Vers la fin du Moyen Age, la vie devient peu à peu plis sédentaire et favorise le développement du mobilier. Le nombre de meubles est encore assez réduit et, si le coffre reste le seul meuble utilisé par la majorité de la population, à côté de lui naissent dans quelques demeures fortunées, la chaire, le banc, le dressoir et même exceptionnellement le lit.
Le coffre se transforme dès le début du XIVe siècle. Il reste malheureusement très peu de coffres authentiques de cette époque, même dans les collections publiques. Beaucoup de meubles ont été dénaturés par des réfections anciennes ou même récentes et, si certaines pièces sont incomplètes, d’autres sont trop complètes, et il est difficile pour l’historien du mobilier de tirer des conclusions décisives. Par exemple, en tant que coffre du XIVe siècle, il existe au Musée de Cluny un coffre fameux dit Coffre du Pas Saladin’ sur l’authenticité duquel on a beaucoup discuté et où seules certaines parties sont anciennes. Cependant ce coffre représente un stade intéressant dans l’évolution de la technique du coffre. Il marque un progrès incontestable sur le coffre à pentures. Il n’est plus bardé de fer comme le chevalier qui part pour la croisade, il est richement sculpté en plein bois. Le huchier du XIVe siècle n’est plus un simple charpentier, il possède déjà une bonne partie des outils qui serviront jusqu’à l’époque du machinisme ; aussi peut il employer des assemblages plus difficiles et plus solides comme la queue d’aronde . Le coffre peut alors se passer de ferrures et offrir une partie libre pour la décoration.
L’artisan sait aussi choisir son bois ; au lieu d’utiliser des madriers bruts, employés aussi bien pour la charpente que pour le mobilier, le huchier du XIVe siècle substitue un bois spécial. Dans l’exemple du « Coffre du Pas Saladin », les ais de bois de grande dimension sont en merrain (bois de chêne fendu en fil, qui n’est utilisé aujourd’hui qu’en tonnellerie), bois sans noeud, ni aubier. Bien que le coffre repose sur des bases joliment travaillées, c’est encore un meuble portatif. La riche décoration est en taille d’épargne et elle est suffisamment méplate pour ne pas donner prise aux heurts. Mais, tel quel, ce coffre a encore de gros défauts. Il est très lourd et, malgré le bois de qualité exceptionnelle, les ais de bois se sont disjoints sur le côté et coupent désagréablement le décor.