Au début du XVIe siècle, ce meuble ne diffère pas, tout au moins par la structure, du buffet du Moyen Age, mais nous avons déjà vu que de profondes modifications interviendront au cours du siècle. On appelle donc buffet un meuble composé par des guichets et des layettes soutenus soit par des piliers, soit, très rapidement, par un soubassement plein, comprenant lui aussi des guichets. On a désigné à tort ce meuble par le mot de crédence. C’est généraliser une appellation éphémère : en effet, sous Henri III sévissait à la cour une mode italianisante. On s’avisa alors pour « faire mieux » de donner au traditionnel buffet une dénomination tirée de l’italien credenia, le mot credenia désignant en Italie le meuble où se faisait l’essai des viandes et des boissons avant de les présenter au seigneur. Cette coutume, pleinement justifiée en cette Italie de la Renaissance où l’empoisonnement était fréquent, resta en France limitée à la cour et n’a donné lieu à aucune création de meuble ; le buffet servait à cet usage. Quand les premiers buffets du XVIe siècle furent étudiés, on employa volontiers crédence qui sonnait mieux que buffet. Cependant ce terme est à éliminer car nous ne le trouvons ni dans Corrozet ni dans les inventaires de l’époque, ni dans les recueils d’ornements.
Si la variété des buffets est infinie, tant par la structure que par le décor, son usage est mal défini. Contrairement à l’époque précédente, il est devenu d’un emploi courant, mais on le place alternativement dans la chambre, dans la cuisine ou dans la salle. On y range de la vaisselle, mais aussi du linge, des vêtements, des objets précieux.
Doit on parler d’armoire au XVIe siècle ? Corrozet ne mentionne pas ce meuble et la différence entre buffet et armoire à cette époque est bien factice. A la fin du siècle, en effet, il existe des buffets à un seul grand vantail, bien différents de ceux du début du siècle qui comprenaient toujours deux corps et plusieurs vantaux ; mais l’armoire proprement dite ne naîtra qu’au siècle suivant.
Le cabinet est un meuble bien difficile à définir. Importé ou imité de l’étranger, il revêt les formes et les dimensions les plus diverses. Il semble qu’à l’origine ce ne soit qu’un petit coffre muni de deux poignées, contenant de nombreux tiroirs dissimulés soit par un ou plusieurs vantaux, soit par un abattant qui sert de tablette pour écrire. Un tel cabinet se pose sur une table, un coffre ou des tréteaux. Peu à peu, on le fixe sur un support qui lui est propre, et il devient à peu près analogue au buffet. A la fin du siècle, il est parfois monumental et possède une façade surchargée de colonnes avec bases et chapiteaux. De toute façon, c’est un meuble soigné.
Le Moyen Age, on s’en souvient, ne connaissait pas les tables fixes. L’artisan du xvIe siècle crée des tables compliquées, aux multiples aspects, guidé uniquement, dans son imitation de l’Italie, par les dessins des ornemanistes.
Dans sa facture la plus simple, la table Renaissance est composée par un plateau épais dont la ceinture est décorée de godrons, d’entrelacs, d’oves, de canneaux de feuilles d’acanthe, etc. Ce plateau est supporté par quatre pieds réunis deux à deux à la base par des patins ; à leur tour, ces patins sont reliés entre eux par une entretoise. Les tables de la Renaissance étant sensiblement plus hautes que celles d’aujourd’hui (80 à 88 cm), cette traverse servait à poser les pieds. Cette forme relativement simple a tendance rapidement à se compliquer par souci d’enrichissement à mesure que les artisans deviennent plus habiles. Entre l’entretoise et le plateau, on place des colonnes ou, mieux encore, un système d’arcatures. Les pieds deviennent des balustres, des pilastres, des caryatides. Les patins s’ornent de sculptures (chevaux marins, animaux couchés), ou bien s’ajourent (feuilles ou mascarons découpés), pour alléger l’ensemble.
Une autre forme, dont du Cerceau donnera de nombreux modèles, consiste à faire reposer le plateau sur deux montants revêtant la forme évasée d’un éventail . Cette création imitée du cartibulum des anciens a donné lieu à une débauche d’imagination de la part des maîtres ornemanistes et des artisans. Ce sont tour à tour des griffons, des satyres adossés, des termes ou des figures de femmes engainées, des animaux affrontés (béliers, aigles éployés, chimères aux griffes de lion). Il existe, attribués à Hugues Sambin, aux Musées de Besançon et de Dijon, de fort beaux spécimens de ces tables si originales.
Les tables à rallonges, si utilisées dans le mobilier moderne, font leur apparition en France à cette époque. On disait tables qui se redoublent, car lorsqu’elles sont pliées, le plateau supérieur recouvre un plateau inférieur divisé en son milieu en deux parties égales.