Peintures spéciales

Peinture standard et techniques traditionnelles

Les peintures standard (émulsions pour les murs et peintures vinyliques pour les boiseries) conviennent le plus souvent, et leur nuancier est assez riche mais, pour certains, ce type de peinture appliquée de manière conventionnelle garde un aspect « plastique », plat et pauvre. Les couleurs doivent être modifiées et la texture enrichie. Pour remédier à ces défauts, il existe diverses méthodes, l’une d’elles consistant à passer une couche de badigeon sur une peinture émulsion (qu’elle soit ancienne ou non), une autre à « vieillir » les émulsions sur le mobilier et les boiseries. Deux autres solutions permettent de réaliser des économies. Les peintures à l’eau, la plupart acryliques, tendent aujourd’hui à remplacer les peintures à l’huile. Une couche de peinture satinée à l’eau, passée sur une sous couche de peinture acrylique et couverte de vernis acrylique, réduit le temps de séchage au minimum et ne laisse pas d’odeur. En outre, les pinceaux se rincent à l’eau. La rapidité est le mot d’ordre de l’aménagement intérieur aujourd’hui et les nouvelles peintures à l’eau, ainsi que les vernis, répondent à cette exigence.

On peut aussi composer soi même des peintures traditionnelles, telles que la détrempe et la chaux. Outre leur prix de revient intéressant, la séduction que ces peintures « à l’ancienne » exerce tient à leur éclat, à leur couleur et à leur texture, enfin à leur capacité à « respirer », ce qui est un atout lorsque les murs sont humides. Les matériaux qui les composent sont disponibles dans le commerce et présentent l’avantage de respecter l’environnement.

Pour teinter vos propres couleurs, ou modifier les peintures achetées dans le con un erse, investissez dans une gamme d’agents colorants universels pour les peintures du commerce et peintures en poudre pour la détrempe. En ce qui concerne le chaulage, limitez vous aux couleurs de terre. Pour les pochoirs ou les décorations sur mobilier, utilisez de la peinture acrylique en tubes pour artiste ou de la gouache à base de gomme arabique pour les effets d’aquarelle. N’achetez pas trop de couleurs : les primaires (rouge, bleu et jaune) ainsi que la terre de Sienne et le noir suffisent. L’émulsion mate est idéale pour le blanc.

LA DÉTREMPE

La détrempe est un terme utilisé pour décrire un type de peinture murale simple et belle. Elle est faite de blanc ou de craie, de colle de peau et d’eau. Utilisée pendant de longs siècles, elle a été remplacée, après la Seconde Guerre mondiale, par des émulsions à base de résines synthétiques.

Grâce au renouveau des peintures « historiques » utilisées pour la restauration, la détrempe est désormais fabriquée et vendue dans le commerce à des prix assez élevés. Pour réduire les frais et obtenir une plus grande variété de tons, j’ai mis au point une recette dont on peut admirer l’éclat bleu vert sur les murs de la chambre.

Fabriquer de la détrempe exige quelques efforts. En effet, il faut agiter rigoureusement les ingrédients pour obtenir un mélange homogène, et c’est d’une main ferme et sûre qu’on doit l’étendre. La haute teneur en blanc (d’Espagne ou de Meudon) la rend lourde et épaisse. Toutefois, une seule couche suffit pour couvrir les murs et leur donner une texture douce et belle. Cette technique de haute tradition donne aux intérieurs des qualités actuellement recherchées la douceur des couleurs alliée à la touche rustique des marques de pinceau , ce qu’aucune autre peinture ne peut offrir.

Le principal reproche adressé à la détrempe était qu’elle « poudrait ». D’après Peter Hood, expert en peinture ancienne, cette pulvérulence serait due aux colles de peau bon marché. En effet, la colle de mauvaise qualité, moins siccative, rend la peinture friable. La détrempe que nous avons utilisée pour la chambre à fleurs a été confectionnée avec la meilleure colle animale que l’on puisse trouver, la colle de peau de lapin. On trouve cette dernière dans les magasins d’articles pour artistes et artisans.

Prévoyez seaux et pots en nombre suffisant pour mélanger les ingrédients. Il vous faut également une grande cuillère en bois et un bâton. Pour éviter tout grumeau dans la préparation, le blanc doit être tamisé dans une passoire solide avant d’être dilué et de reposer une nuit entière. Vous pouvez aussi utiliser un batteur électrique lorsque vous mélangez le pigment à la composition. Le mélange final doit être lisse et assez épais, comme du fromage blanc battu.

La couleur naturelle de la détrempe non teintée est blanc crème. En ajoutant des pigments, on obtient une grande variété de tons clairs à moyens. Traditionnellement, on utilisait des pigments d’argile séchée et pulvérisée. Le noir était obtenu avec de la suie. Ces colorants étaient bon marché, se trouvaient plus facilement qu’aujourd’hui et donnaient une variété de tons doux, du gris perle au rose. Les pigments à base de terre incluent la terre de Sienne naturelle et brûlée, l’ocre jaune, la terre d’ombre naturelle et brûlée, un vert doux, la terre verte, et un brun rosé, la terra rossa. Les traditionalistes préféreront peut être s’en tenir à cette palette. Mais la variété de pigments disponibles sur le marché permet de diversifier ce nuancier. Notre vert d’eau, par exemple, a été créé à partir de colorants universels bleu, jaune et rouge ajoutés à une détrempe blanche. Ces colorants sont bon marché et peuvent être mélangés à des peintures à l’huile ou à l’eau.

En séchant, la détrempe s’éclaircit beaucoup ; pour éviter les surprises, appliquez sur un papier un échantillon que vous sécherez au sèche cheveux. Vous saurez ainsi rapidement si vous devez ajouter des colorants. Pour créer des détrempes foncées, il faut ajouter une quantité énorme de pigment qui neutralise la base de blanc crayeux donnant à la peinture son opacité.

La préparation pour la détrempe est simple. Les murs doivent être propres, les fissures bouchées, les cloques du papier peint recollées. La détrempe peut être peinte sur une émulsion mate ou de l’apprêt acrylique, ou encore sur du papier peint ou du papier d’apprêt. On peut aussi la passer sur du plâtre nu, qu’il soit neuf (laissez le sécher six mois avant de peindre) ou ancien, mais il faudra encoller le support pour cliniinuer le pouvoir absorbant du plâtre. Utilisez une brosse large pour passer la détrempe, en mouvements verticaux, toujours dans le même sens et le plus régulièrement possible. Après séchage, les murs offrent une texture mate et légèrement veloutée. Les marques de pinceau restent visibles, et c’est ce qui donne son charme à la détrempe.