La chaire, en effet, n’est qu’un coffre dont on a prolongé les montants de la face postérieure pour former un haut dossier et les montants des côtés pour former les accotoirs. La chaire est sûrement un dérivé du coffre, car son socle lui même est un coffre, très souvent pourvu d’une serrure. Placée à côté du lit, on y range sans doute ses habits. Elle revêt la même décoration que le coffre, ruais comme elle était rarement utilisée nue et que des parements d’étoffe et des coussins dits « carreaux » dissimulaient le bas du siège, seul le dossier était orné ; encore cette décoration ne commençait elle qu’au dessus de la tête du personnage assis ; le premier panneau qui servait de dossier était souvent négligé. Dans certains cas, le dossier était prolongé en dais. Telle est la chaire dite d’Anne de Bretagne, conservée au Musée des Arts décoratifs. La partie inférieure est un coffre sans ornements, le dossier est orné d’une arcature flamboyante dans sa partie supérieure, le dais est ornementé d’hermine.
La chaire est un siège d’apparat. Etant donné son ballant, elle ne se conçoit qu’appuyée au mur ; le revers du dossier ne reçoit, en effet, jamais de décoration. Le seigneur du logis est seul à l’utiliser, soit qu’il préside un repas, soit qu’il reçoive ses vassaux.
Il existe aussi des chaires à deux places. La femme du seigneur dans certaines cérémonies, prend place à côté de son époux.
Si la chaire est une création du XVe siècle, le banc existait depuis longtemps ; on l’appelle aussi forme ou fourme (du bas latin forma). Il peut n’être lui aussi qu’un coffre aménagé ; il a alors des accotoirs et un dossier. Sa facture est exactement celle de la chaire, mais cette sorte de banc est très encombrante et, à côté de lui, nous connaissons des bancs mobiles sans dossier, constitués par une simple planche maintenue par deux montants. La légèreté étant l’une des qualités principales de ce siège, les montants sont quelquefois ornés d’un fragile décor à claire voie. Un des bancs conservés au Musée des Arts décoratifs présente ce caractère. Souvent aussi ce siège démocratique, sans prétention, n’est pas décoré. Il a dû être très méprisé par les siècles suivants ; aussi subsiste t il bien peu de bancs authentiques. Il existe aussi des bancs plus petits, destinés à une seule personne dits banchel ou bancelle, escabeau ou escabelle qui se perpétueront à l’époque suivante.
Ils sont tous deux des dérivés du coffre. Ce sont des coffres montés sur des pieds et ouverts par devant. Les deux termes sont employés le plus souvent indifféremment. Il semble cependant que le dressoir était ce qu’on appelait aussi un buffet de parade et qu’il servait à l’exposition de la vaisselle d’or et d’argent dans les cérémonies exceptionnelles. Il existe très peu de dressoirs véritables et c’est bien plutôt par les inventaires que nous connaissons ce meuble. Il possédait des gradins dont le nombre était rigoureusement déterminé par l’étiquette, le prince ayant droit à quatre degrés, le baron à deux seulement.
Le simple buffet peut revêtir des formes très diverses. Son modèle le plus simple consiste en une caisse quadrangulaire dont les deux côtés, appelés guichets, sont fermés par des portes dénommées vantaux. Les vantaux s’appuient soit sur un montant central, soit sur un panneau dormant. Les panneaux peuvent avoir des longueurs différentes et le corps du buffet devient hexagonal. C’est dans ce meuble qu’apparaissent pour la première fois les tiroirs ou layettes. Certains buffets comportant simplement, en dessous des grands panneaux, de petits panneaux rectangulaires, mais souvent aussi cet emplacement est occupé par des layettes. Le soubassement est à jour ; un seul panneau au fond est relié avec les deux (trois ou quatre) montants de la façade par des arcs en accolade ou des arcs surbaissés. L’ornementation est copiée sur celle du coffre du XVe siècle ; elle est rigoureusement assujettie à la division des panneaux. Ce sont des fenestrages flamboyants à orbe voie et des « serviettes repliées » pour les parties les moins en vue. Cependant, sur ce meuble encore rare à la fin du XVe siècle, apparaît un souci de recherches décoratives nouvelles. Des motifs géométriques et floraux peuvent remplacer l’éternel fenestrage. Tel est un des buffets du Musée des Arts décoratifs où des fleurs de lys inscrites dans des losanges parent les vantaux de la façade. Les montants prennent la forme de contreforts ou de pinacles ou bien encore ils sont ornés d’écailles se recouvrant les unes les autres. Comme pour les coffres, serrures et verrous richement travaillés concourent à l’ornementation du meuble.
Nous pourrions terminer par le buffet, la courte liste des meubles utilisés au Moyen Age. Pourtant, il a certainement existé quelques lits. Les deux lits conservés au Musée des Arts décoratifs provenant du château de Villeneuve en Auvergne en font foi. Si archaïques qu’ils nous paraissent, ce sont déjà des lits qui marquent une transition entre le lit primitif à alcôve en charpente, attesté par des documents figuratifs et dont il reste un assez grand nombre de spécimens outre Rhin, et les lits du XVIe siècle où les côtés pleins sont remplacés par de fines colonnettes. Ici, deux côtés seulement sont constitués par des panneaux et une élégante colonnette finement décorée évite que le lit soit complètement clos. La décoration est encore entièrement gothique panneaux à serviettes repliées sur le châlit, décoration florale sur les rebords du toit.
De tous les meubles que nous avons étudiés, deux subsistent dans nos demeures : le coffre et le banc. Ce sont, il est vrai, des meubles qui ne font l’objet d’aucune recherche décorative de la part des créateurs actuels du mobilier. Mais pourtant le coffre a encore sa place dans les antichambres et dans les salles de jeux des enfants. Le banc est un siège fréquent dans les demeures campagnardes et il s’est même récemment introduit dans les villes où l’étroitesse des appartements a fait apprécier sa facilité à se glisser sous une table sans prendre de place.
L’héritage du Moyen Age est donc pauvre en ce qui concerne les formes. Cependant, ces meubles fortement charpentés, logiquement construits, où la décoration n’a fait qu’accentuer l’élégance et la pureté des formes sans briser le rythme, comportent une leçon. Un meuble doit être loyalement construit, sans acrobaties techniques qui nuisent à sa solidité ; l’effet décoratif et architectural ne doit pas entraîner une faiblesse de facture.