Le mobilier traditionnel se fabrique en chêne, en noyer, en poirier. Mais soumise aux influences étrangères, la cour au début du XVIIe siècle, se prend d’un goût extrême pour les bois exotiques et précieux. L’ébène notamment, déjà connu et utilisé sous la Renaissance pour des filets ou des ornements de petite dimension, connaît une vogue insensée ; il arrive même que dans les meubles vulgaires, ou dans les parties les moins en vue des meubles de luxe, on imite l’ébène par le poirier noirci. Les statuts de la corporation de 1645 interdiront cet emploi. Cependant, il eût été trop coûteux et même impossible de se procurer des quantités d’ébène suffisantes pour fabriquer des meubles entiers. L’ébéniste le terme « menuisier en ébène » apparaît dans les statuts de la corporation de 1608 imagine une technique nouvelle. Il débite le précieux ébène en lames d’une épaisseur telle (8 mm environ) qu’il sera possible d’y sculpter de légers reliefs. Il applique les plaques ainsi obtenues par collage sur un bâti de bois commun du vulgaire sapin quelquefois même. Cette technique intermédiaire entre l’emploi du bois massif et le placage permet des procédés décoratifs nouveaux ; l’artiste sculpte en très basse taille des scènes mythologiques, guerrières ou religieuses, qui ont le plus souvent l’exubérance et la complication des modèles flamands, ou bien, il grave en creux des rinceaux, des fleurs, des figures géométriques. L’effet obtenu est somptueux : les jeux d’ombre et de lumière sur les surfaces miroitantes de l’ébène, les structures nettes aux angles vifs, ne sont pas sans grandeur et sans beauté.
Les meubles incrustés ne sont pas moins nombreux. La technique n’est pas nouvelle, mais la gamme des matériaux employés ne cesse de croître on utilise les pierres les plus variées (jaspe, cornaline, lapis lazuli, agate...), des bois exotiques (bois de violette, amarante, cèdre et naturellement ébène), des métaux (étain, cuivre, argent et or), des produits d’origine animale (écaille, ivoire, nacre, os et même perles).
La mosaïque connaît une vogue éphémère : Marie de Médicis met à la mode ce procédé très en honneur en Toscane. Il consiste à assembler des cubes de pierres rares ; il s’utilise surtout pour les dessus des meubles.
La marqueterie continue, elle aussi, à être pratiquée. On commence à employer à côté de l’étain, de l’ivoire et de l’argent, des bois de couleur. On représente, par exemple, des motifs très chargés de fleurs au naturel en bois de rapport sur un fond d’ébène.
Tous ces procédés employés séparément ou combinés contribuent à surcharger les meubles et, devant ces pièces d’une richesse excessive, on est toujours hésitant ; ces meubles sont ils vraiment français ? Même si l’on peut établir qu’ils ont été effectivement fabriqués en France ce qui est extrêmement rare on a le sentiment qu’ils s’écartent de la tradition nationale. En fait, il y a eu au début du XVIIe siècle une mode européenne. Pour le courtisan, qu’il soit Français, Italien ou Espagnol, il n’y a qu’une manière de se meubler au goût du jour : c’est de réunir dans sa demeure des meubles de provenances des plus diverses. La table peut être anglaise, le cabinet italien, les chaises espagnoles ; tout cela forme un ensemble, car artistes et procédés sont communs à toute l’Europe occidentale. Techniques et structures étrangères auront une répercussion sur notre art national du meuble. Certaines formules seront retenues ; modifiées et adaptées, elles s’intégreront si bien à nos propres techniques qu’on oubliera leur origine la marqueterie d’écaille et de cuivre portée à la perfection par J. C. Boulle au XVIIe siècle, reprise aux XVIIIe et XIXe siècles devient une technique bien française ; la marqueterie en bois de couleur a donné naissance sous la main de nos ébénistes du XVIIIe siècle à de tels chefs d’œuvre, qu’elle est le symbole même du meuble français à son apogée.