Le style Henri II, si original à ses débuts, se renouvelle difficilement. Il est certain, en effet, que des formules nées de l’érudition et de l’imitation savante d’un art étranger s’épuisent vite. Moins de cinquante ans après l’apogée de la Renaissance, sous les derniers des Valois et sous Henri IV, l’artisan se voit condamné à des redites ; il applique des recettes sans âme. Quand, trois siècles plus tard, sous le Second Empire, on copiera le mobilier Henri II, on commettra les mêmes erreurs.
Quelles modifications l’époque Louis XIII apportera t elle à ce mobilier traditionnel ?
Insensiblement, le décor et les formes s’empâtent et s’alourdissent. Tous les motifs utilisés par la Renaissance sont encore en honneur ; à peine peut on remarquer que la plume et les palmes croisées se retrouvent un peu plus fréquemment. C’est peut être dans la manière de traiter l’ornementation florale que le début du XVIIe siècle apporte le plus de changement. Aux fleurs stylisées, aux sobres rinceaux de la Renaissance, l’époque Louis XIII substitue des fleurs vivantes, groupées en épais bouquets, tombant en lourdes guirlandes, des grappes de fruits, des feuillages touffus qui s’échappent, en grosses gerbes, de vases ventrus. Les cartouches et les mascarons sont aussi atteints par cette fièvre d’opulence ils ont grossi ; leur bord s’est épaissi d’un renflement ; les volutes tournent lentement et majestueusement. Tout concourt donc à donner une impression de vie luxuriante et de richesse purement matérielle.
La structure du meuble ne change pas sensiblement. On n’emploie aucun procédé réellement nouveau. On se contente de généraliser, de diversifier, de modifier les techniques déjà utilisées sous la Renaissance.
Pour décorer les montants et les traverses, l’époque Louis XIII adopte la plupart du temps le tournage : les pieds et les entrejambes des tables, les montants et les traverses des sièges, les colonnettes d’angle des buffets et des cabinets.., tout se tourne. L’imagination et l’habileté du menuisier créent des modes de tournage très variés. Le tournage peut, en effet, être en chapelet (boules régulières juxtaposées), en spirale (soit en spirale simple, soit portant un filet au fond de la gorge), en balustre, en poires, en vases, en toupies..., etc. On tourne les montants généralement de gauche à droite, mais pour les meubles soignés, il arrive que deux montants se faisant vis à vis soient tournés en sens inverse. Différentes sortes de tournage peuvent décorer une seule et même pièce : par exemple, une traverse tournée en spirale peut être interrompue en son milieu par un tournage circulaire. Le tournage s’effectuant sur des pièces à section carrée, la forme carrée subsiste là où la pièce doit avoir le maximum de résistance ; par exemple, les pieds d’un siège conservent leur forme carrée aux points d’assemblage avec les traverses d’entrejambe et avec la ceinture. Par contre, il arrive que les colonnettes d’angle des buffets, dont le rôle est purement décoratif, soient sciées en deux dans le sens de la longueur et appliquées par collage sur les réels montants du meuble.
Avec le tournage, un des procédés les plus fréquemment utilisés par l’époque Louis XIII est la mouluration. Là aussi, le début du XVIIe siècle ne fait pas preuve d’une grande originalité. Une mouluration plus ample, plus épaisse, plus développée que sous la Renaissance, souligne les différentes parties du meuble ; mais alors que sous la Renaissance la mouluration avait seulement pour rôle de mettre en valeur la délicate sculpture des panneaux, à l’époque Louis XIII, certains meubles ont pour tout décor une mouluration souvent lourde et compliquée : de larges et pesantes moulures dessinent fortement les corniches, les panneaux, les socles, les encadrements des tiroirs..., etc.
La mouluration gagne même le centre des panneaux et évince la sculpture décorative de l’époque précédente. La moulure est taillée dans le panneau selon une multiplicité de combinaisons géométriques carré inscrit dans un losange, losange subdivisé en triangle... Si l’artisan donne un volume aux triangles délimités par les moulures, il obtient une surface hérissée de petites pyramides. Le décor est dit alors à pointe de diamant . Si, au contraire, l’artisan sculpte une moulure circulaire et concentrique, le relief ainsi obtenu se nomme gâteau. La taille des reliefs peut varier à l’infini, d’où une série de dénominations très imagées (exemple tas de sable), mais sujettes à controverse. Le mobilier usuel apporte donc peu de nouveauté ; les innovations seront réservées aux pièces exceptionnelles, commandées par la cour.