La transformation de la vie sociale a toujours une influence directe sur les sièges, car leur utilisation est liée à des questions de préséance. Le Moyen Age employait deux sièges nobles le fauteuil et la chaire. Le fauteuil en métal disparaît en tant que siège d’apparat dès le début du XVIe siècle, mais sa forme se perpétue : on retrouve tout au moins dans les inventaires des « chaises ployant à charnières », des « chaises à tenailles », des « chaises brisées », des « selles brisées »..., etc., qui ne sont autres que des fauteuils exécutés en bois.
La chaire continue a être réservée aux personnages de marque. Elle conserve longtemps son aspect monumental, car si le décor se modifie au début du siècle, les structures évoluent lentement. Elle s’allège tout d’abord du coffre, puis les accotoirs ne sont plus constitués par des panneaux pleins mais par une traverse moulurée reposant sur un cadre ajouré. Une chaire sensiblement plus maniable, dite chaire à bras fait son apparition . C’est un siège supporté par quatre colonnes réunies à la base par de solides traverses. Le dossier est ajouré. Chaises à femmes, basse et à haut dossier, et caquetoire, siège trapézoïdal reposant sur quatre pieds ou un pivot, s’ajoutent en banc, bancelle, escabelle, placet, selle, tabouret..., etc., hérités du Moyen Age.
Les lits de la Renaissance sont fort rares. Ils ne sont guère différents de ceux de la fin du XVe siècle. La forme générale consiste en un cadre aux angles duquel sont placés quatre montants. L’originalité du lit dépend en grande partie de la manière dont sont traités les montants. Au début du siècle, ce sont en général de fines colonnettes unies ou cannelées ; mais sous Henri II, la mission de soutenir le ciel de lit est le plus souvent confiée à de robustes atlantes ou à de lourdes cariatides. On utilise aussi des termes engainés dont certains ont peut être été inspirés par Hugues Sambin, et des pilastres dont du Cerceau a donné de nombreux modèles. Le chevet est la partie maîtresse ; il est toujours somptueusement orné.
Nous venons de suivre pas à pas les nouveautés apportées par la Renaissance dans l’art du mobilier. Le chemin parcouru est énorme. Le menuisier de la fin du XVIe siècle dispose d’un arsenal presque inépuisable de motifs décoratifs. Les siècles suivants ne feront que puiser dans ce formulaire en choisissant ce qui répond le mieux au goût de leur époque. Dans le domaine des formes, les créations ne sont pas moins nombreuses. A l’unique buffet aux formes fixes du Moyen Age, la Renaissance a substitué un buffet aux formes multiples et le cabinet. A l’unique chaire ont succédé la chaire à bras, la chaire à femme, le caquetoire. Enfin, le XVIe siècle connaît une variété de tables presque aussi grande que le XVIIIe siècle.
La montée de sève du début du siècle sera presque tarie à la fin du règne de Henri II, et dans cet étonnant apport, il faudra élaguer. Ce rôle ne sera cependant pas celui de l’époque suivante qui se contentera de recopier souvent sans discernement les modèles créés par la Renaissance. Il faudra attendre une cinquantaine d’années pour que soient disciplinées, assagies, coordonnées, les créations si originales et si multiples du XVIe siècle.