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 Astices de décor Maison

Les assemblages et les bois

Comme toujours, l’élégance du meuble est liée aux perfectionnements techniques. Le huchier du Moyen Age ne connaissait guère que l’assemblage à tenons et à mortaises et la queue d’aronde. Le menuisier du XVIe siècle découvre des assemblages plus discrets qui, étant complètement dissimulés dans la masse, laissent au sculpteur libre champ pour orner la surface entière du meuble d’une manière continue. Les assemblages à coup d’onglet et à queue perdue , permettent à l’artiste de ne plus respecter comme à l’époque précédente la stricte division des panneaux.

La gamme des bois s’enrichit. La sculpture prenant une importance de plus en plus grande, le menuisier a tendance à abandonner le chêne pour le noyer plus tendre, plus docile à l’outil, et permettant une taille plus fine et des jeux d’ombres et de lumières. Le frêne pour les placages le cèdre, l’ébène, le tilleul spécialement dans le Midi font une timide apparition.

Les procédés décoratifs

Si la sculpture en plein bois continue à être pratiquée avec succès pendant toute la Renaissance, de nouveaux procédés, surtout à partir du milieu du siècle, viendront bouleverser l’aspect du meuble français. Ces procédés nouveaux empruntés à l’Italie seront toujours pratiqués avec quelque répugnance, en tout cas avec une grande réserve par nos artisans. Le meuble qui bénéficie le plus souvent de ces essais est le cabinet, lui aussi d’origine étrangère. Il en subsiste peu d’exemples car les meubles décorés de cette manière étaient extrêmement fragiles et ont dû se démoder rapidement. Les inventaires, il est vrai, nous fournissent heureusement des descriptions assez précises. Parmi les procédés ingénieux et variés que les Italiens ont pratiqués pour introduire la polychromie dans la décoration du meuble, les artisans français n’en ont retenu que trois ou quatre, encore ne furent ils employés qu’exceptionnellement et pour des meubles de luxe.

Les Italiens appelaient tarsia ou intarsia le procédé qui consiste à insérer dans un panneau de bois préalablement entaillé des éléments hétérogènes. Cette incrustation, peut varier à l’infini soit par le dessin, soit par les matériaux employés.

Le dessin, dans certains cas, est un pur dessin géométrique, mais dans d’autres cas, il a la prétention de reproduire un tableau (paysage, perspectives, scènes de genre, voire même portrait) ; les Italiens disaient alors intarsia pittorica. Cette dernière manière a été fort peu pratiquée en France.

Les matériaux incrustés étaient aussi très variables. Là où les Italiens se sont livrés à une débauche d’imagination, les Français ont limité leurs recherches décoratives : on incruste soit des matières précieuses (or, ivoire), soit des minéraux (marbres aux couleurs variées), soit des bois naturels (ébène), soit encore des bois teintés par immersion dans un bain d’huile bouillante ; enfin, on pouvait remplacer les matériaux durs par une pâte molle et colorée. En France, on se contentera d’une pâte légèrement ivoire et on appellera ce décor moresque blanche.

Les Italiens étaient parvenus à une virtuosité technique telle que le décor devenait primordial et écrasait le meuble. Les artisans français ont rarement commis cette erreur et le décor coloré reste limité et discret. Si l’artiste utilise la polychromie, il simplifie les formes du meuble et donne peu de place à la sculpture, pour laisser toute sa valeur au nouveau procédé.

Enfin apparaît à cette époque la marqueterie , qui procède d’une tout autre technique et où les Italiens étaient passés maîtres, grâce à l’utilisation de colles savamment préparées. On applique, en effet, par collage un décor sur la carcasse du meuble. De tous ces procédés, la marqueterie sera le seul qui fera fortune en France. Le mot marqueteur entrera dans la langue dès 1580 et les statuts de la corporation réglementeront la pratique de la marqueterie.

La tendance est donc à la polychromie. L’artisan français imagine alors un compromis. La traditionnelle sculpture en plein bois pare le meuble ; mais pour sacrifier au goût du jour qui veut introduire la couleur dans le décor, on argente ou on dore les parties les plus saillantes des hauts reliefs : coquilles, attributs guerriers, casques ou colliers d’un personnage, couronnes...

Le procédé est d’autant plus intéressant que tout comme la marqueterie, il se perpétuera, mais sous une forme un peu différente. Les magnifiques bronzes d’appliques dont Boulle, Cressent, Gouthière orneront leurs meubles, ont leur point de départ dans cette innovation du XVIe siècle.