Pour remédier à l’inconvénient des joints apparents, il y avait plusieurs solutions. On pouvait n’employer qu’une seule planche : c’est ce que firent certains huchiers du XVe et du XVIe siècle. Mais il fallait trouver des planches de grande dimension, donc, d’un prix élevé et ce procédé ne pouvait être employé que pour des meubles de luxe. On pouvait aussi changer la structure du meuble : c’est alors qu’apparaissent les meubles à boiseries et à panneaux. Le coffre gothique est presque toujours constitué de montants et de traverses assez épais, assemblés à tenons et à mortaises dans lesquels sont embrevés, à rainures et à languettes , d’étroits panneaux de bois. Les avantages de ce procédé sont multiples. Il permet l’emploi de bois moins coûteux puisque de petite dimension, et d’épaisseur moindre ; les panneaux peuvent subir sans inconvénients les différences de chaleur ou d’humidité, puisqu’ils jouent librement dans les feuillures ; le coffre ainsi construit est plus léger que les coffres précédents ; enfin, les panneaux se trouvant en retrait sur les bâtis, sont davantage à l’abri des chocs et les sculptures peuvent être d’un relief plus accentué. N’oublions pas, en effet, que même au XVe siècle, le coffre doit être essentiellement transportable.
Les coffres gothiques ne sont pas rares, mais il en existe beaucoup d’entièrement ou de partiellement faux, car la mode du style « à la Cathédrale » vers i 830, a créé une grande demande de ce genre de meuble. La décoration est à peu près toujours la même. Elle est empruntée de très près à l’architecture ogivale. Elle reproduit à orbe voie les fenestrages des cathédrales gothiques . Les huchiers qui travaillent un matériau beaucoup plus malléable que la pierre, compliquent à plaisir ce décor. Les ogives flamboyantes se subdivisent à l’infini et ondulent en courbes et contre courbes, encerclant des rosaces et des quatre feuilles et se terminant par des clochetons ou des galbes souvent très lourds.
Un autre motif, surtout utilisé sur les côtés des coffres ou des chaires, est le motif dit « à parchemin plissé à drapperie », ou « à serviettes repliées ». Ce décor ne doit rien à l’architecture ; il a peut être comme point de départ les peaux appliquées sur les meubles de l’époque précédente. Les cuirs une fois desséchés se contractaient et se repliaient sur eux mêmes et ont peut être donné l’idée aux huchiers de reproduire en sculpture ce parement tombé en désuétude. Le parchemin replié peut représenter une pliure simple de l’étoffe ou du cuir mais, là aussi, la complication intervient et le parchemin est représenté plié de bien des manières. Cette décoration monotone a été employée à satiété par les huchiers du XVe siècle pour les meubles les plus courants ou pour les parties des meubles les moins en évidence.
Une autre décoration parait les coffres les serrures. Elles étaient constituées par une boîte métallique qui contenait le pêne. Cette boîte en général rectangulaire, fixée au meuble avec de gros clous souvent apparents, était joliment ouvragée. Une bordure de fer, travaillée à la manière d’une dentelle courait tout autour de la boîte ; des pinacles ou des clochetons étaient placés des deux côtés des ouvertures laissées pour la clef et le talon de moraillon ; des écus étaient délicatement incisés. Le moraillon articulé à une ferrure recevait lui aussi une décoration : coléoptère, salamandre, serpent, chimère, dragon la gueule ouverte, buste d’homme ou de femme s’allongeaient sur cette pièce de fer.
Nous avons insisté sur le coffre non seulement parce qu’il est le meuble le plus usuel au Moyen Age mais aussi parce que presque tous les autres meubles de l’époque en proviennent plus ou moins directement.