L’époque Louis XIV n’innove pas ; elle perfectionne et généralise les procédés connus.
Le placage , devient courant. Sous Louis XIII le placage était employé pour l’ébène ; sous Louis XIV, on plaque toutes sortes de bois précieux mais en feuilles relativement beaucoup plus minces.
La marqueterie, est portée à un degré de perfection technique qui ne sera jamais dépassé. La variété des matériaux employés est sensiblement la même qu’à l’époque précédente. Il semble cependant qu’on s’oriente vers des recherches de couleur qu’on exploitera plus à fond au siècle suivant ; par exemple l’amandier et le buis forment le jaune, le houx le blanc, certains poiriers le rouge, le noyer le brun, le bois de Sainte Lucie, le gris rosé... Boulle lui même s’est essayé à cette marqueterie de bois de couleur, mais ce qui fait la gloire du XVIIe siècle, c’est la marqueterie de cuivre, d’étain et d’écaille (y. Frontispice), que Boulle pratiquera avec un tel succès qu’on désigne fréquemment les meubles ainsi marquetés du nom de meubles Boulle, quels que soient leur auteur et leur date de fabrication. Boulle adjoignit d’une manière courante l’os, l’ivoire, la nacre, la corne transparente, peinte à l’envers, ce qui lui permit de varier la gamme de tons obtenus jusqu’alors. Sa découverte consiste surtout à découper conjointement, selon un patron déterminé, une feuille d’écaille et une feuille de cuivre collées face à face. Une fois séparés, les morceaux d’écaille et de cuivre s’encastrent très exactement les uns dans les autres comme les différentes pièces d’un « puzzle ». C’est cette précision dans l’assemblage qui fit le succès du grand ébéniste. Il obtenait deux panneaux d’un dessin absolument semblable mais dans l’un, l’écaille formait le fond, et le cuivre le décor c’était ce qu’on appelait marqueterie en première partie dans l’autre, le cuivre formait le fond, et l’écaille le décor, c’était la marqueterie en contrepartie. On pouvait exécuter deux meubles de structure identique mais de marqueterie, l’un en première partie, l’autre en contrepartie, ou deux parties d’un même meuble se faisant pendant (par exemple deux portes d’une même armoire). Cette technique si savante avait un gros inconvénient le placage qui consiste à appliquer sur un bâti de bois commun des lames de bois d’une surface relativement étendue est déjà un procédé qui confère au meuble une certaine fragilité ; mais encore beaucoup plus délicate est la marqueterie telle que l’a pratiquée Boulle car elle consiste à appliquer sur du bois des matériaux de nature totalement différente : métaux (argent, cuivre, étain), ou produits d’origine animale (os, ivoire, écaille), et qui plus est, en éléments de petite étendue. Il est évident que les variations de température et d’humidité font jouer différemment tous ces matériaux très divers et entraînent des décollages fréquents. Ainsi au cours des siècles, les meubles fabriqués par Boulle ou par ses élèves, ont subi de peu habiles et nombreuses réfections. Dès la fin du règne de Louis XIV, on trouve mention de ces réparations ; mais l’époque la plus funeste fut le règne de Louis Philippe, où l’engouement pour ce genre de mobilier a entraîné sous le couvert de restauration, des modifications importantes de décor et même de structure.