Ces deux armoires un peu plus tardives auraient pu nous fournir de précieux renseignements sur la facture des meubles au XIIIe siècle : malheureusement, l’une est très mutilée et l’autre a disparu pendant la guerre de 1914 1918. Bien que nous en connaissions les descriptions détaillées, nous ne voulons retenir ici qu’un seul fait : certains meubles du Moyen Age étaient peints. Ces vestiges de peinture que les premiers historiens du meuble ont pu encore voir, sont pour nous une indication précieuse. Il est à peu près certain que les meubles du Moyen Age ne se présentaient pas dénudés comme nous les connaissons aujourd’hui. Ils étaient soit peints à même le bois, ce qui avait été le cas des armoires de Bayeux et de Noyon, soit recouverts de cuir ou même de toile. Ces peaux de cheval ou d’âne, appliquées au moyen de colle sur le bois, avaient l’avantage d’assurer l’étanchéité du meuble et de le protéger des égratignures au moment de la pose des ferrures. Ce goût de la couleur très vive et de la dorure a dû très vite cesser d’être à la mode et l’habitude de peindre les meubles a dû disparaître au début du XIVe siècle, ce qui explique l’absence à peu près totale de spécimen.
Si ces trois armoires constituent d’intéressants vestiges d’une époque pour laquelle nous manquons à peu près totalement de documentation, il est à remarquer que ce ne sont pas des meubles courants et qu’ils ont plutôt une destination religieuse. L’armoire n’apparaîtra qu’au début du XVIIIe siècle comme meuble usuel. Jusque là, elle est remplacée soit par le coffre, soit par des cavités creusées à même les murs et closes par des portes ou des boiseries. Dans la salle Raoul Duseigneur au Musée des Arts décoratifs, il existe un lambris décoré à serviettes repliées dans lequel sont ménagés des vantaux, et même à Blois, vers le milieu du XVIe siècle, la chambre dite de Catherine de Médicis, comporte des placards à secrets, aménagés dans le mur, dissimulés par des boiseries.