Un curieux petit ouvrage de Gilles Corrozet intitulé : Les blasons domestiques, publié à Lyon en 1537, donne à celui qui veut étudier les différentes sortes de meubles du XVIe siècle un fil conducteur. Sans doute les vers, tant soit peu de « mirliton », du brave Gilles Corrozet ne nous donnent ils que des précisions très vagues sur le décor et la structure, mais du moins savons nous par lui que tel ou tel meuble était d’un usage courant. On s’aperçoit ainsi que le coffre, contrairement à ce qu’on pourrait penser, est encore un meuble très en honneur au XVIe siècle.
Il est bien certain, en effet, que le prodigieux usage que le XVe siècle avait fait des coffres, ne s’arrête pas du jour au lendemain. Il existe de très beaux coffres tout au cours du XVIe siècle, car le meuble a encore sa raison d’être ; si on ne lui demande plus d’être portatif, on lui demande encore d’abriter les vêtements, en attendant la naissance d’un meuble plus approprié. Pour rendre son accès plus facile, pour mieux mettre en valeur la riche sculpture dont on l’orne, on prend peu à peu l’habitude de le surélever au moyen d’un socle. Ce support de coffre est en somme une table basse à pieds très courts, souvent en forme de griffes de lions.
La structure se modifie. Le coffre gothique respectait la stricte division en panneaux égaux. La Renaissance laisse libre cours à toutes les fantaisies. Tantôt la façade du coffre est formée par un large panneau entouré de deux panneaux étroits, tantôt un panneau étroit est entouré de deux panneaux larges, tantôt grands et petits panneaux alternent. A partir de François I, la façade formée d’un panneau unique est assez fréquente. Ainsi les panneaux ont ils les dimensions les plus diverses et ce n’est plus le décor qui s’adapte à la forme fixe des panneaux mais les panneaux qui s’adaptent au décor dont on souhaite les revêtir. Les montants, selon une règle presque immuable de la Renaissance, ne sont plus laissés nus, comme à l’époque précédente : ils sont ornés de pilastres, balustres, colonnes, chimères, qui encastrent les panneaux et soulignent les angles du coffre. Les motifs sculptés suivent la mode nouvelle, et ce sont soit des scènes mythologiques (Neptune couché dans un cartouche formé de cuirs enroulés et de fruits), soit des scènes bibliques (Le baptême du Christ, Hérode, Hérodiade et saint jean), soit des allégories (la mort tenant une flèche et une pelle et s’apprêtant à combattre la noblesse et le clergé). Des médaillons ou des miroirs (médaillons bombés et nus), entourés de volutes ou soutenus par des angelots, peuvent aussi servir d’ornements.