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 Décor et structure français

Si, au Moyen Age, le décor flamboyant est sensiblement resté le même pendant deux siècles, il n’en est pas de même pour l’arsenal des motifs décoratifs empruntés à l’Italie et copiés ou adaptés par nos artisans français du XVIe siècle. L’évolution sera lente et continue de Charles VIII à Henri IV. Aussi, pendant tout le règne de Louis XII, existe t-il encore des meubles hybrides : le socle d’une chaire sera par exemple décoré de « parchemins repliés », mais son dossier portera des « grotesques ». Ce n’est qu’avec François 1er que le décor purement Renaissance sera créé et éliminera tous les anciens thèmes ; mais dès Henri II, d’autres motifs, d’autres procédés, d’autres structures changeront à nouveau totalement l’aspect du meuble. Il y aura donc une succession de Renaissance et ce siècle merveilleusement fécond renouvellera sans cesse structure et décor par de perpétuelles créations.

Toute division est donc factice, mais il est cependant certain que tel ou tel motif a été plus volontiers employé dans la première moitié du siècle et tel autre dans la seconde. Aussi nous nous en tiendrons, pour la commodité de l’exposé, à la traditionnelle division en style François 1er et style Henri II.

Style François 1er

Le motif de prédilection est la famille d’ornement désigné sous le nom de grotesque. Le mot est emprunté à l’italien grotesque et désigne une sorte de décor employé par les anciens et retrouvé à Rome ou dans ses environs dans des lieux encore à cette époque enfouis, d’où le nom de grottes (exemple : domus aurea .Jsleroni). Ce décor léger et précis s’inscrit aussi bien sur les panneaux de bois des meubles que sur les façades de pierre des châteaux d’alors. Sur un plan d’une symétrie absolument rigoureuse se pressent, dans un harmonieux désordre, une faune réelle ou fantastique très variée (griffons, dauphins, sphinges, sirènes, oiseaux..., etc.), une flore réelle ou stylisée (l’acanthe fait son apparition), enfin des objets les plus divers (vases, médaillons, cornes d’abondance, trophées, etc.) ; la figure humaine apparaît sous la forme de buste féminin ou masculin avec ou sans bras ; quelquefois aussi s’insèrent des cartouches rectangulaires dits écriteaux qui portent soit une devise, soit des armes parlantes, soit des objets les plus variés sans apparente signification (couteau, plumes, bobine...). L’élément d’ordre dans ce bric à bric décoratif c’est le motif central : tige de fleur, fût de candélabre, noeud de ruban, d’où s’échappent ces multiples éléments avec une symétrie rigoureuse qui permet la superposition.

Le deuxième élément décoratif qui fait son apparition à cette époque est le pilastre. Le pilastre est la décoration commode du montant. Il porte lui même souvent des grotesques ; il est couronné de chapiteaux variés : selon le cas, il s’élargit, s’allonge, ou se superpose à volonté. Il souligne aussi la division du meuble en panneaux tout comme en architecture il souligne les parties d’une façade. La première Renaissance connaît aussi les colonnes à cannelures ou à bagues mais le pilastre a généralement tous les suffrages. Enfin la mouluration fait de notables progrès grâce au perfectionnement de l’outillage ; les oves, les raies de cour, les perles qu’on retrouvera jusque dans le style Louis XVI commencent à être utilisés.

La figure humaine fait aussi une timide apparition dès le début du siècle. Les Italiens, à l’image de l’antiquité, étaient amoureux des beautés du corps humain. Le huchier du début du XVIe siècle, en empruntant ce motif décoratif, lui imprime fortement sa personnalité et c’est un élément du répertoire de la Renaissance où l’évolution au cours du siècle sera très sensible et très facile à saisir. Au début du siècle, l’artisan français qui n’a rien perdu de la verve et de la hardiesse des anciens imagiers, reste dans la tradition réaliste du Moyen Age. A la place des figures épurées des Italiens, il sculpte vigoureusement des têtes, des bustes, des profils, qu’il insère dans des rinceaux, des entrelacs de fleurs, des guirlandes de laurier. Quelquefois aussi, la figure humaine est le motif central d’un médaillon ou d’un panneau, mais elle est toujours traitée avec un sens aigu de l’observation directe et on serait tenté dans certains cas de désigner ces représentations du mot de portrait, voire même de caricature.

A la fin du siècle, le chemin parcouru est grand. Il suffit de comparer les hauts reliefs en ronde bosse de l’époque François 1er aux élégantes divinités nues, sculptées en basse taille dans le style de jean Goujon. Mais là aussi, tous les stades intermédiaires ont existé.

On pourrait allonger presque indéfiniment la liste des créations décoratives de cette première Renaissance. Cette variété, cette abondance même étaient un danger. Comment s’étonner que dans la joie de tant de possibilités nouvelles certains artisans au goût peu sûr, n’aient surchargé le meuble d’une décoration confuse et écrasante ! Il fallait un réel tempérament d’artiste, un sens très juste de la composition pour maintenir une unité décorative, pour créer une oeuvre où la richesse ne nuise pas à l’équilibre et à l’harmonie.