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 Buffet, armoire, cabinet de Louis XIII

Le traditionnel buffet à deux corps et quatre vantaux, reposant sur un socle, couronné par un lourd fronton, continue à être un meuble usuel. Pour le mettre au goût du jour, on pose le socle sur des griffes de lion ou des boules aplaties , on le pare d’une sculpture décorative redondante, ou bien on taille vigoureusement ses panneaux en pointe de diamant ; on remplace les montants jadis en forme de pilastre ou de balustre par des pièces tournées.

Il existe déjà des buffets à un seul corps et à un ou deux battants, qui ne sont autres que des armoires. On peut aussi classer sous ce vocable d’armoire des meubles relativement bas, plus ou moins imités des Pays Bas, qui possèdent quatre portes.

Le cabinet n’est qu’un meuble de luxe, sa faveur est immense. On le fait venir d’Italie, d’Allemagne, des Pays Bas, d’Espagne. Bien peu nombreux soute ceux qui sont fabriqués en France. Le cardinal Mazarin n’en possède pas moins de vingt, plus surchargés les uns que les autres. Dès la fin du siècle, ce meuble sera très déprécié et fréquemment détruit, ce qui explique sa rareté. Les cabinets qui subsistent sont en général assez simples. La plupart sont revêtus d’ébène ; ils sont massifs et carrés car l’ébène exclut les surfaces courbes. La fine sculpture méplate des panneaux, le miroitement de l’ébène poli, sont la seule parure de ces meubles sévères.

Table, bureau

Les tables reposant sur deux extrémités en éventail disparaissent. Il n’existe plus que des tables d’assez petite dimension, posées sur des pieds tournés, fortement entrecroisés. L’entrejambe est en H ou en X. Le milieu est marqué soit par un tournage différent de celui du reste de la traverse, soit par l’adjonction d’un vase, d’une pomme, d’une toupie ou de quelque autre ornement. La ceinture est fréquemment ornée de godrons et le plateau entouré d’une moulure en quart de rond.

Le bureau fait son apparition. L’homme contraint par son métier de lire ou d’écrire, oscille entre deux formules : le bureau pupitre ou la table. Au XVIe siècle, on rencontre dans les inventaires des tables à écrire. Il semble qu’Henri IV ait eu le premier le désir de posséder un bureau où l’on puisse avoir en même temps une tablette pour écrire et une série de tiroirs ou cassetins pour ranger et enfermer ses documents. Quelques années plus tard, le bureau du maréchal de Créqui (antérieur à 1638), reprendra cette formule. Certes, la majorité de la population devait se contenter comme au XVIe siècle, d’une table recouverte d’un tapis de bure ou de toute autre étoffe plus légère, mais l’ancêtre du bureau cylindre est né dès le début du XVIIe siècle.

Les sièges

C’est vers 1636 il est difficile de préciser la date car les deux appellations subsistent concurremment que la chaise à bras prend définitivement le nom de fauteuil. Désormais un fauteuil est caractérisé par des accotoirs et un large dossier. Le fauteuil Louis XIII possède un dossier rigide. Si le fauteuil d’apparat a un dossier élevé, dans la plupart des cas le dossier est bas. Il est quelquefois carré, mais il peut aussi être plus large que haut. Le piètement est en général fait de pièces tournées. Il est toujours entrecroisé et les pieds antérieurs sont réunis dans le haut par une traverse supplémentaire richement sculptée et ornée quelque fois d’un blason. Les consoles qui soutiennent les accotoirs sont fournies par le prolongement des pieds. Les accotoirs sont rigides et terminés par des têtes de lions, de béliers, des bustes de femmes.

Le mot chaise commence à désigner d’une manière absolue un siège sans accotoirs. La chaise a les mêmes caractéristiques que le fauteuil précédemment décrit ; la chaise à femme qui remonte à l’époque de François 1er, commence vers le milieu du siècle à s’appeler chaise à vertugadin. Le système de bourrelets dit vertugadins donnait aux jupes une ampleur considérable et empêchait les femmes de s’asseoir sur une chaise à bras. Dans la plupart des cas, le dossier est décoré d’un motif de feuillage ; le siège souvent trapézoïdal est supporté par quatre pieds tournés reposant obliquement sur le sol. La chaise à vertugadin sera une mode aussi éphémère que les vertugadins eux mêmes et disparaîtra au début du règne de Louis XIII.

La grande innovation de l’époque est la suppression des « carreaux » et leur remplacement par une garniture fixe, clouée sur le châssis même du siège. Une couche de crin recouverte d’une grosse toile ou d’une basane sert de support à cette garniture qui peut ’être soit en cuir de boeuf, soit en cuir gaufré doré ou peint « à la mauresque ». Mais il existe aussi des sièges recouverts de tapisserie à l’aiguille, au gros ou au petit point ou plus simplement encore d’étoffe (velours, satin, brocart, taffetas...). Les clous à grosse tête qui maintiennent cette garniture sur le bois du siège, servent d’ailleurs d’éléments décoratifs leur grosseur et leur espacement donnent lieu à toutes sortes de combinaisons variées.

Une place à part doit être faite aux sièges cannés qui ont fait leur apparition à cette époque ; leur ornementation très riche et le fait qu’Abraham Bosse n’en reproduit pas dans ses estampes laissent penser qu’on les considérait à l’époque comme des sièges de luxe. Il faut chercher leur origine en Hollande où la Compagnie des Indes importait des joncs orientaux ; ces joncs découpés en minces lamelles étaient enfilés dans de petits trous pratiqués à l’avance dans le châssis des sièges. Quelques très beaux spécimens de ces sièges existent dans nos musées, mais il est difficile de savoir si on se trouve en face de meubles réellement fabriqués en France. Français ou non à ses débuts, le siège canné prend place définitivement dans la gamme des sièges qu’utiliseront les époques suivantes.

Nous ne pouvons parler de lit à l’époque Louis XIII, car les lits relèvent entièrement de l’art du tapissier. Aucun bois apparent, qui aurait pu être sauvé de la destruction, ne nous est parvenu. Il faut donc noter que pendant près d’un siècle, de 1570 à 1670 environ, les tissus et les tentures jouent un rôle considérable dans l’ameublement. Ce ne sont pas seulement les lits mais les tables et les sièges qui disparaissent sous les étoffes.

Cette époque pour laquelle on a souvent été injuste parce qu’elle étouffe entre deux points culminants de l’art français n’a pas été sans laisser de traces dans l’histoire du mobilier. Si nous sommes peu sensibles aux procédés décoratifs employés sculpture redondante, bariolage multicolore des mosaïques et des marqueteries nous devons reconnaître que d’intéressantes techniques naîtront de ces exagérations

l’utilisation des bois exotiques pour les placages, la marqueterie de cuivre et d’écaille... Plus sensibles encore sont les apports dans le domaine des formes la modification du buffet a engendré l’armoire dont la carrière sera longue ; les premiers bureaux ont été réalisés et désormais ce meuble fera partie de tout ameublement normal ; enfin une définitive et intéressante mise au point a clarifié la question des sièges : fauteuil et chaise ont désormais des caractéristiques très nettes.

Le rôle de l’époque suivante sera d’assagir et de coordonner ces tentatives très diverses, mais cet effort de rationalisation ne se fera pas sans un appauvrissement certain dans le décor et dans les formes