’épaisseur des montants et sont maintenues chacune par deux bandes de fer forgé, appelées pentures, et un verrou d’un travail très simple et très soigné.
Cette armoire dans sa puissante simplicité est bien caractéristique du meuble du XIIe siècle et même du XIIIe siècle. Le bois utilisé est le chêne débité en épais madriers grossièrement taillés, tel qu’il était utilisé pour la charpente. Le meuble d’ailleurs n’a pas ses artisans propres ; il est encore fabriqué par les charpentiers. A Obazine, tout le travail du bois a sans doute été confié à une même corporation, qu’il se soit agi de la charpente, des placards des transepts ou de l’armoire. Les assemblages sont encore sommaires, de sorte qu’il est nécessaire de consolider le meuble par l’adjonction des ferrures.
Ici, ces ferrures, bien que très finement et très joliment travaillées, sont très simples ; mais au XIIIe et au XIV e siècle, quand on utilisera encore les pentures, on cherchera à en tirer un effet décoratif et on compliquera à plaisir l’enchevêtrement des volutes : l’effet produit sera souvent moins heureux malgré l’habileté technique déployée. La porte d’armoire de Mont Saint Quentin (Somme) du XIVe siècle, conservée au Musée des Arts décoratifs, est un bon exemple de pentures surchargées. L’artiste a accroché aux volutes des feuilles de chêne et des feuilles de lierre. Il a entouré les deux panneaux par une bordure très ouvragée où courent non seulement des rinceaux de feuillage mais des frises d’animaux (sanglier mangeant des glands, sorte de salamandre, etc.). Les pentures ne sont plus qu’une décoration plaquée ; disposées verticalement et non horizontalement de manière à encercler le bâti du meuble, elles ne concourent plus à la solidité mais elles dissimulent la structure du meuble plutôt qu’elles ne la soulignent. L’artisan qui a façonné l’armoire d’Obazine n’a pas commis cette erreur et la décoration reste discrète. Les angles de la façade sont amortis par une colonnette élancée, taillée en plein bois ; une corniche moulurée dont le tailloir est découpé en dents de scie couronne le meuble, et les côtés sont ornés d’un sobre relief de style roman.
Ces éléments décoratifs sont empruntés à l’architecture. Si l’influence de l’architecture sur le mobilier est sensible à toutes les époques, jamais elle ne sera aussi nette qu’ici. Le meuble du Moyen Age apparaît aussi, par sa structure et sa décoration, comme un monument réduit à l’échelle de l’homme.